Le Green Brief : la rupture (avec le pétrole russe) s’avère difficile

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Lorsqu’elle a présenté une proposition visant à interdire toutes les importations de pétrole et de produits pétroliers raffinés russes d’ici la fin de l’année, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, savait qu’elle se heurterait à une réticence, voire à une véritable opposition.

« Soyons clairs : ce ne sera pas facile », a-t-elle déclaré dans un discours devant le Parlement européen à Strasbourg mercredi dernier. « Certains États membres sont fortement dépendants du pétrole russe. Mais nous devons simplement y travailler. »

Ces difficultés se sont matérialisées assez rapidement. La Hongrie et la Slovaquie ont été les premières à rejeter le plan et ont demandé une exemption complète de l’embargo, même si un délai leur a été accordé pour atteindre l’objectif.

La République tchèque et la Bulgarie ont rapidement suivi le mouvement et demandé un traitement spécial. Quelques jours plus tard, la Bulgarie a même menacé d’opposer son veto à l’ensemble du plan, qui doit être approuvé à l’unanimité par les 27 États membres de l’UE pour entrer en vigueur.

Les préoccupations de la Bulgarie sont réelles : la seule raffinerie de pétrole du pays, située dans le port de Burgas, en mer Noire, a été conçue pour traiter uniquement du pétrole brut russe. L’adapter au pétrole d’autres fournisseurs demanderait du temps et de l’argent.

Mais contrairement à la Bulgarie, la Slovaquie, la Hongrie et la République tchèque sont des pays enclavés, ils ne peuvent tout simplement pas importer du pétrole par pétroliers et sont entièrement dépendants des oléoducs de l’ère soviétique qui les approvisionnent directement depuis la Russie.

Pour que la Hongrie soutienne ces mesures, le pétrole transporté par oléoducs (et non par pétroliers) devrait être exempté de l’embargo, a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó.

Les Hongrois ont raison sur ce point. « Ce n’est pas une question de manque de volonté politique, ce n’est pas une question d’intention, ce n’est pas une question de délai, c’est tout simplement une réalité physique, géographique et infrastructurelle », selon M. Szijjártó, cité par Telex.

En vertu des modifications apportées vendredi (6 mai), la Hongrie et la Slovaquie pourraient acheter du pétrole russe par oléoduc jusqu’à la fin de 2024, et la République tchèque pourrait continuer jusqu’en juin 2024 si elle ne parvient pas à obtenir du pétrole plus tôt par le biais d’un oléoduc en provenance du sud de l’Europe.

Parallèlement, une proposition d’interdiction des pétroliers de l’UE transportant du pétrole russe devrait être revue à la baisse après les pressions exercées par la Grèce, Chypre et Malte. Toutefois, les compagnies d’assurance continueraient d’être interdites d’assurer ces pétroliers dans le cadre des plans proposés par l’UE.

Des réunions intenses ont eu lieu au niveau des ambassadeurs au cours du week-end et se sont poursuivies cette semaine, Ursula von der Leyen ayant même effectué une visite surprise à Budapest, sans résultat concret pour l’instant.

Comme souvent, la solution réside dans de nouvelles infrastructures financées par l’UE. Selon les plans envisagés à Bruxelles, la Commission européenne offrirait aux États enclavés de l’UE davantage de fonds pour moderniser et étendre les oléoducs qui acheminent le pétrole des autres pays de l’UE. Il n’était pas encore clair si ces fonds pourraient être utilisés pour moderniser les raffineries de pétrole des pays de l’Est, dont beaucoup ne peuvent traiter que du pétrole russe.

Les diplomates restaient néanmoins confiants quant à la possibilité de parvenir à un accord. « Il n’y a pas de blocage politique, mais bien la nécessité de garantir des sources alternatives d’approvisionnement aux pays enclavés qui dépendent du pétrole russe par oléoduc. Et ce n’est pas facile », a déclaré à l’AFP un diplomate européen. « Il s’agit de nouvelles infrastructures et de changements technologiques, qui nécessitent non seulement un financement européen mais des accords entre plusieurs États membres. Nous faisons des progrès, mais cela prend forcément du temps. »

Budapest demande notamment des garanties que la Croatie accepte de s’engager à construire les nouvelles infrastructures et que l’UE fournira les fonds nécessaires.

Aucun de ces obstacles ne semble insurmontable. Si un nouvel oléoduc est nécessaire pour mettre fin à la dépendance des pays d’Europe centrale à l’égard du pétrole russe, il est du devoir de l’UE de les soutenir.

Mais en agissant de la sorte, l’Union européenne devrait également garder un œil sur ses objectifs relatifs au Pacte vert pour l’Europe (Green Deal). Comme pour le gaz, l’objectif ultime de l’UE est de se détacher de tous les combustibles fossiles, y compris le pétrole. Et cette crise est aussi l’occasion de réduire la consommation de pétrole là où c’est possible.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) l’a déjà clairement indiqué, en établissant des comparaisons avec les chocs pétroliers des années 1970, qui ont incité de nombreux pays européens à devenir moins dépendants du pétrole.

