Le gaz circule mais la crise se poursuit en Ukraine

La République de Chypre a annoncé qu'elle « sortait » officiellement du programme d'aide le 31 mars prochain. [Thulborn-Chapman Photography/flickr]

Les livraisons de gaz à l’Ukraine ont repris. Mais la crise est loin d’être terminée, comme en démontrent les récentes violations d’un énième cessez-le-feu dans l’Est du pays.

Soucieux de voir Moscou respecter ses engagements, Maroš Šef?ovi?, vice-président de la Commission, chargé de l’union énergétique, a défendu l’accord conclu entre l’Ukraine et la Russie, suite à la réunion des ministres de l’énergie à Bruxelles. « Il s’agit d’un bon accord, qui doit être respecté et qui l’a été jusqu’ici. Nous en avons vu les effets positifs le 8 décembre, lorsque l’Ukraine a commandé un milliard de mètres cubes de gaz à la Russie. L’accord est en vigueur jusqu’au mois de mars 2015, ce qui va nous permettre de passer l’hiver », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

L’accord avait été signé fin octobre.

>>Lire aussi : L’Ukraine, la Russie et l’UE trouvent un accord sur le gaz

La résolution temporaire de la querelle sur le gaz entre Moscou et Kiev n’affecte guère le conflit militaire. Le jour où la Russie a rouvert les robinets de gaz vers l’Ukraine, fermés six mois suite à un désaccord sur le prix du gaz et l’impayé ukrainien, l’armée ukrainienne a accusé les séparatistes ukrainiens d’avoir enfreint le « jour de silence » qui avait été prévu par les deux parties le 9 décembre dans l’est du pays. L’initiative du « jour de silence » était considérée comme un premier pas potentiel dans la direction d’un cessez-le-feu plus durable, puis d’une autre série de négociation de paix.

L’Ukraine accuse Moscou de tenter de créer un « conflit gelé » qui entrainerait certaines provinces de l’est du pays hors du contrôle de Kiev pour une durée indéterminée. La région est à présent appelée « Nouvelle Russie » par les rebelles et les Russes.

Les forces gouvernementales ont déclaré avoir suspendu les combats le 9 décembre à 10 heures. Cependant, à la tombée de la nuit, Kiev annonçait avoir enregistré 13 infractions au cessez-le-feu, dont des bombardements visant l’aéroport proche de Donetsk, ville occupée par les rebelles. Le communiqué ne précisait pas si des soldats ukrainiens avaient perdu la vie.

Sur Facebook, le service de presse des opérations militaires gouvernementales dans l’est de l’Ukraine a écrit que « les rebelles n’avaient nullement l’intention de respecter le cessez-le-feu, ils ont donc utilisé des armes légères, des mortiers, des pièces d’artillerie et des tanks dans certaines zones résidentielles ».

À Donetsk, le dirigeant des rebelles, Alexander Zakharchenko, a affirmé avoir donné l’ordre à ses troupes de respecter le cessez-le-feu à partir de 10 heures et de n’utiliser la force qu’en cas d’attaque des forces ukrainiennes. « Le cessez-le-feu est respecté », a-t-il déclaré.

>> Lire : Vilnius va fournir une aide militaire à Kiev

Incertitudes sur le gaz

Le 1er décembre, la Russie a officiellement annulé son projet de construire le gazoduc South Stream, qui lui aurait permis de livrer du gaz au sud de l’Europe sans passer par l’Ukraine. Cette décision découle de l’opposition de l’UE au projet. Un tracé alternatif est à présent avancé par la Russie, en association avec la Turquie. Quelque 63 milliards de mètres cubes de gaz transiteraient via ce gazoduc, plus de quatre fois plus que les livraisons annuelles de la Russie à la Turquie. Le pays deviendrait donc une plateforme gazière importante au sud-est de l’UE, juste à côté de la frontière grecque.

>> Lire : La Russie tire une croix sur South Stream

Maroš Šef?ovi? a assuré qu’il avait reçu d’Ankara l’assurance que le corridor gazier sud-européen serait construit dans les temps, malgré le changement d’itinéraire du gazoduc.

« La Turquie a demandé à la Commission et aux États membres de mettre en place un groupe de pilotage pour s’assurer que les délais sont clairs et respectés. De cette façon, quand le gaz arrivera à la frontière européenne, il pourra être transféré aux systèmes gaziers européens. C’est ce que nous avons promis. »

De Chypre à la Crète

La Commission examine également d’autres projets liés à l’énergie en Méditerranée, projets qui pourraient permettre d’alimenter en gaz le sud de l’Europe, a également expliqué le vice-président. Un gazoduc permettant d’acheminer le gaz récemment découvert autour de Chypre vers la Grèce a notamment retenu l’attention de l’exécutif européen.

« Ce projet a été abordé [le 8 décembre], au moment des négociations bilatérales avec les ministres grec et chypriote. Nous avons parlé des détails du projet, ses raisons d’être, les découvertes récentes et les projets d’explorations futures. Nous avons évidemment aussi discuté de la rentabilité du projet et de son utilité en termes de besoins énergétiques à Chypre, mais aussi des conditions dans lesquelles la découverte de gaz dans l’est du bassin méditerranéen contribuerait à la sécurité énergétique globale des pays de l’UE », explique-t-il.

Chypre, la Grèce et la Commission entameront à présent une étude de faisabilité, étant donné que certains volets du projet, et particulièrement l’interconnexion entre les deux pays, sont loin d’être évidents d’un point de vue technique. Ce gazoduc pourrait néanmoins jouer un rôle important pour la sécurité énergétique européenne, a conclu le vice-président.

>> Lire : L’UE et les États-Unis encouragent les alternatives à South Stream

Le 1er décembre, la Russie a officiellement annulé son projet de construire le gazoduc South Stream, qui lui aurait permis de livrer du gaz au sud de l'Europe sans passer par l'Ukraine. Cette décision découle de l'opposition de l'UE au projet. Un tracé alternatif est à présent avancé par la Russie, en association avec la Turquie.

South Stream est un gazoduc de gaz naturel sponsorisé par la Russie. Ce gazoduc devrait passer sous la mer Noire vers la Bulgarie, traverser la Serbie, avec deux embranchements vers la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. Les gazoducs seront dirigés vers la Hongrie et la Slovénie avant d'atteindre l'Italie [voir carte]. Sa capacité devrait être de 63 milliards de mètres cubes par an (mmc/an).

Le principal partenaire de Gazprom dans le projet South Stream est la plus grande entreprise énergétique italienne, ENI, et l'allemande Wintershall, une filiale de BASF.

  • Mars 2014 : Fin de l'accord sur les livraisons de gaz entre la Russie et l'Ukraine.

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