Le plan de l’UE pour abandonner les combustibles fossiles russes critiqué par des experts

« Nous sommes convaincus que cela ne nous empêchera en aucun cas d’atteindre notre objectif de réduction de 55 % d’ici à 2030, en aucun cas », Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne et commissaire chargé du Climat, lorsqu’il a été invité mercredi à commenter le plan proposé. [European Union, 2022]

Des experts ont critiqué le projet de la Commission européenne de prélever 20 milliards d’euros sur la réserve de stabilité du marché du carbone de l’UE afin de financer un effort de 300 milliards d’euros pour sortir l’Europe des combustibles fossiles russes.

La Commission européenne a dévoilé mercredi (18 mai) des mesures visant à éliminer toutes les importations de combustibles fossiles russes d’ici 2027, indiquant que cela nécessiterait un investissement total de 300 milliards d’euros d’ici 2030.

L’exécutif européen a proposé de puiser dans diverses sources budgétaires pour financer cet effort, notamment dans le plan de relance de l’UE introduit en réponse à la pandémie de Covid-19, qui représente 800 milliards d’euros, ainsi que dans les recettes du système d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE), l’outil phare de la politique climatique de l’UE.

« Nous apporterons 20 milliards d’euros de subventions provenant de la mise aux enchères des quotas de la réserve de stabilité du marché », a déclaré un haut responsable de l’UE qui a informé la presse des projets de la Commission hier.

La réaction sur le marché du carbone a été immédiate, puisque le prix des quotas d’émission de l’UE a baissé à 85 euros par tonne de CO2 mercredi (18 mai), contre 92 euros la veille.

L'UE présente un plan de 300 milliards d'euros pour abandonner les énergies fossiles russes et accélérer la transition écologique

La Commission a présenté un plan de 300 milliards d’euros visant à éliminer les importations d’énergie russe d’ici 2027, bien que que cela nécessiterait des investissements à court terme dans de nouvelles infrastructures de combustibles fossiles.

« Un choc au niveau de l’offre »

Florian Rothenberg, analyste du marché du carbone chez ICIS, une société de services de renseignements sur les matières premières, a déclaré que la décision de la Commission avait érodé la confiance dans le SEQE-UE en tant qu’outil de la politique climatique.

« Une grande partie de la reprise des prix des quotas d’émission de l’UE entre 2020 et aujourd’hui a été motivée par la confiance dans le système. Remettre les volumes de la réserve de stabilité du marché sur le marché serait une intervention très lourde qui pourrait mettre à mal la confiance que les participants au marché ont développée dans le fonctionnement à long terme du système », a-t-il déclaré à EURACTIV.

La réserve de stabilité du marché contient actuellement 2,6 milliards de quotas. « À un prix de 80 €/tCO2e, cela signifierait que 250 millions de quotas européens pourraient être libérés, ce qui constituerait un choc important du côté de l’offre », a déclaré M. Rothenberg.

La réserve de stabilité du marché a été introduite en 2014 pour soutenir les prix du carbone dans le SEQE-UE, qui s’échangeaient à l’époque sous la barre des 10 € par tonne de CO2.

Il s’agissait d’un outil « non discrétionnaire » conçu pour « maintenir de manière prévisible une quantité limitée de quotas de CO2 » afin de stimuler les investissements dans les technologies à faible émission de carbone, a déclaré Emil Dimanchev, chercheur en politique climatique.

« Si les décideurs politiques peuvent modifier la quantité de quotas de CO2 disponibles de manière non prévisible, cela compromet la confiance des investisseurs dans le marché et affaiblit les incitations aux investissements à faible émission de CO2. Cela réduit la probabilité que le SEQE-UE soit le moteur de la transition », a-t-il commenté sur Twitter, affirmant que la proposition constitue « un mauvais précédent ».

M. Rothenberg a partagé cet avis, affirmant que la décision pourrait être répétée à l’avenir et qu’elle envoie le message que les décideurs politiques peuvent intervenir à tout moment.

La Commission européenne a réfuté ces affirmations, affirmant que la démarche n’affectera pas l’objectif à long terme du marché du carbone, qui est de réduire les émissions d’au moins 55 % d’ici 2030.

« Nous sommes convaincus que cela ne nous empêchera en aucun cas d’atteindre notre objectif de réduction de 55 % d’ici à 2030, en aucun cas », Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne et commissaire chargé du Climat, lorsqu’il a été invité mercredi à commenter le plan proposé.

Les estimations réalisées par les services de la Commission montrent que « le nombre de quotas sur le marché en 2030 devrait rester conforme à la contribution du SEQE-UE de -61 % de réduction d’émissions pour l’objectif global de 2030 proposé en juillet », a-t-il déclaré.

« Nous ne voyons donc aucune perturbation de ce côté-là », a-t-il ajouté, affirmant que les 20 milliards d’euros récoltés permettront d’accélérer la transition des combustibles fossiles russes vers les énergies renouvelables.

La proposition est maintenant envoyée au Parlement européen et aux États membres de l’UE pour approbation avant d’être adoptée en tant que loi.

« Il s’agit potentiellement d’un long processus, et il faudra probablement du temps pour que les 20 milliards d’euros mentionnés dans la proposition soient réunis », a déclaré M. Rothenberg.

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