L’Agence internationale de l’énergie tacle la politique énergétique de la France

L’agence de l’OCDE n’est pas totalement convaincue de l’efficacité de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

C’est une tradition bien établie au sein de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Régulièrement, les politiques énergétiques des membres de ce club des principaux consommateurs d’énergie dans le monde sont auditées par les experts de l’agence et d’autres pays membres.

Cette année, c’est au tour de la  transition énergétique française d’être passée au crible. Dans le rapport qu’elle publie ce mardi 17 janvier l’AIE se montre plutôt satisfaite des résultats. «La France est un pays leader dans la transition énergétique, sa production d’électricité est déjà l’une des plus sobres en carbone qui soit», résume Paul Simon, directeur exécutif adjoint de l’AIE.

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Bons résultats

Et les premiers résultats sont flatteurs: l’intensité carbone de l’économie française entre 2004 et 2015 est en baisse (10 points de mieux que la moyenne des pays de l’AIE); les émissions imputables aux énergies fossiles, hors carburant automobiles, «sont en baisse rapide»; la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) apporte un cadre ambitieux jusqu’en 2030 (40% d’énergies renouvelables, par exemple), etc.

Quelle sécurité d’approvisionnement électrique ?

Pour autant, tout ne va bien au royaume de la transition. L’AIE peine ainsi à comprendre comment la France pourra garantir sa sécurité d’approvisionnement en électricité alors qu’elle entend réduire à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité vers 2025 et qu’elle peine, dans le même temps, à mettre en service de nouvelles capacités de production. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) aurait dû rassurer l’agence thématique de l’OCDE. Hélas, elle ne souffle mot de l’avenir du programme électronucléaire.

En attendant l’ASN

Interpelé, Laurent Michel concède quelques retards: «Nous devrons attendre 2018-2019, le temps que l’ASN donne ses avis génériques, pour que notre vision nucléaire se précise.» Et le directeur général de l’énergie et du climat de préciser: «en 2025, nous ne serons pas à 50% de production d’électricité par le nucléaire (l’un des objectifs de la LTECV, ndlr) mais nous ne serons plus à 78%, comme aujourd’hui.»

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Pas le bon rythme

Si les objectifs en matière d’énergies renouvelables (ENR) sont ambitieux, l’AIE déplore qu’il faille 7 ans, en moyenne, en France pour élever une éolienne. Conséquence: les ENR ne fournissent que 16% de l’électricité tricolore, contre 24%, en moyenne, dans les pays de l’AIE. «Le rythme actuel ne permettra pas à la France d’atteindre son objectif à 2030. Pour ce faire, la croissance requise, ces 5 prochaines années, devra être deux fois supérieure à celle des 9 dernières années», précise l’AIE.

L’Hexagone est aussi à la traîne de ses objectifs de réduction de la demande. Comment, en effet, passer d’une consommation de 147,7 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep/an), en 2014, aux 131 Mtep/an requis par la LTECV dès 2020, s’interroge l’AIE. «La réussite de la transition énergétique dépendra de la capacité de la France à mobiliser les investissements en faveur des énergies renouvelables, de la maîtrise de la demande et de la gestion du parc nucléaire», martèle l’agence.

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Affiner la PPE

Pour y parvenir, les rapporteurs suggèrent affiner la PPE. Par exemple, en fixant clairement des signaux-prix sur le carbone sur une longue durée; en définissant les actions visant à accroître la production de chaleur renouvelable. Ou encore en précisant le devenir de l’électronucléaire. L’étude préconise quelques mesures pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables, éolienne en tête. L’AIE, enfin, ne peut s’empêcher d’y aller de son couplet sur l’ouverture des marchés du gaz et de l’électricité. Même si, Engie et EDF, ses principaux acteurs sont, pour longtemps encore, sur les genoux.

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