Selon l’AIE, la crise actuelle est également l’occasion d’accélérer les évolutions, notamment en ce qui concerne les technologies de régulation de la demande d’énergie, les systèmes de chauffage sophistiqués, les véhicules à haut rendement énergétique, les voitures électriques et l’isolation poussée des bâtiments.

« Le moment est venu de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour poursuivre l’indépendance vis-à-vis des combustibles fossiles russes et, en même temps, faire face à l’urgente crise climatique », a écrit le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, dans un article d’opinion pour EURACTIV. Nous ne pourrions être plus d’accord.

– Frédéric Simon


Les principales actualités de la semaine


Plus d’actualités


L’actualité en bref

Les prix élevés du gaz gonflent de 250 milliards d’euros la facture énergétique de l’UE estimée pour 2030, selon une étude. À quoi ressemblera la facture de gaz de l’UE en 2030 sur la base des prix actuels ? C’est la question à laquelle le think tank Ember et l’ONG internationale Global Witness ont tenté de répondre dans un nouveau rapport publié aujourd’hui (11 mai).

En examinant les chiffres de consommation de gaz du paquet de mesures de l’UE « Fit for 55 », les chercheurs ont découvert que la demande de gaz prévue pour 2030 pourrait coûter à l’Europe 250 milliards d’euros de plus que ce que la Commission européenne avait initialement estimé.

Et si le plan REPowerEU de la Commission, présenté en mars, vise à éliminer les importations de gaz russe de l’UE « bien avant 2030 », il ne réduirait la facture globale de gaz de l’Union que de 47 milliards d’euros, selon l’étude.

Au contraire, en plaçant les économies d’énergie et les énergies renouvelables au cœur de la stratégie énergétique de l’UE, on pourrait réduire considérablement les dépenses énergétiques de l’UE en 2030, avec des économies de 123 milliards d’euros au prix élevé du gaz aujourd’hui, dans le cadre d’un scénario énergétique commun des ONG pour 2030.

« Miser sur le gaz fossile est un pari perdant. Les prix élevés et volatils du gaz sont là pour rester et coûteront cher à l’UE. L’argent est mieux dépensé dans une transition qui peut apporter une énergie stable, propre et abordable à tous les Européens », a déclaré Sarah Brown, analyste en chef chez Ember.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com)

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Les grands patrons soutiennent la volonté de l’UE de se détacher du gaz et du pétrole russes. Plus d’une centaine d’organisations commerciales et de PDG, dont Microsoft, Unilever, H&M Group, Signify et Iberdrola, ont exprimé leur soutien à l’objectif de l’Union européenne de réduire progressivement sa dépendance à l’égard du gaz, du pétrole et du charbon russes, afin de renforcer la sécurité énergétique et de faire face à la crise des prix actuelle.

Dans une lettre ouverte adressée à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ils ont exhorté l’Europe à accélérer la transition énergétique en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

« Au cœur des crises actuelles de la sécurité énergétique et des prix se trouve une dépendance excessive à l’égard de gaz fossiles, de pétrole et de charbon volatils et importés », indique la lettre signée par 114 chefs d’entreprise, dont des multinationales et des PME, ainsi que 26 réseaux d’entreprises.

« Les mesures prises en réponse à l’invasion de l’Ukraine doivent donner la priorité aux solutions structurelles et justes qui peuvent permettre la transition écologique et numérique et répondre au niveau d’urgence auquel nous sommes confrontés. (…) C’est le moment d’être audacieux et de redoubler d’efforts pour mettre en œuvre le Pacte vert pour l’Europe et réaliser des réductions » rapides, profondes et immédiates « des émissions de CO2, comme l’exige le GIEC », écrivent-ils.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com)


Événements à venir

13 MAI. Partenariat médias : L’UE peut-elle favoriser une transition verte mondiale ? Les implications internationales de la réalisation du Pacte vert de l’UE. Pour que le Pacte vert de l’UE soit un succès, l’UE doit favoriser des systèmes économiques durables et le bien-être de la société sur toute la planète. Un changement positif du système est essentiel afin d’éviter une catastrophe climatique et environnementale, et la meilleure chance d’y parvenir est de mettre en œuvre sérieusement le Pacte vert pour l’Europe et les objectifs de développement durable. Lors de cet événement de lancement, l’Open Society European Policy Institute, le Club de Rome et SYSTEMIQ présenteront les principales conclusions et implications de leur nouveau rapport. Un panel d’experts réagira ensuite au rapport et discutera de ses conséquences pour la politique européenne. Programme et inscription ici. (Organisé par l’Open Society European Policy Institute, SYSTEMIQ et le Club de Rome)

17 MAI. Des bâtiments durables et sains — atteindre les objectifs du Pacte vert pour l’Europe. Rejoignez cette conférence virtuelle EURACTIV pour discuter de la manière dont la révision de la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD) peut soutenir un climat sain tout en accélérant la baisse des coûts énergétiques et en décarbonant nos bâtiments. Les intervenants seront bientôt annoncés. Programme et inscription ici. (Soutenu par Velux).

