Le nucléaire est confronté à « beaucoup d’incertitudes » à l’approche de l’évaluation environnementale de l’UE

Réacteur nucléaire de Doel, Port d'Anvers, Belgique. Alors que la Belgique est en train de sortir du nucléaire, de nouveaux projets sont envisagés en Pologne et en République tchèque. [TonyV3112 / Shutterstock]

L’industrie est de plus en plus nerveuse face aux projets de la Commission européenne visant à évaluer la sécurité de la manipulation des déchets radioactifs. En effet, un rapport d’experts est attendu le mois prochain sur la manière de classer l’énergie nucléaire dans la taxonomie verte de l’UE.

L’organisme de recherche interne de la Commission européenne, le Centre commun de recherche (CCR), met la dernière main à un rapport sur la sécurité de la manipulation des déchets radioactifs qui pourrait être fatale pour l’avenir de l’industrie nucléaire européenne.

Ce rapport, attendu pour fin février ou début mars, pourrait finalement reconnaître l’énergie nucléaire comme un « combustible de transition » au sens du règlement du financement vert de l’UE, ou au contraire la stigmatiser de manière irréversible comme une forme d’énergie polluante qui « nuit considérablement » à l’environnement.

« Le grand problème que pose pour nous cette taxonomie est qu’elle permettra aux entreprises éligibles d’avoir accès à des obligations et à des fonds qui ont un taux d’intérêt plus faible », a déclaré Jessica Johnson, directrice de la communication de Foratom, l’association professionnelle représentant l’industrie nucléaire à Bruxelles.

« Cela signifie que le coût du financement pourrait potentiellement être inférieur s’ils ont accès à ces fonds car le montant des intérêts qu’ils devront rembourser est beaucoup moins élevé », a-t-elle déclaré aux journalistes lors d’un point de presse en ligne mercredi (9 février).

Les banques privées sont réticentes à accorder des prêts pour de nouveaux projets nucléaires à moins que les gouvernements ne les soutiennent avec des garanties financières et des aides d’État substantielles. Les énergies renouvelables, en revanche, sont moins chères à construire et offrent des délais de livraison et des retours plus rapides – de plus en plus sans aide de l’État.

L’énergie nucléaire « morte et vivante », proclame S&P

« Nous ne voyons guère de justification économique à la construction de nouvelles centrales nucléaires aux États-Unis ou en Europe occidentale, en raison de l’augmentation massive des coûts et de la compétitivité des coûts des énergies renouvelables », a déclaré l’agence de notation S&P dans une note publiée en 2019.

La concurrence croissante de l’électricité renouvelable bon marché, les préoccupations de sécurité et l’augmentation des coûts des nouvelles centrales poussent lentement l’énergie nucléaire à sa limite – sauf en Russie et en Chine où l’industrie continue de bénéficier d’un soutien important de l’État, a déclaré S&P.

« Cette question du financement est absolument essentielle pour notre industrie dans la perspective d’une nouvelle construction. Et il est clair que la taxonomie à cet égard sera également très importante », déclaré Yves Desbazeille, directeur général de Foratom.

Mais le débat sur le nucléaire en Europe est tellement polarisé qu’il s’est avéré impossible de parvenir à un compromis lors des négociations sur le livre vert de l’UE sur le financement.

Lorsque les États membres de l’UE et le Parlement européen ont conclu un accord sur le règlement de taxonomie en décembre 2019, la décision sur la manière de classer les technologies « de transition » comme le gaz naturel et l’énergie nucléaire a été repoussée.

Selon l’Autriche et l’Allemagne, la question des déchets radioactifs disqualifie automatiquement le nucléaire en vertu du principe de la taxonomie de « ne pas causer de dommages significatifs », qui empêche les technologies de recevoir un label vert de l’UE si elles portent atteinte à une liste de six objectifs environnementaux prédéfinis allant de l’atténuation du changement climatique à la prévention de la pollution et à la protection de la biodiversité.

D’autres pays, comme la France et la Grande-Bretagne, n’étaient pas d’accord et ont bloqué un accord sur le règlement de la taxonomie parce qu’il ne reconnaissait pas le nucléaire comme une source d’électricité « à faible teneur en carbone », qui apporte une « contribution substantielle » au premier objectif – l’atténuation du changement climatique.

Pour régler le différend, la Commission a alors décidé de charger le CCR de rédiger ce rapport. Une fois publié, celui-ci sera examiné par deux autres groupes d’experts, qui auront trois mois pour émettre leur avis.

Sur la base de cette contribution, la Commission européenne décidera ensuite, au cours du second semestre, comment elle entend classer l’énergie nucléaire dans la taxonomie du financement vert de l’UE. En attendant, « cela est pour nous un gros problème car cela crée beaucoup d’incertitudes », a déclaré Mme Johnson.

Edité par Louise Rozès Moscovenko

La Commission européenne, critiquée pour son rapport sur l’énergie nucléaire

La Commission européenne examine l’impact environnemental de l’énergie nucléaire par l’intermédiaire du Centre commun de recherche (JRC). Une procédure qui suscite de vives critiques. Un article d’Euractiv Allemagne.

Subscribe to our newsletters

Subscribe