Le projet de loi de Berlin sur la fracturation hydraulique irrite les ONG

15800968120_771edb500a_o.jpg [WildEarth Guardians/Flickr]

Le projet de loi légalisant la fracturation hydraulique préparé par le gouvernement allemand s’attire les foudres des défenseurs de l’environnement à quelques mois de la COP 21. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Le projet de loi allemand destiné à autoriser l’extraction du pétrole brut et du gaz naturel grâce à la méthode de la fracturation hydraulique, en préparation depuis plusieurs mois, s’attire de violentes critiques. Les défenseurs de l’environnement et de la santé publique avertissement en effet que ce projet envoie le mauvais message, alors que se prépare la COP 21, la conférence de l’ONU sur le climat.

>> Lire : L’Allemagne veut autoriser la fracturation hydraulique (février 2015)

Tout d’abord, le projet de loi néglige la protection des êtres humains, de la nature et de l’eau, ont dénoncé des organisations de défense de l’environnement comme BUND, NABU et Allianz der öffentlichen Wasserwirtschaft (AÖW) lors d’une réunion à Berlin.

En plus de cela, poursuivent ces organisations, l’idée d’encourager une méthode de production d’énergie conventionnelle -fossile – contredit l’engagement de l’Allemagne, qui a promis de se concentrer sur l’élargissement des sources d’énergie renouvelable.

Une méthode placebo, dangereuse pour la nature

« La proposition du gouvernement allemand concernant la fracturation hydraulique n’est rien d’autre qu’un placebo », estime Liselotte Unseld, secrétaire générale de la Ligue allemande pour la nature, la protection des animaux et l’environnement (DNR).

>> Lire : L’Allemagne se rapproche d’une interdiction de la fracturation hydraulique (aout 2014)

Au moyen et long terme, ce le texte ne représente pas le meillleur moyen d’éviter cette technique d’extraction estime-t-elle, ajoutant que le projet de loi va à l’encontre des objectifs climatiques, d’énergie et de protection de la nature du gouvernement.

Barbara Hendricks, ministre de l’Environnement, et Sigmar Gabriel, ministre de l’Économie, entendent interdire la fracturation hydraulique dans les zones dites sensibles, c’est-à-dire les zones essentielles au captage d’eau potable ou pour des raisons de protection de la nature.

Leur proposition interdirait également la fracturation au-delà de 3 000 mètres. Ainsi, l’eau potable ne devrait pas être contaminée par les produits chimiques utilisés pour fracturer la roche.

La fracturation serait néanmoins autorisée à des fins de recherche à plus de 3 000 mètres de profondeur, à condition d’avoir été approuvée par les autorités compétentes. Les essais de forage réussis recevraient un certificat émis par une commission d’experts indépendants et pourraient laisser la place à une utilisation commerciale des techniques de fracturation dans des cas isolés.

La coalition au pouvoir en Allemagne, composée des démocrates-chrétiens de centre-droit (CDU), de l’Union chrétienne-sociale (CSU) et du Parti social-démocrate (SPD), assure que ce projet de loi valorise avant tout la protection de la santé et de l’eau.

Une proposition contraire à la lutte contre le changement climatique

Gudrun Kordecki, du consortium des représentants de l’Église évangéliste allemande chargés de l’environnement, n’est pas de cet avis. Elle souligne que les zones protégées par le projet de loi ne sont pas les seules à courir un risque considérable. Berlin contredit également tous les efforts de lutte contre le changement climatique, assure-t-elle.

« Si les réserves non conventionnelles de gaz naturel sont exploitées grâce à la fracturation hydraulique, nous envoyons le mauvais message avant l’organisation de la conférence de l’ONU sur le climat, qui doit se déroule en décembre à Paris », ajoute-t-elle.

Gudrun Kordecki estime que l’Allemagne ne devrait pas toucher à ces réserves et les garder pour les générations futures. Au lieu de cela, le pays devrait investir dans les énergies renouvelables et élargir ses stratégies pour l’efficacité et l’indépendance énergétiques.

Dans l’accord gouvernemental, le centre-droit et le SPD s’était accordé sue l’objectif de « contribuer à la transition d’une économie principalement basée sur les combustibles fossiles vers une économie bâtie sur des énergies renouvelables et efficaces, et donc à soutenir l’Energiewende ».

Une étude récente indique que si l’Allemagne veut atteindre ses ovjectifs en termes de changement climatique, il faudrait renoncer à exploiter la plus grande partie des réserves d’énergies fossiles encore enfouies.

Une loi « sur mesure pour l’industrie du gaz »

Oliver Kalusch, du réseau contre l’extraction du gaz, a accusé le gouvernement allemand de fermer les yeux sur ces arguments scientifiques. Selon lui, le gouvernement allemand veut créer une loi sur la fracturation « sur mesure pour l’industrie du gaz ».

Le CDU critique une réglementation faible

Les critiques émanent même de certains partis du gouvernement. « J’imagine que les ministres SPD se sont empressés de proposer des restrictions limitées parce qu’ils subissent les pressions des représentants des industries minières, chimiques et énergétiques », a déclaré au Rheinische Post le parlementaire CDU Andreas Mattfeldt.

Andreas Mattfeldt souhaiterait que cette méthode controversée soit soumises à plus de restrictions. « La proposition de loi ne va pas assez loin du tout », estime-t-il. Selon lui, la réglementation doit être adaptée au nouveau niveau de technologie disponible.

Le gaz de schiste est un carburant fossile non conventionnel présent dans des fissures naturelles et des fractures du sol. Jusqu'il y a peu, aucune méthode sûre pour l'acheminer vers la surface n'existait.

Le gaz de schiste est extrait grâce à la fracturation hydraulique. Ce processus consiste à briser des couches de schiste en injectant des liquides et un certain nombre d'additifs chimiques sous haute pression, ce qui libère les réserves de gaz.

Les partisans de cette technique affirment que le gaz de schiste représente une alternative aux énergies fossiles traditionnelles. Selon ses détracteurs, il s'agit d'une énergie fossile très polluante.

>> Lire : L'Écosse interdit la fracturation hydraulique

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