Le Conseil européen prépare le sommet d’Ypres avec des pincettes

Three soldiers walking up a bombed out street in Ypres, during WWI. [James Tworow/Flickr]

Le projet de conclusions du prochain Conseil européen, qui débutera à Ypres en Belgique, a été publié. Les dirigeants européens semblent accepter du bout des lèvres le projet du gazoduc South Stream, cédant ainsi aux pressions russes.

Les dirigeants européens sont en train de préparer le sommet du 26 et du 27 juin prochains. Le premier jour, le Conseil se réunit à Ypres afin de célébrer le centenaire du début de la Première Guerre mondiale. La petite ville belge avait été le théâtre de plusieurs bataille, au point d’être réduite en ruines.

La cérémonie débutera en fin d’après-midi, puis un dîner entre dirigeants européens bouclera la journée. Le jour suivant, les dirigeants tiendront une session régulière à Bruxelles.

Les commémorations du centenaire de la « Grande Guerre » rappellent l’époque d’une Europe tâtonnante et divisée, une époque étrangement similaire à l’Europe d’aujourd’hui face à la crise ukrainienne. La Première Guerre mondiale a éclaté le 28 juillet 1914 et a pris fin le 11 novembre 1918 et a coûté la vie de près de 9 millions d’individus. Il s’agit du cinquième conflit le plus mortel de l’Histoire. Il a ouvert la voie à des changements politiques majeurs, dont des révolutions dans parmi les pays belligérants.

Lors du sommet européen du 19 décembre 2013, la chancelière allemande Angela Merkel a commenté le livre de Christopher Clark, « Les somnambules : comment l’Europe a marché vers la guerre ». « [Les dirigeants européens] ont failli sur tous les plans, ce qui a provoqué la Première Guerre mondiale », avait alors affirmé la chancelière.

Le prochain sommet devrait être l’occasion de choix géopolitiques particulièrement importants. La première décision est celle de la ratification des accords d’association avec la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine.

 >> Lire : L’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine est repoussé

La seconde décision porte sur la stratégie de l’Union pour la sécurité énergétique pour réduire la dépendance énergétique de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie.

Le conflit sur le prix du gaz qui oppose Kiev à Moscou est considéré par de nombreux experts comme une stratégie échafaudée par le Kremlin en vue de paralyser l’économie ukrainienne d’une part et de promouvoir le projet de gazoduc South stream d’autre part. Ce gazoduc devrait en effet acheminer du gaz russe par la mer Noire en contournant l’Ukraine.

Selon le projet de conclusions du sommet consulté par EURACTIV, aucune décision majeure ne devrait avoir lieu. La Russie et South Stream ne sont même pas mentionnés dans le document. La Russie fait pression pour assurer le maintien du gazoduc, même si de nombreuses difficultés juridiques émaillent le projet. La Bulgarie a débuté le projet de construction, malgré l’ouverture par la Commission européenne d’une procédure d’infraction à son encontre.

Le commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger, s’est dit prêt à apporter son aide au projet de gazoduc South Stream en vue de résoudre les problèmes légaux. Mais seulement si la Russie se conforme au droit international dans le contexte de la crise ukrainienne. Il a également ajouté que tous les chantiers sur le gazoduc devraient être suspendus tant que le statu quo est maintenu.

 >> Lire : Günter Oettinger: L’Union pose ses conditions à la Russie sur le projet South Stream

Mais le projet de conclusions n’est pas à la hauteur des déclarations. Les États membres annoncent à la place que « le marché interne de l’UE et les règles de concurrences doivent être respectés par les investissements en matière d’infrastructures énergétiques, y compris ceux qui sont promus par les pays tiers, et faire l’objet d’une application vigoureuse en vue d’assurer leur pleine conformité avec la législation européenne et les priorités en matière de sécurité énergétique de l’UE ».

L’une des dernières phrases du projet de conclusion laisse supposer que l’UE donnerait son aval au projet South Stream. Ainsi, il est écrit :

« L’UE s’engage avec ses partenaires internationaux en vue de réduire les risques de rupture en approvisionnement de gaz ». La Russie présente South Stream comme un projet dont l’objectif est précisément de réduire les risques de rupture d’approvisionnement en gaz en évitant de le faire transiter par l’Ukraine. La dernière rupture d’approvisionnement est la troisième en quelques années.

Même si le document n’est à l’heure actuelle qu’un projet et pourrait être modifié à l’avenir, il illustre la proéminence des intérêts nationaux parmi certains États membres par rapport au projet du gazoduc. La Russie a déjà signé des accords bilatéraux sur South Stream avec l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, et la Hongrie, ainsi que la Serbie, pays non membre de l’UE. L’ultime ramification du gazoduc devrait aboutir en Italie. Le principal partenaire de Gazprom dans le projet South Stream est par ailleurs la plus grande entreprise énergétique italienne, ENI.

Il n’est pas étonnant donc que le premier ministre italien, Matteo Renzi, ait pris les rênes pour porter le projet au sein de l’UE. De son côté, la Bulgarie a répété à plusieurs reprises que le projet était incontournable pour le pays.

 >> Lire : Le premier ministre italien soutient South Stream malgré l’opposition de la Commission

Une phrase contenue dans le projet de conclusions résonne comme un avertissement lancé à la Serbie, pays candidat à l’UE, qui maintient la construction du gazoduc. L’objectif est que Belgrade se mette en conformité avec la législation européenne. Ainsi, il est écrit :

« La Communauté de l’énergie, qui vise à étendre les acquis communautaires en matière d’énergie aux pays de son voisinage, devrait être renforcée afin de garantir la mise en application de ces acquis parmi ces pays ». 

South Stream est un projet de gazoduc russe pour acheminer du gaz naturel. Ce gazoduc devrait passer sous la mer Noire vers la Bulgarie, traverser la Serbie, avec deux embranchements vers la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. Les gazoducs seront dirigés vers la Hongrie et la Slovénie avant d'atteindre l'Italie [voir carte]. Sa capacité devrait être de 63 milliards de mètres cubes par an (mmc/an).

Le principal partenaire de Gazprom dans le projet South Stream est la plus grande entreprise énergétique italienne, ENI.

La Russie a signé des accords intergouvernementaux avec :

  • la Bulgarie : 18 janvier 2008 ;
  • la Serbie : 25 janvier 2008 ;
  • la Hongrie : 28 février 2008 ;
  • la Grèce : 29 avril 2008 ;
  • Slovénie : 14 novembre 2009 ;
  • la Croatie : 2 mars 2010 ;
  • l'Autriche : 24 avril 2010. 

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