Les députés allemands ont voté la sortie du nucléaire

f8607a9633de6cca216ef22bf2159105.jpg

Le Bundestag, chambre basse du parlement allemand, vient de voter massivement en faveur de la sortie du nucléaire. Les 17 centrales du pays devraient donc être à l’arrêt, au plus tard, en 2022. Mais les Français restent sceptiques.

La décision des députés allemands est sans ambiguïté. Avec 513 votes pour, 79 contre et 8 abstentions, l’Allemagne est parvenue à un large consensus sur l’abandon de l’énergie atomique, jeudi 30 juin.

« Oui..mais »

La décision soudaine de la chancelière allemande, un mois plus tôt, a reçue l’adhésion des partis d’opposition écologiste et social-démocrate. Même si la chancelière n’a fait que reprendre à son compte un objectif fixé par la coalition gouvernementale Verts-SPD en 2001, le soutien de ces parlementaires n’était pas totalement gagné.

Les écologistes ont donc laissé durer le suspens jusqu’au week-end dernier. Lors d’un congrès du parti, les dirigeants ont convaincu leurs députés d’adhérer au projet. « Notre ’oui’ aujourd’hui est un ’oui, mais…’ », a d’ailleurs nuancé la chef de file des verts Renate Künast, citée par l’AFP, tout en réclamant que le refus du nucléaire soit inscrit dans la loi fondamentale allemande.

De son côté, le leader social-démocrate Sigmar Gabriel (SPD) a qualifié la journée d’ »historique ». Il n’a pourtant pas hésité à tacler la chancelière sur son revirement soudain. « Nous soutenons cette décision par conviction, vous seulement par opportunisme », a-t-il lancé.

« Je ne suis pas joueur »

Mais au-delà des frontières, et plus particulièrement en France, le choix de l’Allemagne est décrié.

Le secrétaire général du Conseil allemand pour l’environnement, Christian Hey, est venu défendre la position de son gouvernement à Paris, lors d’un débat organisé par EuropaNova, le 29 juin. « Une électricité à 100% renouvelable est parfaitement réaliste (…), le gouvernement a déjà opté pour un objectif de 80% d’ici 2050 », a-t-il expliqué.

« Cela relève d’un pari, et moi je ne suis pas joueur », a rétorqué, l’air narquois, le député UMP et secrétaire général du parti en charge de l’énergie Alain Gest. « Nous réfléchissons déjà au prix auquel nous allons leur vendre notre électricité », a-t-il ajouté.

Stocker l’électricité et développer les smart grids

Le député, qui a également souligné la duplicité d’Angela Merkel, a pointé les risques liés à l’arrêt du nucléaire. Les prix de l’énergie pourraient augmenter de plus de 20% d’ici 2020 et les émissions de carbone exploser, puisque le pays aura essentiellement recours au charbon et au gaz.

Le patron du Réseau de transport d’électricité (RTE), Dominique Maillard, n’a pas été beaucoup plus optimiste. L’objectif de 80% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique allemand ne sera possible qu’à deux conditions « lourdes »  : la maîtrise des technologies de stockage d’électricité et le développement des réseaux intelligents. Or, sur ces deux points, l’Europe n’en n’est qu’aux prémices.

10 000 mégawatts en moins

Le président de RTE s’est aussi inquiété pour les approvisionnements en électricité au cours des prochains mois. En hiver, avec une pointe à 19h, l’énergie photovoltaïque compromise par le manque de soleil, l’incertitude sur le fonctionnement des éoliennes, et surtout s’il fait particulièrement froid, « les 10 000 mégawatts en moins vont se faire sentir », a-t-il indiqué.

Malgré tout, le scientifique allemand Christian Hey s’est voulu rassurant. « La situation n’est pas dramatique », a-t-il affirmé. Selon lui, les importations depuis la France ne représentent que moins de 3% « car le réseau ne permet pas plus ». Par ailleurs, 75% du parc nucléaire allemand était fermé au mois de mai, et le solaire l’a remplacé au pied levé.

Enfin, l’Allemagne est en surcapacité de ressources fossiles, a-t-il dit. Certes, les émissions de CO2 pourraient augmenter à court terme, mais il existe un marché européen du carbone auquel sont soumises les installations les plus émettrices. Or, avec l’arrêt des centrales allemandes, le prix des quotas va augmenter et inciter les producteurs à investir dans les renouvelables.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.