17 MAI. Une EPBD révisée — une décarbonation plus rapide du parc immobilier européen  ? Rejoignez cette conférence hybride EURACTIV pour discuter de ce qui peut être fait pour améliorer le cadre réglementaire existant afin de soutenir un processus de décarbonation efficace dans le secteur du bâtiment. Les intervenants seront bientôt annoncés. Programme et inscription ici. (Soutenu par EdEn — Equilibre des Energies).

24 MAI. Conversation Twitter #EAPolitics | Débattre de l’avenir de l’Europe IV — changement climatique, environnement et santé. La Conférence sur l’avenir de l’Europe a été lancée pour permettre aux citoyens des 27 États membres de discuter et de suggérer des propositions politiques par le biais d’événements locaux, de panels et d’une plateforme en ligne, afin de façonner l’avenir de l’Europe. EURACTIV a profité de cette occasion pour lancer sa conversation Twitter intitulée « Débattre de l’avenir de l’Europe ». Une dernière édition qui abordera le panel « Changement climatique, environnement et santé », à la suite de la session citoyenne. Plus de détails ici.

14 JUIN. L’Allemagne a-t-elle besoin d’une nouvelle politique forestière ? Potentiel et problèmes de la stratégie forestière 2050. L’Allemagne est l’un des pays les plus densément boisés d’Europe, les forêts représentant près de 30 % de la superficie totale. L’ancienne ministre de l’Agriculture Julia Klöckner a mis en place la stratégie forestière 2050, qui prévoyait l’utilisation économique du bois. Avec le nouveau gouvernement allemand en place, faut-il revoir la stratégie forestière ? Rejoignez la députée européenne Ulrike Müller, Stefanie Schmidt de la DG ENVI, la députée allemande Tessa Ganserer, et l’experte en écologie forestière Nicole Wellbrock, ainsi que d’autres intervenants qui seront annoncés prochainement, pour en savoir plus. Programme et inscription ici. L’événement sera en allemand. (Soutenu par Life Terra)

15 juin. Mind the gap – les biocarburants peuvent-ils jouer un rôle stratégique pour atteindre la sécurité énergétique et alimentaire de l’UE ? Participez à cette conférence hybride organisée par EURACTIV pour discuter de la manière dont l’Union européenne peut respecter son engagement à atteindre les objectifs climatiques et énergétiques du paquet Fit for 55 dans une situation géopolitique incertaine. Et savoir quel est le rôle évolutif des carburants renouvelables à faible teneur en carbone dans la réalisation des objectifs climatiques et énergétiques de l’UE. Programme et inscription ici. (Soutenu par ePURE).


Dans notre radar

18 MAI. La Commission européenne va présenter l’’initiative RePowerEU pour se passer des combustibles fossiles russes, composée de :

  • Une mise à jour de la directive sur les énergies renouvelables, avec un objectif plus ambitieux pour 2030 et des règles de délivrance des permis plus rapides.
  • Une stratégie solaire qui pourrait rendre obligatoire l’installation de panneaux solaires sur les toits de tous les bâtiments (en savoir plus).

Cette initiative s’accompagne d’un nouveau « paquet énergie et partenariats internationaux », composé de :

  • Une nouvelle stratégie sur l’engagement énergétique international.
  • Communication conjointe sur un partenariat avec le Golfe.

25—27 MAI. Réunion des ministres du Climat et de l’Énergie du G7.

7 JUIN. Communication conjointe sur la gouvernance internationale des océans.

15 JUIN. Rapport de prospective stratégique 2022.

22 JUIN. Paquet sur la protection de la nature (à confirmer) :

  • Utilisation durable des pesticides — révision des règles de l’UE.
  • Protection de la biodiversité : objectifs de restauration de la nature.

27 JUIN. Conseil « Energie ».

28 JUIN. Conseil « Environnement ».

20 JUILLET. Paquet économie circulaire 2 :

  • Cadre politique pour les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables.
  • Révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pour renforcer les exigences essentielles en matière d’emballages et établir des mesures et des objectifs de prévention des déchets d’emballages au niveau de l’UE.
  • Révision de la directive sur le traitement des eaux urbaines résiduaires.
  • Proposition de règlement relatif à la justification des allégations environnementales au moyen de la méthode de l’empreinte environnementale du produit ou de l’organisation.

20 JUILLET. Développement de normes d’émission post-Euro 6/VI pour les voitures, camionnettes, camions et bus.

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