Le Royaume-Uni interdit une pub anglaise pour du « charbon propre »

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L’autorité britannique des normes publicitaires (ASA) a estimé trompeuse une publicité pour du « charbon propre ». Peabody Energy se voit interdit de la diffuser à nouveau.

« Redonnons le sourire aux victimes de précarité énergétique », voici le slogan de la publicité pour Peabody Energy publiée dans le Financial Times. Le premier producteur privé de charbon au monde estime que le « charbon propre » permettrait de réduire les inégalités en matière d’accès à l’énergie dans les pays en développement, un secteur clé pour la croissance de l’entreprise.

L’autorité britannique des normes publicitaires (ASA) affirme pour sa part que « sans information supplémentaire suivie de la référence « énergie propre et moderne », les consommateurs seraient tentés d’interpréter le mot « propre » comme une affirmation absolue. Elle estime que la publicité transmet l’idée que la technique du « charbon propre » ne libère pas de CO2 ou d’autres émissions. » Ce qui est évidemment faux ; au mieux le charbon propre enfouit le dioxyde de carbone sous terre, au pire il s’agit de centrales thermiques dont le rendement énergétique est meilleur qu’auparavant.

« Nous en avons donc conclu que la publicité était trompeuse », a indiqué l’organe de surveillance dans sa décision publiée le 20 août.

La plainte a été lancée en mai par WWF, EURACTIV a d’ailleurs pu la consulter. L’organisation de défense de l’environnement avait alors réfuté que « la précarité énergétique fût la première crise humaine et environnementale au monde » et que Peabody s’employait à remédier à ce problème.

Sur ce point, l’ASA a toutefois jugé que les consommateurs considéreraient le premier élément comme une déclaration de principes de l’entreprise et la seconde comme une répétition de la bonne volonté de Peabody.

Le directeur du bureau européen de WWF, Tony Long, s’est déclaré « soulagé » par les conclusions de l’affaire :

« Les entreprises qui […] vendent des ressources polluantes ont la responsabilité d’être ouverts et honnêtes quant à leurs activités et leurs produits. Elles devraient à tout prix éviter de prétendre que la consommation de charbon a des effets bénéfiques sur l’environnement. Cela nuit tout simplement à la réputation déjà écornée d’un secteur en difficulté. »

Peabody a déjà fortement milité contre les limites établies par l’Agence de protection de l’environnement en matière d’émissions de CO2. Selon le géant de l’énergie, les émissions de carbone n’étaient pas si néfastes pour l’environnement, puisque la biomasse pollue plus que toutes les utilisations du charbon.

L’entreprise a publié un communiqué à la suite de la décision de l’ASA. En rejetant deux demandes de WWF qui affirmait que la publicité était mensongère, l’autorité a donné raison à la position de Peabody.

« L’entreprise estime que l’accès à une énergie propre et moderne à partir du charbon est aussi essentiel que l’accès à la nourriture, à l’eau ou à un abri. Cela permet de hausser les niveaux de vie et les populations peuvent aussi vivre plus longtemps dans de meilleures conditions », a répondu le PDG de Peabody, Gregory H. Boyce.

Influencer le débat international

Peabody avait auparavant déclaré que sa campagne publicitaire « avait pour objectif d’attirer l’attention du monde sur la précarité énergétique ». Ses détracteurs la voient plutôt comme un coup stratégique de l’entreprise auprès des États d’Asie-Pacifique, une région où la demande en nouvelles centrales à charbon reste forte.

En 2010, le PDG de Peabody avait parlé d’« un supercycle à long terme pour le charbon », focalisé sur une région dans laquelle l’entreprise « était dans une position unique pour faire du profit ».

La croissance en termes d’approvisionnement ne viendra probablement pas d’Europe, une région où la production de charbon est en déclin sur le long terme.

>> Lire : Palme d’or des centrales électriques polluantes pour l’Allemagne et le Royaume Uni

Le gouvernement britannique milite néanmoins pour que la Commission européenne autorise le maintien de la centrale d’Aberthaw, l’une des centrales à charbon les plus polluantes d’Europe, selon le Guardian. Cette centrale libère cinq fois plus d’oxyde d’azote que la norme en vigueur.

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

Les centrales à charbon ont augmenté globalement de 45 % entre 2000 et 2010, et distance grandement la croissance des centrales qui n'utilisent pas des ressources non fossiles sur la même période, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Quelque 60 % des nouvelles centrales à charbon font partie de la catégorie de centrales à charbon les moins efficaces mises sur le marché.

Le charbon rejette plus de dioxyde de carbone que n'importe quel autre type de combustible, ce qui rend les centrales à charbon l’un des premiers responsables du réchauffement climatique.

La combustion du charbon peut aussi rejeter du dioxyde de soufre, de l'oxyde d'azote, des particules atmosphériques et du mercure. Ces substances ont une incidence sur la santé, et provoquent des maladies respiratoires. Aussi, ces centrales ont des conséquences environnementales, et contribuent à la pollution des nappes phréatiques et du sol, ainsi qu'à la dégradation des sols.

>> Lire aussi : Mélange des genres en Pologne entre climat et charbon « propre »

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