La sobriété énergétique, un concept disruptif qui creuse son sillon localement

77 % des habitants de Zurich se sont prononcés en faveur d’objectifs ambitieux de réduction d’émission de CO2. [Shutterstock]

Réduire la consommation d’énergie commence à entrer dans les mœurs des territoires et des particuliers. Ce concept crucial dans la lutte contre le changement climatique interroge directement notre modèle de croissance.

Alors que les solutions technologiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre se multiplient, la question de la réduction de la consommation énergétique commence à faire son chemin dans les politiques publiques et les choix des citoyens.

« Le rapport du GIEC pointe que pour atteindre l’objectif de maintenir le réchauffement climatique sous les 1,5° C , il ne faut pas seulement des changements technologiques, mais des changements de comportement à l’échelle des individus et des sociétés », explique Édouard Toulouse, de la compagnie negaWatt lors d’un débat organisé aux Assises européennes de la transition énergétique à Dunkerque.

Un besoin dont les citoyens français commencent à prendre conscience. Dans le sondage réalisé par l’ADEME, une majorité de Français affirme avoir consciense que la transition énergétique doit passer par un changement des habitudes de consommation. Seuls 9 % pensent que les changements peuvent venir uniquement de la technologie. Autre constat, 95 % des Français déclarent avoir fait au moins un geste pour réduire leur consommation d’énergie en 2017, selon l’enquête de l’ADEME.

Virage des consciences

Les bonnes volontés individuelles ne suffisent cependant pas. «Nos choix en matière d’énergie sont très tributaires des infrastructures ou de certaines normes sociales. Par exemple, lorsqu’on continue à nous marteler que les SUV sont le nec plus ultra de la mobilité !», explique Édouard Toulouse.

Pour faire évoluer la manière de consommer, le secteur de l’énergie doit passer d’un modèle économique de volume à celui de service.  « Mais aujourd’hui, les grands énergéticiens continuent de pousser à la consommation », regrette Édouard Toulouse.

Du côté des pouvoirs publics, le passage à une consommation plus responsable a débuté à l’échelle locale. Dans la ville de Zurich, la question de la réduction de la consommation d’énergie par les habitants a été formalisée en 2008. « La sobriété énergétique est devenue la pierre angulaire de la politique énergétique de la ville », explique Rachel Gessler qui travaille à la municipalité.

À la suite d’une votation,  77 % des habitants de Zurich se sont prononcés en faveur d’objectifs ambitieux de réduction d’émission de CO2 par habitant et de consommation d’électricité. En dix ans, la ville a fait baisser la consommation de 1000 watts par habitant. Pour arriver à ces résultats, la ville a misé sur les transports publics électriques, le développement du transport en vélo, des logements innovants et une politique de sensibilisation. « Il est indispensable de travailler à la réduction absolue de la consommation des ressources énergétiques, et pas seulement sur  l’efficacité qui sous-entend qu’on peut consommer toujours plus », explique la Suissesse.

Les assises de la transition énergétique rouvrent le débat de la taxe carbone

L’affectation de la taxe carbone à la transition énergétique est une condition sine qua non pour que la mesure soit acceptée par les Français. Un changement auquel le gouvernement ne consent qu’à demi-mot.

Dans la communauté de communes d’Argentan dans l’Orne, la réduction de l’éclairage public la nuit a permis de réaliser des économies de 100 000 euros par an, un montant important pour ce territoire de 35 000 habitants.  « Éteindre l’éclairage public la nuit c’est un geste de sobriété énergétique efficace, et surtout visible pour les citoyens », explique Josselin Sourisseau d’Argentan Intercom. « On a voulu rapprocher la consommation d’énergie du besoin réel de la collectivité. C’est un geste acquis d’éteindre la lumière quand on sort de chez soi, pourquoi on ne le fait pas la nuit dans la ville. »

Justice sociale

La sobriété énergétique peine toutefois à s’imposer dans l’agenda politique national et international. Les textes règlementaires encouragent aujourd pour l’heure les mesures d’efficacité énergétique, mais pas de sobriété, qui interroge la sacro-sainte croissance. .

« La question de la sobriété suppose de remettre en cause le modèle de croissance », reconnait Rachel Gessler. La ville de Zurich peine d’ailleurs à obtenir des résultats concrets sur le volet de réduction des émissions de CO2 par habitant, faute de taxe carbone au niveau fédéral. « Il faut des taxes sur les énergies fossiles pour avancer sur ce sujet. »

« Il y a  aussi une question de justice sociale également liée à la consommation énergétique. Comment répartir plus équitablement l’énergie, sachant que certains peuvent surconsommer tandis que d’autre n’ont pas accès au minimum vital », se demande Édouard Toulouse.

La consommation d’électricité dans le monde est très disparate. Ainsi, un Américain consomme en moyenne 13 000 KWh contre 7000 pour un Français, et seulement 800 KWh pour un Indien.

Au sein de l’Union européenne, les disparités sont impressionnantes : la Croatie affiche une consommation par habitant inférieure à 4000 KWh, presque quatre fois moins que les Finlandais donc la consommation moyenne culmine à plus de 15 000 KWh.

L’UE va faciliter la production d’énergie par les citoyens

Les négociateurs européens ont trouvé un accord le 12 novembre sur un cadre juridique pour les communautés énergétiques citoyennes. Une « victoire » pour les petites productions d’énergies renouvelables selon les fabricants de panneaux solaires.

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