Le spectre des gilets jaunes plane suite à l’annonce de l’embargo sur le pétrole russe

Concernant la remise de 15 centimes sur les prix de l'essence, la ministre de la Transition écologique a indiqué, le 5 mai sur France info, que cette mesure pourrait être prolongée et adaptée. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Alors que les députés français au Parlement européen s’enthousiasment de la proposition d’embargo sur le pétrole russe, la classe politique nationale se fait plus discrète pour ne pas allumer l’étincelle d’un nouvel épisode des gilets jaunes.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé mercredi 4 mai devant le Parlement européen une «  interdiction totale  » des importations de pétrole russe d’ici six à huit mois. 

Les premières réactions du côté des élus français au Parlement européen n’ont pas tardé.

Au groupe Renew où siègent les députés du président Emmanuel Macron, c’est l’enthousiasme. Sur Twitter, le député Pascal Canfin a estimé que « c’est la bonne décision pour maximiser l’impact sur les finances russes sans nous affaiblir nous-mêmes ». Sa camarade Valérie Hayer parle quant à elle d’« une décision essentielle » en alertant toutefois sur le fait qu’ « il faudra mutualiser les coûts pour protéger les États. »

A l’opposé, la députée du Rassemblement National Mathilde Androuët, affiliée au groupe Identité et Démocratie (ID), a fustigé la proposition. « Non contente de s’octroyer des pouvoirs qu’elle n’a pas, Mme von der Leyen poursuit ses sanctions contre les Européens bien plus que la Russie. Il est urgent de cesser cette escalade qui sert la guerre et menace notre pouvoir d’achat. La folie de ces technocrates est criminelle ! » s’emporte-t-elle sur Twitter.

Des conséquences probables

La crainte d’une nouvelle augmentation des prix à la pompe est bien présente. Bien que le pétrole russe ne représente que 8,7 % des importations françaises (source INSEE, 2020), « la plus vraisemblable des conséquences de l’embargo est une envolée des prix » prévient Phuc-Vinh Nguyen, chercheur au Centre Energie de l’Institut Jacques Delors.

« Je ne peux pas dire que ce sera absolument sans conséquence » a reconnu la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, qui s’exprimait sur France Info le 5 mai. Elle a toutefois appelé les Français à ne pas « se précipiter vers les stations essence », assurant que la France n’a « aucun problème d’approvisionnement ».

« Nous avons des stocks, il y a ce qu’il faut. On est tranquille pour de nombreux mois, » a-t-elle tenu à rassurer.

Un avis confirmé la veille à l’AFP par Olivier Gantois, le président de l’Ufip Énergies et Mobilités (ex-Union française des industries pétrolières) : « Il n’y a pas de difficulté majeure d’approvisionnement identifiée, pour peu qu’on nous laisse quelques mois pour réorganiser les flux logistiques ».

L’industrie allemande soutient la proposition d’embargo sur le pétrole

Les principales associations industrielles allemandes ont clairement exprimé leur soutien à la proposition de l’UE visant à imposer un embargo progressif sur le pétrole russe, même si elles ont expliqué que cela constituerait un véritable défi.

Eviter un nouvel épisode des « gilets jaunes »

Des propos rassurants donc, mais qui n’empêchent pas d’anticiper une éventuelle hausse des prix à la pompe. Actuellement et jusqu’au 31 juillet, en France, une remise de 15 centimes est appliquée sur les prix de l’essence.

Cette mesure pourrait être prolongée et adaptée. « Si on voit qu’on a besoin de prolonger, on prolongera » a déclaré Barbra Pompili, en indiquant que le gouvernement travaillait sur un dispositif ciblé, « une mesure qui toucherait plus ceux qui en ont le plus besoin, notamment les gros rouleurs ».

Hormis la réaction de la ministre, peu de voix se sont élevées au niveau national pour commenter la proposition d’embargo sur le pétrole russe. La raison ? « Ces sujets-là sont inflammables » selon Phuc-Vinh Nguyen, qui ajoute que le traumatisme des gilets jaunes au sein du gouvernement est toujours présent. « Un soutien a l’embargo entraînerait mécaniquement une augmentation des prix à la pompe » estime l’expert.

De plus, la perspective des législatives en juin prochain crée également une forme de retenue. « Nous sommes dans un contexte électoral donc il y a une volonté de ne pas allumer l’étincelle qui pourrait enflammer le débat » poursuit Phuc-Vinh Nguyen.

Seul Yannick Jadot, député européen et ex-candidat à l’élection présidentielle pour Europe Ecologie les Verts (EELV), plaide pour aller plus vite. Sur Twitter, le 4 mai, il a déclaré : « Au Parlement européen Von der Leyen annonce l’embargo sur le pétrole russe fin 2022. Un pas certes mais la guerre et les atrocités en Ukraine c’est maintenant ! L’embargo sur le pétrole et le gaz ce doit être maintenant ! Pour la paix, pour le climat, pour notre indépendance. »

Le projet d’embargo doit encore être approuvé à l’unanimité par les 27 États membres de l’Union européenne. Ces prochains jours, les négociations devraient porter principalement sur les délais accordés à la Hongrie, la République Tchèque et la Slovaquie, pays très dépendants du pétrole russe.

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Budapest et Bratislava déplorent la proposition de la Commission européenne d’interdire le pétrole russe en dépit du délai supplémentaire qui leur a été accordé, tandis que Sofia et Prague ont sauté sur l’occasion et demandent désormais un traitement spécial.

[Edité par Frédéric Simon]

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