Le projet européen sur l’énergie bleue risque de faire des vagues

La Commission européenne compte mettre sur pied un forum énergétique et une feuille de route d'ici 2016. Objectif : faciliter le développement des énergies renouvelables océaniques en Europe.

Dans sa communication présentée le 20 janvier, la Commission promet que le nouveau forum sur l'énergie océanique permettra de trouver des « solutions pratiques » aux problèmes auxquels sont confrontées les entreprises, notamment le climat d'investissement peu favorable et les travaux d'entretien dans des conditions climatiques difficiles.

Il est important de réduire les prix, d'améliorer la fiabilité ainsi que d'augmenter la durée de vie, la fonctionnalité et la stabilité des dispositifs d'exploitation de l'énergie des océans, révèle la communication. La Commission se concentre sur le potentiel de croissance économique qu'offre l'énergie des océans, « l'économie bleue ». Il s’agit par ailleurs d’une priorité de la présidence grecque du Conseil de l'UE.

Selon une évaluation d'impact en annexe de la communication, près de 40 000 emplois pourraient voir le jour d'ici 2035. Les entreprises actives dans l'exploitation de l'énergie des océans comptent également produire 100 gigawatts d'énergie d'ici 2050. En 2010, le Conseil mondial de l'énergie a même estimé qu'il serait possible de produire huit fois plus d'électricité.

L'absence de connexions au réseau et de développements dans la chaîne d'approvisionnement pourrait ralentir l'avancée des travaux. À l'heure actuelle, les dispositifs produisent seulement 10 mégawatts dans les eaux européennes. L'industrie devra passer de sa phase actuelle de démonstration et de projets pilotes à celle de commercialisation. Le nouveau forum devrait également jouer un rôle important dans le domaine. 

« Les projets d'exploitation de l'énergie des océans sont considérés à haut risque et attirer de gros investisseurs constitue un défi », étant donné que l’énergie océanique est exploitée au large des côtes, explique à EURACTIV Sian George, le PDG d'Ocean Energy Europe.

« Le secteur privé s'est attribué la part du lion des risques pendant quelques années […] et nous sommes ravis de voir que la Commission adopte un avis stratégique dans la coordination des investissements futurs et du soutien provenant des États membres, de la Commission et de l'industrie », ajoute-t-elle.

Forum apte à prendre des décisions

Le forum regroupera des acteurs de l'industrie, des diplomates, des fonctionnaires de l'UE, des universitaires et des représentants des institutions financières. L'objectif est d’avoir un organe qui détient des compétences décisionnelles en vue de créer un cadre réglementaire destiné à soutenir de nouveaux projets.

Ces travaux seront combinés à une feuille de route stratégique qui établira « des objectifs clairs pour le développement industriel du secteur ainsi qu'un calendrier pour les objectifs à atteindre » d’ici 2016, selon le document.

Dans un deuxième temps, l'initiative industrielle européenne est prévue pour la période entre 2017 et 2020. Ce programme pourrait permettre de rassembler des investissements à l'aide de partenariats publics-privés avant de déployer sur une plus grande échelle la technologie.

Selon Remi Gruet, directeur des politiques à l'Ocean Energy Association, financée par l'UE, la communication a une portée particulièrement significative.

« La Commission n'a publié que très peu de communications sur des technologies sur une seule énergie : la biomasse en 2004 et l'éolien en mer en 2008 », explique-t-il à EURACTIV. En effet, les autres communications de l’exécutif européen se concentraient sur un ensemble d'énergies différentes, par exemple les énergies renouvelables. Le fait que l'exécutif européen fasse de même pour l’énergie des océans reflète la nécessité d'investir dans une technologie qui pourrait produire une certaine proportion du mix énergétique européen, ajoute Remi Gruet.

Un marché de 535 milliards d'euros d'ici 2035

La plupart des développeurs de l'exploitation de l'énergie des océans se trouvent en Europe et le marché mondial pourrait valoir jusqu'à 535 milliards d'euros en 2050, selon l'entreprise britannique Carbon Trust.

« Les ressources en énergie océanique disponibles dans le monde excèdent nos besoins actuels et les besoins prévus à l'avenir », selon le document de l'UE. L'exploitation de cette ressource locale, surtout le long de la côte atlantique, permettrait de « réduire la dépendance de l'UE vis-à-vis des énergies fossiles pour la production de l'électricité et améliorer la sécurité énergétique », peut-on lire dans la communication.

