L’Albanie envisage d’investir 4 milliards d’euros pour la gazéification

Le Premier ministre albanais Edi Rama s’exprimant lors de la cérémonie d’inauguration du début des travaux d’installation du premier tuyau du projet TAP près de Fier, en Albanie, le 30 septembre 2016. [EPA/ARMANDO BABANI]

Dans le contexte de la crise énergétique mondiale, exacerbée par la guerre en Ukraine, l’Albanie s’efforce de diversifier ses sources d’énergie, notamment en introduisant l’énergie éolienne et le gaz dont le déploiement devrait coûter jusqu’à 4 milliards d’euros.

L’Albanie produit actuellement près de 100 % de son électricité à partir de centrales hydroélectriques. Cette énergie ne pouvant être stockée, elle est vendue à d’autres pays au printemps et en été, lorsque la production est plus élevée. Mais ensuite, en hiver, l’Albanie doit acheter de l’électricité aux pays voisins pour répondre à la demande.

Cela pourrait bientôt ne plus être nécessaire : en effet, le gouvernement a annoncé son intention de gazéifier le pays. La Commission pour les activités industrielles (KVP) a déclaré qu’un total de six projets devraient être mis en œuvre en Albanie pour parvenir à une distribution efficace du gaz naturel.

Il s’agit notamment de l’extension du gazoduc Ionien-Adriatique et du développement de la centrale thermique de Vlora.

La ministre de l’Énergie, Belinda Balluku, a évoqué la gazéification du pays au parlement, déclarant que des travaux sont en cours pour achever deux grands projets qui aideront la transition du pays vers davantage d’utilisation du gaz.

«  Depuis deux ans, nous réalisons deux grands projets et la gazéification du pays. C’est un projet avec les plus grandes entreprises américaines. Ils vont le terminer en un temps record. Non seulement l’allumage du TEC, mais aussi le gazoduc du port de Vlora. Le gaz commencera à être distribué soit depuis l’Italie, soit depuis des pays comme la Bulgarie  », a-t-elle déclaré.

Selon les estimations des parties prenantes, cette «  gazéification  » a un coût estimé à 4 milliards d’euros.

Mais l’utilisation du gaz, notamment par des pays qui n’en sont pas actuellement dépendants, a suscité l’inquiétude des écologistes. En témoigne une récente lettre adressée à la Commission européenne par des organisations de la société civile et de l’environnement lui demandant de cesser de financer des projets gaziers dans la région et de se concentrer plutôt sur des solutions énergétiques durables.

 

L’Albanie pourrait devenir la plaque-tournante du gaz dans les Balkans

L’Albanie pourrait devenir un acteur clé du secteur gazier en Europe. En effet, la société américaine Excelerate Energy Inc. envisage le pays pour la livraison du gaz naturel et le reste de la région pour des produits à base de gaz naturel.

«  Nous demandons donc à la Commission européenne de s’abstenir de promouvoir de nouvelles infrastructures gazières dans les Balkans occidentaux, que ce soit dans des déclarations publiques ou dans ses investissements tels que ceux prévus par le plan économique et d’investissement. Au lieu de cela, nous demandons à la Commission de redoubler d’efforts pour encourager les investissements véritablement transformateurs qui ne reçoivent pas suffisamment d’attention dans les Balkans occidentaux  », peut-on lire dans la lettre.

Ils craignent que l’argent ne soit gaspillé dans des projets coûteux et chronophages qui ne sont pas durables et qui enfermeront la région dans le gaz, alors que le reste de l’Europe souhaite s’orienter vers les énergies renouvelables.

D’autres préoccupations concernent la présentation du gaz azerbaïdjanais comme une alternative.

Le gaz azerbaïdjanais pose problème car le régime en place est aux prises avec des problèmes de corruption à un niveau élevé, notamment en ce qui concerne les contrats de gaz.

Le Premier ministre Edi Rama s’est rendu en Azerbaïdjan cette semaine pour discuter de nouvelles mesures dans le domaine de l’énergie, notamment la fourniture de gaz à l’Albanie et l’envoi d’une équipe technique pour commencer à travailler sur la question.

«  C’est un très bon secteur de coopération, avec un grand potentiel pour se développer encore plus. Nos représentants tiennent des réunions sur un portefeuille plus large de notre coopération dans le domaine de l’énergie, qui comprend le gaz naturel, les fournitures de transit et l’électricité  », a déclaré le président azerbaïdjanais Ilam Aliyev après la réunion.

La Serbie envisage également de recevoir du gaz d’Azerbaïdjan à l’avenir, selon la ministre serbe des Mines et de l’Énergie, Zorana Mihajlovic.

Mais outre le gaz provenant de pays controversés, l’Albanie s’intéresse également aux énergies éolienne et solaire.

Il existe actuellement au moins 13 projets solaires en cours de réalisation, d’une capacité totale de 1,24 GW. En outre, une proposition récente de parc éolien a reçu le statut d’investissement stratégique dans le pays. S’il est mené à bien, le projet aura une capacité combinée de 234 MW.

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