L’éolien en mer : un dossier français tempétueux

Inquiets des conséquences environnementales que pourrait avoir le projet de parc éolien sur la baie de Saint-Brieuc, des associations de pêcheurs ont engagé un recours devant la Cour de justice de l’UE. [Ian Dyball_Shutterstock]

Alors que la Commission européenne s’apprête à publier sa stratégie sur les énergies renouvelables en mer, dans l’Hexagone les projets de parcs éoliens offshore continuent de cristalliser les tensions.

Depuis l’annonce de son « Pacte vert pour l’Europe » (‘Green Deal’ en anglais), la Commission européenne égraine les stratégies pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Celle sur les énergies renouvelables en mer, dans les tiroirs de l’exécutif européen depuis plusieurs mois, devrait être dévoilée ce mercredi 18 novembre.

Dès mars dernier, la Commission européenne a souligné la nécessité de renforcer les filières offshore.  La France semble prête à prendre le pas. Dans son plan pluriannuel de l’énergie publié en avril dernier, le gouvernement français a prédit une accélération de l’éolien en mer les prochaines années, avec le lancement des travaux de plusieurs parcs éoliens et de nouveaux appels d’offres dès 2024.

La France à la traîne

De Dunkerque à Noirmoutier, les côtes françaises devraient accueillir sept nouveaux projets offshore entre 2022 et 2027. Autorisés à la suite des appels d’offres engagés par l’État en 2011, 2013 et 2016, ces parcs éoliens représentent une puissance de 3,5 gigawatts.

[Syndicat des énergies renouvelables]

Par ailleurs, la branche industrielle française de l’éolien offshore est des plus compétitives. Sur les douze usines européennes qui produisent des éoliennes en mer, quatre se trouvent en France, rappelle Anne Georgelin, responsable au syndicat des énergies renouvelables : « C’est une force et une opportunité qu’il faut utiliser pour lancer des parcs éoliens offshore sur le territoire français. Car nous sommes très en retard par rapport à nos voisins européens. »

En effet, malgré ces appels d’offres, la France ne compte pour l’heure aucun parc éolien en activité. En comparaison : le Royaume-Uni possède près de 2 225 éoliennes en fonctionnement, cumulant 45 % des installations européennes sur son sol, suivi de l’Allemagne (34%) et du Danemark (8%).

Condamnations en masse

Des projets d’ampleur comme pour l’éolien offshore nécessitent de longues concertations. Pour autant, si après plusieurs années les parcs français entament à peine leur construction, « c’est qu’il y a eu de nombreuses crispations et des différents avec certains acteurs », reconnaît Anne Georgelin.

La responsable syndicale explique ces contestations par la relative nouveauté de l’éolien offshore en France : « Tant qu’on n’aura pas fait la démonstration d’un parc éolien français où les choses se passent bien, ce sera difficile de lever les doutes des acteurs locaux. De plus, ce sont des projets qui prennent du temps. En dix ans, les élus, les pêcheurs ont changé… Sans compter qu’on est sur des milieux marins qui sont secoués déjà par des crises, comme le Brexit. »

Depuis plusieurs mois, la Grande-Bretagne et l’Union européenne (UE) se déchire sur la question de la pêche, incapables pour l’instant de trouver un accord. Mais le risque d’un « no deal », qui exclurait les pêcheurs français des eaux britannique, et la fragilité de la ressource halieutique ne sont pas les seuls arguments qui expliquent les réticences des pêcheurs.

Dans les Côtes d’Armor, la contestation du projet de parc éolien en baie de Saint-Brieuc a commencé bien avant le feuilleton du Brexit, comme l’explique Katherine Pujol, présidente de l’association Gardez les caps : « Nous avons monté cette association dès 2011, lorsque les premières appels d’offres ont été lancés. Quatre jours avant l’élection de François Hollande, à la toute fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, l’autorisation a été donnée d’exploiter le parc éolien de la baie de Saint-Brieuc. » Une autorisation « bâclée » selon la présidente qui rappelle qu’alors aucun débat public n’avait eu lieu – ce dernier se tiendra a posteriori en 2013 – et aucune étude d’impact réalisée – elles le seront à partir de 2015.

Dans l’atelier Navantia-Windar sur le port de Brest, les fondations qui devraient accueillir les éoliennes de la baie de Saint-Brieuc ont commencé à être préassemblées.  [Lucie Duboua-Lorsch]

 

Des critiques environnementales

Difficile dans ce contexte trouble de rassurer les pêcheurs. D’autant plus que le projet éolien devrait s’implanter non loin de zones classées Natura 2000, cruciales pour la ressource halieutique.

Inquiets des conséquences environnementales que pourrait avoir le projet éolien sur les diverses espèces de poissons, crustacées ou sur les fameuses coquilles Saint-Jacques de la baie de la Saint-Brieuc, des associations de pêcheurs ont engagé un recours devant la Cour de justice de l’UE.

Une action qui touche au-delà des frontières nationales. Job Schot, pêcheur en mer de Nord, ne connaît que trop bien cette problématique et soutient ses collègues français. « La mer du Nord se prête particulièrement aux éoliennes offshore, où elles sont disséminées. C’est une mer relativement peu profonde où il est donc plus facile d’implanter des infrastructures. La situation est différente en France, où les fonds marins descendent parfois à pic au large des côtes », explique cet ancien président de l’association de pêcheurs néerlandais EMK.

Au-delà de 50 mètres de fonds, implanter des éoliennes devient trop compliqué, ce qui force les promoteurs à construire les installations près des côtes. Selon le syndicat des énergies renouvelables, les parcs éoliens français se situent en moyenne à une distance de 11 à 18 km des côtes. Une zone clé pour les pêcheurs artisanaux, note le pêcheur, pas étonné des contestations françaises.

En octobre 2020, une étude commandée par la commission pêche (PECH) au Parlement européen indiquait que si les parcs éoliens offshore sont « un axe essentiel de la transition globale vers un secteur de la production d’électricité sans carbone », les conflits avec les pêcheurs risquaient de croître « en mer du Nord, en mer Baltique, en Méditerranée » et même d’« augmenter considérablement dans les régions de l’Atlantique et de la mer Celtique »  après 2025.

Transition énergétique : l’Allemagne a-t-elle le pied marin ?

La Commission européenne présentera sa stratégie sur l’éolien marin aujourd’hui (18 novembre). Une nouvelle loi allemande à ce sujet en applique déjà certains points clés. Est-ce toutefois suffisant pour amorcer la transition énergétique ? Un article d’Euractiv Allemagne.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer