Le CO2, matière première la plus performante sur 2018

Une centrale à lignite, à Belchatow, en Pologne. L'envolée des prix des quotas remet en cause la viabilité de ce type d'installation.. [Bilfinger SE/Flickr]

Le prix du carbone a bondi de plus de 300 % en un an, et pourrait atteindre 35 à 40 euros par d’ici 2023 après la dernière réforme du marché européen. Une situation qui remet en cause la viabilité économique des centrales à charbon après 2021.

Selon un rapport de Carbon Tracker, le prix de la tonne de CO2 devrait atteindre 25 euros fin 2018, et grimper à 40 euros d’ici 2023, le marché anticipant une raréfaction de l’offre de quotas. Les secteurs de l’énergie et de l’aviation notamment seront théoriquement confrontés à un déficit d’environ 1,4 milliard de tonnes de quotas.

Accélération en vue pour le prix du CO2 européen

Les prix du carbone dans l’UE devraient doubler d’ici à 2021. Mais la réforme du marché du carbone récemment finalisée ne permet d’atteindre qu’un quart du chemin vers l’Accord de Paris.

 

 

L’initiative Carbon Tracker est constituée de spécialistes de la finance qui entendent traduire le risque climatique réel sur les marchés financiers d’aujourd’hui.

La Banque mondiale, ainsi que des groupes d’entreprises et des investisseurs, appellent aussi à un soutien plus large à la tarification du carbone afin de réduire les émissions et d’investir dans des technologies plus propres.

La discussion prend de l’ampleur alors que les pays se réuniront lors de la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat (COP 24) du 3 au 14 décembre à Katowice (Pologne).Une rencontre qui revêt une importance cruciale, puisqu’ elle constitue la date limite pour la présentation d’un ensemble de règles qui régiront l’accord de Paris, parmi lesquelles la possibilité de fixer un prix pour le carbone.

En Europe, le système d’échange de droits d’émission (SEQE) de l’UE est l’outil de réduction des émissions phare du bloc.Dans son rapport, Carbon Tracker souligne que le CO2 a connu la performance la plus forte de toutes les matières premières depuis un an, avec une hausse de 310% depuis mai 2017, et de 120% depuis le début de l’année.

Une performance due à l’anticipation par le marché de la mise en service à partir de janvier 2019 de la réserve de stabilité du marché (MSR), pièce maîtresse de la réforme UE-ETS adoptée l’année dernière.

Le MSR entrera en vigueur en 2019, mais les industriels anticipent en achetant des quotas préventivement, en amont de la plus forte réduction de l’offre jamais observée sur le marché du carbone.

Les producteurs d’électricité devront soit acheter des quotas plus chers, soit favoriser le gaz aux dépends du charbon afin de réduire leurs besoin en quotas de carbone.

« Les perspectives pour les prix de l’UEA étant optimistes, il est important de rappeler que le système EU-ETS est en fin de compte un concept politique.À notre avis, si les prix devaient dépasser 50 € / t pendant plus de deux mois à tout moment au cours des deux ou trois prochaines années, cela entraînerait probablement des pressions en faveur de mesures compensatoires, notamment en Europe orientale », a déclaré Mark Lewis. auteur du rapport et responsable de recherche chez Carbon Tracker.

Impact en Allemagne

Carbon Tracker s’attend à ce que, en réaction, les prix du carbone atteignent des niveaux qui forcent l Allemagne, l’ Italie, l’ Espagne et les Pays-Bas à utiliser plus de gaz et moins de charbon, comme cela a été observé au Royaume-Uni où un prix plancher du Co2 a été mis en place.

Selon Clean Energy Wire, les prix faibles de l’électricité sur le marché de gros, conjugués à des prix du CO2 en hausse pèsent déjà sérieusement sur les bilans des centrales à charbon fonctionnant à la lignite, le charbon le plus émetteur de CO2 assez courant en Allemagne.

Les pertes des centrales à charbon recourant à ce combustible ont atteint 2 milliards d’euros entre 2016 et juillet 2018, même si les opérateurs restent discrets sur le sujet. RWE nie ainsi perdre de l’argent sur ses propres centrales, et ses concurrents ont refusé de répondre à Clean Energy Wire sur le sujet.

Les capitales encore très divisées sur un prix plancher du carbone

Si la France cherche des alliés pour instaurer un prix plancher du carbone en Europe, la Pologne préférerait concentrer la politique climatique sur le développement des technologies de stockage de l’énergie.

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