Les critiques du commissaire à l’énergie sur le paquet climat passent mal

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Günther Oettinger, le commissaire en charge de l'énergie, est de plus en plus déprécié depuis ses critiques envers le paquet énergie-climat 2030, auquel il a pourtant lui-même contribué.

Le commissaire européen à l'énergie s'est retrouvé dans une situation délicate en critiquant le paquet énergie-climat devant un parterre d'entrepreneurs européens la semaine dernière. Il s'en est pris à ceux qui pensent que l'objectif de réduction de 40 % de CO2 pourrait « sauver le monde ». Il les avait même qualifiés d'« arrogants ou stupides ».

>> Lire : Le commissaire à l’énergie dénonce le paquet climat 2030

Des personnalités de premier plan de l'industrie de l'énergie ont ensuite condamné les propos du commissaire. Certains ont déclaré que son objectif de 35 % de réduction de CO2 (au lieu de 40 % comme prévu par la Commission) était une « catastrophe ». Ils ont même demandé la démission de Günther Oettinger.

« Son discours était absolument intolérable », a indiqué une source de l'industrie sous couvert d'anonymat en ajoutant que le commissaire sapait les engagements en matière de politique énergétique de la Commission.

« C'était tellement consternant qu'il ne devrait pas être autorisé à poursuivre son mandat », a poursuivi la source.

Günther Oettinger s'est de plus en plus positionné comme le défenseur des industries énergivores. Peter Botschek, le directeur en charge de l'énergie du Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC) a déclaré à EURACTIV : « Il fait tout son possible pour représenter l'industrie européenne. »

Lors d'une conférence des associations d'électricité le 3 février, Günther Oettinger a refusé de répéter ses déclarations tenues lors de l'évènement de BusinessEurope. Il est même revenu légèrement sur ses propos.

« Je suis en faveur d'une réduction [des gaz à effet de serre] de 40 % mais pas d'un objectif de "minimum 40 %", car cela crée des attentes que nous ne pouvons pas remplir », a-t-il déclaré.

Manque de cohérence

Günther Oettinger a répété son opposition à un objectif contraignant portant à 27 % la part des énergies renouvelables au niveau des États membres d'ici 2030. Nous avons besoin d'une « approche cohérente », a-t-il assuré.

Selon des représentants de l'industrie de l'énergie, c'est Günther Oettinger qui risquait d'être incohérent : il a changé plusieurs fois d'avis sur soutien en faveur des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique.

« Je pense que le commissaire Oettinger n'est pas la source la plus fiable », a constaté un représentant d'une association d'entreprises. « Les entreprises ont besoin de stabilité et de perspective à long terme, ce n'est pas ce que nous avons eu ces deux ou trois dernières années. »

Pantouflage

D'ici 2015, Günther Oettinger aura probablement quitté la Commission après les élections européennes de cette année. En vertu de la législation européenne, il ne sera pas autorisé à travailler dans l'industrie avant au moins 18 mois. Cette règle n'apaise toutefois pas les soupçons qui pèsent sur lui : il pourrait à terme occuper une haute fonction au sein d'une industrie.

Une étude de l'Observatoire de l'Europe industrielle montre que six des treize commissaires européens de la Commission Barroso ont ensuite travaillé dans des entreprises ou des lobbys. Un phénomène appelé « pantouflage ».

Prix de l'énergie

Le prix de l'énergie a toujours occupé une place importante dans le discours du commissaire allemand. Les prix de l'énergie sont respectivement trois et deux fois plus élevés pour le gaz l'électricité, a-t-il affirmé lors de la conférence de BusinessEurope. « Ce n'est pas acceptable », a-t-il expliqué.

Les défenseurs de l'environnement remettent en doute les chiffres du commissaire, car le prix du gaz naturel américain a triplé depuis 2012 et rien ne montre un ralentissement de cette tendance.

Responsabilité collective

Le cabinet du commissaire insiste sur le fait que Günther Oettinger n'a pas contredit le compromis de la Commission dans ses discours. Il a juste maintenu que la réduction de 40 % de CO2 était ambitieux.