Étant donné que l'énergie produite par les océans est relativement constante, elle pourrait également rééquilibrer la production d'autres énergies renouvelables beaucoup plus variables, comme l'éolien et le solaire. Puisque cette technologie ne sera pas visible à la surface, la population serait plus susceptible de l'accepter.

Selon la communication, de plus amples recherches sont toutefois nécessaires pour quantifier les éventuels dégâts sur l'environnement que ces projets pourraient provoquer sur les habitats marins.

Quelles sont les technologies utilisées ?

L'énergie des océans est actuellement sous-exploitée et seules quelques technologies sont utilisées pour traiter cette ressource : l'énergie des marées, l'énergie osmotique et la conversion de l'énergie thermique des océans.

Le secteur de l'énergie des marées se rapproche le plus de la viabilité commerciale. Les ingénieurs travaillent sur des projets de plusieurs mégawatts qui transforment l'énergie cinétique provenant des flux des marées afin d'actionner des rotors. Ces derniers produisent à leur tour de l'énergie électrique.

L’énergie osmotique permet de produire de l'énergie selon trois procédés. Tout d’abord, l'osmose retardée par pression. L’eau douce et l’eau de mer sont séparées par une membrane semi-imperméable. Grâce à cette méthode, il est possible de faire migrer l’eau à travers une membrane en vue de créer une surpression et de produire ainsi une force hydraulique pour actionner une turbine. Il est ensuite possible de faire remonter de l'eau douce à travers une turbine immergée dans l'eau de mer, ce procédé est appelé l’électrodialyse inversée. Un troisième procédé impliquant des réactions électrochimiques est également en cours de développement. 

La conversion de l'énergie thermique des océans (CETO) peut fournir de l'électricité de base en exploitant les différences de températures entre l'eau de mer profonde, plus froide, et la surface d'eau de mer afin de produire un cycle énergétique.

Alstom, E-On, DCNS, EDF et Scottish Development International font partie des compagnies énergétiques actuellement en train de développer l’énergie océanique.

Günther Oettinger, commissaire européen chargé de l’énergie, a révélé lors de la présentation du plan d’action : « L’énergie océanique dispose d'un potentiel important permettant de renforcer la sécurité de l'approvisionnement. Cette communication vise à contribuer à favoriser l’innovation technologique et à atteindre les objectifs de la stratégie Europe 2020 et au-delà. La constitution d'un large éventail de sources d’énergie renouvelables, incluant l’énergie océanique, facilite également l'intégration de celles-ci dans le système énergétique européen. »

Maria Damanaki, commissaire chargée des affaires maritimes et de la pêche, a déclaré quant à elle : « Comme le souligne notre stratégie pour la croissance bleue, les mers et les océans disposent du potentiel permettant d'engendrer une formidable croissance économique et les emplois dont nous avons tant besoin. En aidant le secteur de l’énergie océanique à se développer pleinement, nous pourrons libérer ce potentiel grâce à l’innovation tout en assurant à l'Europe une énergie propre et renouvelable.»

Selon les estimations, 0,1 % de l'énergie contenue dans les océans pourrait permettre de fournir 5 fois plus d’énergie que les besoins dans le monde. Son exploitation se révèle toutefois compliquée.

En Europe, environ 600 millions d'euros ont déjà été investis dans le développement de cette technologie au cours des sept dernières années. Mais la route est encore longue avant d'aboutir à une commercialisation viable.

Dans le cadre du premier appel d'offres du programme de financement européen NER300, trois projets relatifs à l'exploitation de l'énergie des océans ont bénéficié en tout de 60 millions d'euros.

Certains de ces projets ont également reçu le soutien à l'aide des fonds structurels et de cohésion de l'UE. Les programmes-cadres de recherche et le programme Énergie intelligente - Europe ont permis de débloquer jusqu'à 90 millions d'euros de financements depuis les années 1980.

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L'absence de connexions au réseau et de développements dans la chaîne d'approvisionnement pourrait ralentir l'avancée des travaux. À l'heure actuelle, les dispositifs produisent seulement 10 mégawatts dans les eaux européennes. L'industrie devra passer de sa phase actuelle de démonstration et de projets pilotes à celle de commercialisation. Le nouveau forum devrait également jouer un rôle important dans le domaine. 

« Les projets d'exploitation de l'énergie des océans sont considérés à haut risque et attirer de gros investisseurs constitue un défi », étant donné que l’énergie océanique est exploitée au large des côtes, explique à EURACTIV Sian George, le PDG d'Ocean Energy Europe.

