Le marché de l’électricité de l’UE n’est pas responsable de la crise actuelle des prix, selon un rapport

Publié vendredi (29 avril), le rapport est clair : « Alors que les circonstances actuelles qui ont un impact sur le système énergétique de l’UE sont loin d’être “normales”, l’ACER estime que la configuration actuelle du marché de l’électricité n’est pas à mettre en cause dans la crise actuelle ». [Ella Patenall / Flickr]

Le marché intégré de l’électricité de l’UE a contribué à atténuer les prix de l’énergie, générant des bénéfices estimés à 34 milliards d’euros par an, selon un rapport des régulateurs de l’énergie de l’UE, qui présente 13 mesures visant à atténuer la crise actuelle des prix.

Dans un rapport très attendu, l’Agence européenne de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) a rendu ses conclusions sur le rôle joué par les marchés de gros de l’électricité dans la crise actuelle des prix de l’énergie, exacerbée par la guerre de la Russie en Ukraine.

Publié vendredi (29 avril), le rapport est clair : « Alors que les circonstances actuelles qui ont un impact sur le système énergétique de l’UE sont loin d’être “normales”, l’ACER estime que la configuration actuelle du marché de l’électricité n’est pas à mettre en cause dans la crise actuelle ».

« Au contraire, les règles du marché en vigueur ont, dans une certaine mesure, contribué à atténuer la crise actuelle, évitant ainsi des restrictions d’électricité, voire des pannes dans certains quartiers », ajoute l’agence, qui estime les bénéfices à 34 milliards d’euros par an en moyenne.

Les prix du gaz ont atteint des niveaux record à l’automne, car l’offre limitée s’est heurtée à la forte demande des économies européennes qui se remettent de la pandémie de Covid-19. Cette situation a fait grimper le coût de l’électricité, en raison de la capacité de production « marginale » disponible dans les centrales électriques au gaz, qui peuvent être activées à court terme pour répondre aux pics de demande.

Ce système de tarification marginale a fait l’objet de vives critiques de la part de la France et de l’Espagne, qui produisent peu d’électricité à partir du gaz et misent plutôt sur la production d’électricité à faible teneur en carbone à partir du nucléaire ou des énergies renouvelables.

« Un marché européen de l’énergie dans lequel le prix de l’électricité décarbonée reste dépendant du prix des combustibles fossiles est absurde », a déclaré le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire, l’un des plus fervents partisans de la réforme.

M. Le Maire a proposé de remplacer le système de tarification marginale par une tarification de l’électricité en fonction du « coût moyen de production des énergies décarbonées » et a fermement rejeté l’utilisation du gaz comme facteur de fixation des prix.

La France n’est pas la seule à réclamer une réforme. Le mois dernier, les dirigeants de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce ont mis la pression sur la Commission européenne pour qu’elle s’attaque à « l’effet de contagion » des prix élevés du gaz sur le marché de l’électricité, Madrid réclamant des « solutions structurelles » pour séparer les deux.

Les dirigeants de l’UE ont débattu de la question lors d’un sommet en mars, au cours duquel ils ont invité la Commission à « prendre toutes les initiatives nécessaires d’ici mai 2022 », après que l’ACER aura présenté un rapport sur la question.

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Les dirigeants européens ont décidé de passer le relais de la réforme du marché de l’énergie à la Commission européenne, tout en accordant à l’Espagne et au Portugal un statut spécial pour faire face à la crise énergétique actuelle.

Un marché européen à conserver, moyennant quelques améliorations

Le rapport final de l’ACER sera probablement une lecture décevante pour les partisans d’une réforme profonde.

« L’ACER estime que la conception actuelle du marché mérite d’être conservée », indique le rapport, qui met en garde contre les « mesures interventionnistes » adoptées en temps de guerre qui risquent de perturber le fonctionnement normal du marché de gros en temps de paix.

« En règle générale, l’ACER considère que plus l’approche est interventionniste, plus le potentiel de distorsion du marché est élevé », ajoute le rapport, qui met en garde contre les mesures gouvernementales visant à faire baisser les prix de l’énergie « qui pourraient freiner les investissements du secteur privé » dans les technologies innovantes à faible émission de carbone, nécessaires à la transition énergétique.

« En ce qui concerne la situation d’urgence actuelle en Europe, l’ACER n’est pas convaincue que le plafonnement des prix de l’électricité résoudra les problèmes à court terme. Au contraire, il risque de les exacerber », a averti Christian Zinglersen, directeur de l’ACER, en faisant référence aux mesures récemment adoptées en Espagne et au Portugal.

Pour l’avenir, des marchés de l’électricité qui fonctionnent bien seront un moteur essentiel de la transition énergétique propre de l’UE, a écrit M. Zinglersen dans un article d’opinion pour EURACTIV, notant que davantage de secteurs de l’économie se tournent vers l’électricité pour réduire les émissions.

Le rapport de l’ACER reconnaît également que certaines améliorations sont nécessaires pour que le marché de l’électricité atteigne les objectifs de décarbonation de l’UE. Il énumère 13 mesures que les gouvernements peuvent prendre pour rendre le marché moins volatile et plus résistant à l’avenir.

Il s’agit tout d’abord d’accélérer l’intégration du marché de l’électricité et de développer les énergies renouvelables par le biais de régimes de soutien et de contrats d’achat d’électricité par les entreprises. Un autre objectif clé est d’assurer une plus grande flexibilité du système électrique à mesure que des énergies renouvelables plus intermittentes comme l’éolien et le solaire sont ajoutées au mix électrique.

Étant donné que l’électricité ne peut pas être stockée à grande échelle, « il faut mettre en place des incitations tarifaires pour ceux qui assurent une flexibilité à long terme », par exemple grâce aux technologies numériques qui permettent aux consommateurs industriels d’être rémunérés s’ils se coupent temporairement du réseau.

Tous ces objectifs seront facilités par une intégration plus étroite des marchés de l’électricité et des interconnexions entre les pays.

« Les États membres doivent respecter ce que l’UE a déjà convenu », déclare M. Zinglersen, qui souligne les « retards importants » dans la mise à disposition de la capacité disponible sur les interconnexions pour les échanges, ainsi que les retards dans la mise en œuvre des règles de couplage des marchés « qui ont été décidées il y a des années ».

« Les lignes de transmission sont aussi notoirement lentes à être construites dans de nombreuses régions de l’UE, ce qui entrave le développement du commerce de l’électricité », a ajouté M. Zinglersen.

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