L’Albanie pourrait devenir la plaque-tournante du gaz dans les Balkans

Ce projet risque de déplaire aux organisations environnementales qui ont récemment appelé la Commission européenne et les gouvernements régionaux à éviter le gaz et à investir dans les énergies renouvelables. [Shutterstock, Todor Stoyanov]

L’Albanie pourrait devenir un acteur clé du secteur gazier en Europe. En effet, la société américaine Excelerate Energy Inc. envisage le pays pour la livraison du gaz naturel et le reste de la régiondes pour les produits à base de gaz naturel, alors que l’Albanie cherche à multiplier les interconnexions dans le contexte de la crise énergétique mondiale.

Toutefois, ce projet risque de déplaire aux organisations environnementales qui ont récemment appelé la Commission européenne et les gouvernements régionaux à éviter le gaz et à investir dans les énergies renouvelables telles que l’énergie solaire et l’énergie éolienne.

L’entreprise fournira des centrales électriques flottantes à l’Albanie, ce qui lui permettra de produire de l’électricité, de stimuler sa production et d’augmenter ses exportations. De plus, la société travaille avec Exxon Mobil Corp sur un projet de conversion du gaz naturel liquéfié (GNL) en électricité à Vlora.

Le PDG d’Excelerate, Steve Kobos, a déclaré qu’il espérait utiliser le projet de GNL de Vlora pour se développer dans d’autres pays de la région.

« C’est un bon projet énergétique pour l’Albanie », a-t-il confié à Bloomberg au sujet de l’accord sur les centrales flottantes. « Nous espérons évidemment qu’il débouchera sur la possibilité de livrer du gaz naturel et de vendre du gaz naturel en Europe à partir de ce point d’accès. »

L’Albanie dépend actuellement de l’hydroélectricité et de l’importation de combustibles fossiles. D’autres pays de la région dépendent principalement du charbon. Les défenseurs de l’environnement ont appelé à se tourner vers l’éolien et le solaire, plutôt que d’utiliser le gaz fossile comme énergie alternative ou de transition.

Pendant ce temps, l’Europe cherche à diversifier ses sources de gaz naturel pour réduire sa dépendance à l’égard de la Russie. Elle a également pris des mesures pour interdire le charbon russe, et une interdiction du pétrole russe pourrait être incluse dans le sixième paquet de sanctions.

L’Albanie a signé un accord avec ExxonMobil et Excelerate Energy pour transformer la centrale thermique de Vlora en un terminal de GNL en mars 2021.

À l’époque, la ministre de l’Énergie du pays, Belinda Balluku, avait souligné la nécessité pour l’Albanie et la région des Balkans de diversifier et d’améliorer leurs approvisionnements énergétiques.

« Nous sommes convaincus que le GNL peut être la clé pour atteindre ces objectifs stratégiques et pour apporter enfin une solution au projet complexe de centrale thermique de Vlora en choisissant les meilleurs partenaires, équipés pour réaliser un projet d’une telle ampleur », a-t-elle ajouté.

Le représentant de la société américaine a déclaré que « le projet devrait apporter une transformation en Albanie, mais aussi dans la région ».

« Alors que l’Albanie cherche à renforcer sa sécurité énergétique et sa résilience, nous sommes convaincus qu’une solution GNL apporterait de la fiabilité au réseau électrique du pays tout en complétant les énergies renouvelables intermittentes et les ressources alternatives », avait alors déclaré M. Kobos.

Début 2022, l’Albanian Power Corporation (KESH), qui exploite les principales centrales hydroélectriques du pays, a annoncé l’appel à manifestation d’intérêt pour les opportunités techniques et économiques de location d’un actif de production d’énergie thermique pouvant être facilement intégré au réseau de transport du pays.

L’appel précise que l’entité souhaite louer l’installation pour une durée de un à trois ans. Le tiers devrait également fournir des services de maintenance et d’exploitation pendant la durée du contrat et conformément aux exigences du KESH. Parmi les exigences requises, on trouve le fonctionnement au fioul domestique  et au fioul lourd.

La centrale doit également être « apte à être déployée » à proximité de la centrale thermique existante de Vlora afin de pouvoir utiliser facilement l’infrastructure d’interconnexion existante.

La centrale de Narta se trouve à Vlora, sur l’une des plages les plus vierges de la région, à proximité d’une zone protégée. Depuis sa construction et son achèvement en 2005, elle n’a pas produit un seul watt d’électricité et a connu des problèmes avec son système de refroidissement.

Entre-temps, des préparatifs sont en cours pour reconstruire les interconnexions énergétiques entre l’Albanie et le Monténégro, et un projet distinct est en cours d’élaboration pour une nouvelle ligne électrique avec le Kosovo.

L’autorité albanaise de régulation de l’énergie (ERE) a annoncé que si un projet actuel entre l’Albanie et la Macédoine du Nord d’une capacité de 400 kV est déjà en cours de construction, elle prévoit de développer une interconnexion secondaire de 110 kV avec le Kosovo et une autre de 110 kV avec le Monténégro.

Actuellement, il existe une liaison entre Vau i Dejes, dans le nord de l’Albanie, et Podgorica, la capitale monténégrine, d’une capacité de 278 MVA. Cependant, cette ligne a été construite au début des années 70 et doit être rénovée à présent. Comme l’Albanie prévoit de construire davantage de centrales hydroélectriques dans le nord et envisage des projets gaziers dans le sud, les interconnexions pourraient être mises à profit.

L’autre ligne envisagée reliera la sous-station de la centrale hydroélectrique de Bajram Curri et Kukes au Kosovo.

L’Albanie produit actuellement presque 100 % d’hydroélectricité. Cependant, faute de capacité de stockage, l’électricité est vendue à d’autres pays pendant les principaux mois de production, à savoir au printemps et au début de l’été. Cela signifie que l’Albanie doit acheter de l’énergie fossile en hiver pour couvrir la demande publique.

Le gouvernement continue à délivrer des permis pour les centrales hydroélectriques, malgré les avertissements constants selon lesquels le changement climatique et la hausse des températures signifient que cette solution n’est plus viable. Actuellement, en raison de l’évolution des conditions météorologiques et de décennies de mauvaise gestion, les lacs utilisés pour l’hydroélectricité dans le nord du pays sont exploités à une capacité limitée et voient leur niveau d’eau diminuer, ce qui compromet encore davantage la situation énergétique précaire.

Cependant, l’utilisation du gaz a également été désapprouvée. La région n’est actuellement pas dépendante du gaz de manière significative, et beaucoup aimeraient que cela continue ainsi.

Récemment, un groupe d’organisations environnementales locales et européennes a appelé la Commission européenne à cesser de financer les projets de gaz fossile dans la région, car cela risquerait de l’enfermer dans une énergie non renouvelable pour les décennies à venir.

La Commission européenne appelée à cesser de financer les combustibles fossiles dans les Balkans

La Commission européenne devrait cesser de soutenir et de financer les projets relatifs au gaz fossile dans les Balkans occidentaux et se concentrer davantage sur l’énergie durable. C’est ce qu’a déclaré un groupe d’organisations de la société civile de la région.

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