« Le secteur privé s'est attribué la part du lion des risques pendant quelques années [...] et nous sommes ravis de voir que la Commission adopte un avis stratégique dans la coordination des investissements futurs et du soutien provenant des États membres, de la Commission et de l'industrie », ajoute-t-elle.

Forum apte à prendre des décisions

Le forum regroupera des acteurs de l'industrie, des diplomates, des fonctionnaires de l'UE, des universitaires et des représentants des institutions financières. L'objectif est d’avoir un organe qui détient des compétences décisionnelles en vue de créer un cadre réglementaire destiné à soutenir de nouveaux projets.

Ces travaux seront combinés à une feuille de route stratégique qui établira « des objectifs clairs pour le développement industriel du secteur ainsi qu'un calendrier pour les objectifs à atteindre » d’ici 2016, selon le document.

Dans un deuxième temps, l'initiative industrielle européenne est prévue pour la période entre 2017 et 2020. Ce programme pourrait permettre de rassembler des investissements à l'aide de partenariats publics-privés avant de déployer sur une plus grande échelle la technologie.

Selon Remi Gruet, directeur des politiques à l'Ocean Energy Association, financée par l'UE, la communication a une portée particulièrement significative.

« La Commission n'a publié que très peu de communications sur des technologies sur une seule énergie : la biomasse en 2004 et l'éolien en mer en 2008 », explique-t-il à EURACTIV. En effet, les autres communications de l’exécutif européen se concentraient sur un ensemble d'énergies différentes, par exemple les énergies renouvelables. Le fait que l'exécutif européen fasse de même pour l’énergie des océans reflète la nécessité d'investir dans une technologie qui pourrait produire une certaine proportion du mix énergétique européen, ajoute Remi Gruet.

Un marché de 535 milliards d'euros d'ici 2035

La plupart des développeurs de l'exploitation de l'énergie des océans se trouvent en Europe et le marché mondial pourrait valoir jusqu'à 535 milliards d'euros en 2050, selon l'entreprise britannique Carbon Trust.

« Les ressources en énergie océanique disponibles dans le monde excèdent nos besoins actuels et les besoins prévus à l'avenir », selon le document de l'UE. L'exploitation de cette ressource locale, surtout le long de la côte atlantique, permettrait de « réduire la dépendance de l'UE vis-à-vis des énergies fossiles pour la production de l'électricité et améliorer la sécurité énergétique », peut-on lire dans la communication.

Étant donné que l'énergie produite par les océans est relativement constante, elle pourrait également rééquilibrer la production d'autres énergies renouvelables beaucoup plus variables, comme l'éolien et le solaire. Puisque cette technologie ne sera pas visible à la surface, la population serait plus susceptible de l'accepter.

Selon la communication, de plus amples recherches sont toutefois nécessaires pour quantifier les éventuels dégâts sur l'environnement que ces projets pourraient provoquer sur les habitats marins.

Quelles sont les technologies utilisées ?

L'énergie des océans est actuellement sous-exploitée et seules quelques technologies sont utilisées pour traiter cette ressource : l'énergie des marées, l'énergie osmotique et la conversion de l'énergie thermique des océans.

Le secteur de l'énergie des marées se rapproche le plus de la viabilité commerciale. Les ingénieurs travaillent sur des projets de plusieurs mégawatts qui transforment l'énergie cinétique provenant des flux des marées afin d'actionner des rotors. Ces derniers produisent à leur tour de l'énergie électrique.

L’énergie osmotique permet de produire de l'énergie selon trois procédés. Tout d’abord, l'osmose retardée par pression. L’eau douce et l’eau de mer sont séparées par une membrane semi-imperméable. Grâce à cette méthode, il est possible de faire migrer l’eau à travers une membrane en vue de créer une surpression et de produire ainsi une force hydraulique pour actionner une turbine. Il est ensuite possible de faire remonter de l'eau douce à travers une turbine immergée dans l'eau de mer, ce procédé est appelé l’électrodialyse inversée. Un troisième procédé impliquant des réactions électrochimiques est également en cours de développement. 

La conversion de l'énergie thermique des océans (CETO) peut fournir de l'électricité de base en exploitant les différences de températures entre l'eau de mer profonde, plus froide, et la surface d'eau de mer afin de produire un cycle énergétique.

Alstom, E-On, DCNS, EDF et Scottish Development International font partie des compagnies énergétiques actuellement en train de développer l’énergie océanique.

  • 2016 : le forum sur l'énergie océanique et la feuille de route stratégique devraient être lancés
  • 2020 : l'initiative industrielle européenne pour l'énergie des océans devrait voir le jour

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