« Il soutient évidemment la décision de la Commission et, en tant que commissaire à l'énergie, il élaborera une politique énergétique en vue de contribuer à l'atteinte des objectifs au meilleur rapport coût/efficacité », a expliqué un porte-parole de Günther Oettinger à EURACTIV.

Certaines sources bruxelloises laissent penser que le commissaire avait reçu un appel téléphonique de la part d’un ministre allemand de premier plan. Ce dernier lui avait déclaré que le commissaire contredisait les principes européens de « responsabilité collective ».

Les ONG ont également remis en doute l'engagement du commissaire en faveur de la responsabilité collective. 

« On attend de tous les commissaires qu'ils respectent les décisions prise de manière collective », a déclaré Wendel Trio, le directeur de Climate Action Network Europe. « Étant donné que l'évaluation d'impact de l'UE indique qu'il est possible d'atteindre l'objectif de 40 %, voire plus, on peut sérieusement s'interroger sur ses véritables intentions », a-t-il expliqué à EURACTIV.

La Commission a présenté le paquet énergie-climat 2030 le 22 janvier 2014. Il remplacera les objectifs 20-20-20 qui visent à réduire d'au moins 20 % les émissions de gaz à effet de serre de l'UE, à atteindre 20 % d'énergie d'origine renouvelable dans la consommation énergétique de l'Union et à réduire de 20 % la consommation d'énergie primaire au moyen d'une efficacité énergétique accrue. Le dernier point est le seul objectif non contraignant, c'est d'ailleurs le seul qui ne sera certainement pas respecté par l'UE.

À l'horizon 2030, la Commission européenne propose :

·         une réduction de 40 % des gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990, obligatoire à l'échelle nationale et qui ne peut être atteint par l'utilisation de crédits carbone ;

·         l'utilisation de crédits carbone en vue de respecter de nouveaux engagements internationaux sur le climat ;

·         un objectif portant à 27 % la part des énergies renouvelables, contraignant pour l'ensemble de l'Union, mais pas à l'échelle nationale ;

·         aucun nouvel objectif en matière d'efficacité énergétique avant l'examen en juin 2014 des avancées sur la directive sur l'efficacité énergétique ; 

·         des recommandations non contraignantes sur le gaz de schiste qui pourraient devenir obligatoires en 2015 ;

·         une réserve de stabilité du marché pour le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) capable de retirer ou de libérer jusqu’à 100 millions de crédits carbone ;

·         et l’arrivée à échéance de la directive sur la qualité des carburants d'ici 2020, qui impose une réduction de 6 % de l'intensité de gaz à effet de serre des combustibles de l'UE.

Beaucoup considèrent ce paquet comme un compromis dans l'équilibre des forces entre les différents États membres. Les eurodéputés et les chefs d'États européens discuteront de ces mesures avant de donner leur accord définitif.

  • Février 2014 : les eurodéputés exprimeront leurs points de vue sur les objectifs à l'horizon 2030 en séance plénière
  • Mars 2014 : le Conseil de l'UE discutera des thèmes relatifs au climat et à l'énergie
  • Mai 2014 : élections du Parlement européen
  • Mai 2014 : les États membres de l'UE doivent préparer des programmes pour que leurs entreprises énergétiques réalisent 1,5 % d'économies d'énergie par an
  • Juin 2014 : examen des progrès en vue d'atteindre des objectifs sur l'efficacité énergétique en 2020
  • Juin 2014 : le Conseil de l'UE discutera des thèmes relatifs au climat et à l'énergie
  • Décembre 2014 : Conférence internationale sur le climat (COP 20) à Lima (Pérou)
  • Décembre 2015 : Conférence internationale sur le climat (COP21), qui devrait aboutir à la signature d'un accord à l'échelle mondiale
  • 2020 : date butoir pour l'entrée en vigueur d'un nouvel accord international sur le climat
  • 2020 : date butoir pour respecter les objectifs contraignants 20-20-20

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