Le secteur électrique français dans l’attente d’investissements et d’accélération administrative

Christine Goubet-Milhaud, présidente de l'UFE, a présenté lors du colloque de l'association le livre blanc “Une transition énergétique au service de français”. [Nelly Moussu]

« Comment le système électrique pourra-t-il durablement contribuer à la décarbonation de l’ensemble du système énergétique français ? » Cette question, cruciale, a été posée par Christine Goubet-Milhaud, la présidente de l’Union française de l’électricité (UFE) en ouverture d’un colloque organisé par le secteur mardi 14 décembre.

Avec l’adoption de sa loi climat au printemps 2021, l’UE a désormais des objectifs clairement définis : la réduction des gaz à effet de serre de 55% d’ici la fin de la décennie avant d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

Les moyens pour y parvenir sont globalement connus : performance énergétique améliorée, investissements massifs dans les énergies renouvelables, chauffage sans énergie fossile, véhicules électriques, réindustrialisation en électrifiant les procédés… acteurs publics et privés savent, plus ou moins, dans quelle direction aller.

Reste maintenant à agir, notamment pour les professionnels de l’électricité, dont le rôle va être stratégique. En effet, « d’ici à 2050, la part de l’électricité dans la demande finale d’énergie aura au moins doublé, pour atteindre 53 % » – soit 2,5 fois plus qu’aujourd’hui -, si l’on s’en réfère à la stratégie climatique à long terme de la Commission européenne.

En France, on fait le même constat. « La consommation d’énergie va baisser mais celle de l’électricité va augmenter pour se substituer aux énergies fossiles » peut-on lire dans le rapport Futurs énergétiques 2050 de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité.

Cruciale pour la décarbonation, l’électrification va donc s’intensifier pour répondre aux nouveaux usages et prendre une place centrale dans le mix énergétique européen.

Si tant est que la production suive et que les réseaux soient suffisamment robustes. Au travers de son Livre blanc “Une transition énergétique au service des français”, l’UFE donne des recommandations à ce propos.

L’UE ouvre la voie aux sources de gaz renouvelables et bas carbone pour remplacer les combustibles fossiles

Mercredi 15 décembre, la Commission européenne a dévoilé un ensemble de mesures législatives sur le gaz visant à détourner l’Europe du gaz fossile au profit de sources d’énergie plus durables, comme l’hydrogène renouvelable émettant peu de carbone.

Investir massivement

Le nerf de la guerre, c’est l’investissement. Si la taxonomie verte européenne est censée apporter des incitations aux investisseurs privés – et la place du nucléaire sera déterminante pour le secteur à cet égard -, les acteurs étatiques doivent également consacrer des financements aux grands travaux d’aménagement des territoires.

Les priorités sont de renforcer et d’étendre les réseaux de transports et de distribution d’électricité, et de développer des sites de production électrique – nucléaires ou d’énergies renouvelables. « Dans tous les scénarios [du rapport de RTE ], il va falloir que les réseaux de distribution et de transport grandissent et grossissent, et tout ça veut dire beaucoup d’investissements » a souligné Xavier Piechaczyk, président du Directoire de RTE, lors du colloque de l’UFE.

« Il faudra investir entre 750 et 1 000 milliards d’euros en 40 ans » pour créer l’ensemble du système électrique de la neutralité carbone, a-t-il précisé, dont les réseaux sont une partie. « Quand on investit 1 euro dans les énergies renouvelables, on doit investir 1 euro dans les réseaux » a ajouté Marianne Laigneau, présidente du Directoire d’Enedis, lors du colloque.

« Le temps industriel, le temps de l’investissement, est relativement long, a reconnu Sophie Mourlon, directrice de l’Energie au ministère de la Transition écologique. Mais il faut commencer tout de suite ! On n’est plus au temps de la réflexion. »

« Tout le monde a conscience que cette accélération ne peut fonctionner que si nous avons les technologies et la capacité d’investissement, public et privé » a poursuivi le député européen Pascal Canfin, qui préside la commission environnement du Parlement européen.

Evoquant la réforme du pacte de stabilité et de croissance, Pascal Canfin s’est dit « assez optimiste sur la capacité franco-allemande de trouver un accord » sur ce pacte. Or, « l’Allemagne a un besoin d’investissement colossal avec son nouveau contrat de coalition et a besoin de la flexibilité européenne. La donne a changé par rapport aux années Merkel de sous-investissement » veut croire le député Macroniste.

Selon lui, « cela permettra d’avoir du financement public conséquent pour atteindre les objectifs fixés dans les différentes directives du paquet ‘Fit for 55’ » présenté par la Commission européenne au mois de juillet.

Une question de temporalité

L’autre enjeu pour mettre en oeuvre la neutralité carbone, c’est l’aspect administratif. « Nous devons trouver des moyens de délibération plus rapides » afin de concilier l’urgence climatique et le temps nécessaire au déploiement des infrastructures, a plaidé Xavier Piechaczyk.

Pour accélérer dans la neutralité carbone, « un peu d’huile dans les rouages de la machine bureaucratique pourrait aider », a estimé, de son côté, Catherine MacGregor, directrice générale d’ENGIE, lors du colloque de l’UFE. Des processus d’autorisations aux subventions, « c’est une question de pragmatisme pour concrétiser les projets », a-t-elle ajouté.

Avec une première étape en 2030, la course à la neutralité carbone s’accélère, notamment pour les acteurs de la filière électrique. Les textes européens – le paquet gaz, la directive sur les énergies renouvelables, etc. – seront prochainement finalisés, mais les actions peuvent d’ores et déjà commencer.

Néanmoins, des incertitudes demeurent : quel sera, demain, le niveau de consommation électrique réel ? Quel va être l’évolution des technologies ? Comment les citoyens vont-ils appréhender les changements à venir ?

Si les investissements d’aujourd’hui sont impératifs, la clé du succès sera sans doute la flexibilité pour faire face à ces inconnues. C’est pourquoi la France plaidera « pour que ces directives et ces textes laissent les latitudes nécessaire aux Etats membres et à l’économie pour ajuster la trajectoire et les outils d’ici à 2030 » a indiqué Sophie Mourlon.

La souplesse comme voie d’accès à la neutralité carbone.

Le nucléaire, aux portes de la taxonomie européenne

Lors du salon mondial du nucléaire, le 30 novembre, la commissaire européenne Kadri Simson s’est exprimée sur le nucléaire, appelant à un « changement de braquet » sur les investissements afin de maintenir le niveau de production d’ici 2050.

[Edité par Frédéric Simon]

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