Les eurodéputés français mobilisés sur l’inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte

Les Verts de Yannick Jadot, ainsi que les eurodéputés de la gauche et des sociaux-démocrates ont voté contre l'acte délégué de la Commission introduisant le gaz et le nucléaire dans la taxonomie verte.

Dans un vote en commission mardi (14 juin), les eurodéputés Verts et de la gauche ont voté contre la proposition d’inclure le gaz et le nucléaire dans la taxonomie verte européenne. La droite et le centre appellent pour leur part à la mobilisation en vue du vote final le 6 juillet prochain au Parlement européen.

Par 76 voix contre 62, les membres des commissions de l’environnement (ENVI) et des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen ont adopté une résolution contre l’acte délégué complémentaire (ADC) de la Commission européenne introduisant des activités spécifiques liées au nucléaire et au gaz dans la taxonomie verte.

Un signal fort avant le vote final et décisif du texte en plénière au Parlement européen le 6 juillet prochain.

Les députés reconnaissent le rôle du nucléaire et du gaz pour garantir un approvisionnement énergétique transitoire stable. En revanche, ces derniers considèrent que « les normes d’examen technique proposées par la Commission […] ne respectent pas les critères d’activités économiques durables sur le plan environnemental (article 3 du règlement) », annonce le Parlement européen dans son communiqué de presse.

Les eurodéputés français en ordre de bataille

Côté français, les eurodéputés ont voté en ordre de bataille. Les centristes de Renew, les députés du Parti populaire européen (PPE) et du groupe Identité et Démocratie (ID) ont voté pour la proposition d’acte délégué, tandis que les Verts, les sociaux-démocrates (S&D) et les députés de la gauche (GUE) ont massivement voté contre.

In fine, ces derniers l’ont largement emporté.

Une alliance entre partis au Parlement européen pour exclure le nucléaire et le gaz de la taxonomie verte de l’UE

Les députés du Parlement européen ont formé une coalition interpartis pour tenter d’empêcher l’énergie nucléaire et le gaz fossile de recevoir un label d’investissement vert dans le cadre de la taxonomie verte de l’Union européenne.

Sur Twitter, le chef de file de la délégation française des Verts, Yannick Jadot, salue ainsi « une victoire pour le climat », ajoutant que les énergies renouvelables (EnR) sont les « seules énergies d’avenir ».

Dans le même sens, la vice-présidente du groupe des Verts et membre suppléante de la commission ENVI, Marie Toussaint, rappelle que l’Europe a « besoin d’investissements dans l’expansion massive des énergies renouvelables, pas dans la perpétuation d’un système énergétique dangereux et climaticide ».

Contactée par EURACTIV en amont du vote, l’eurodéputée déclarait déjà qu’estampiller vert les investissements dans le gaz et le nucléaire était « dès le départ une aberration ». La guerre en Ukraine n’ayant fait que « renforcer » ce sentiment.

La non-intégration du gaz dans la taxonomie verte répond en effet en partie aux craintes de l’UE par rapport à sa dépendance au gaz russe.

Interrogé par EURACTIV au sujet de l’opportunité de crise que provoquait le conflit en Ukraine, Neil Makaroff, responsable Europe pour l’association Réseau Action Climat-France, répond que la guerre a permis de « révéler les vulnérabilités de l’Europe ». Il ajoute, en ce sens, que « la transition est le meilleur allié pour la souveraineté européenne ».

Chez les eurodéputés GUE incluant les Insoumis français, ce vote est également l’occasion d’assener un message fort contre les lobbies industriels et les politiques nationales. Sur Twitter, la coprésidente du groupe de la GUE, Manon Aubry, s’est réjouie d’une « nouvelle défaite pour Macron qui était responsable de ce deal anti-écologique scandaleux ».

Même son de cloche pour l’eurodéputée S&D et membre de la commission ECON, Aurore Lalucq : « Renaissance (LREM) voulait mettre le gaz et le nucléaire dans la taxonomie. […] Mais c’est perdu pour eux! ». Sur Twitter, elle fustige une « écologie ‘ni de droite, ni de gauche’, qui est une droite sans écologie ».

Jean-Luc Mélenchon relance la polémique sur l’« intermittence » supposée du nucléaire

Invité de France Inter mardi (7 juin), Jean-Luc Mélenchon réitérait son opposition à l’énergie nucléaire, affirmant que c’était « la source d’énergie la plus intermittente ». Une position qu’il maintiendra s’il est nommé Premier ministre dans les prochaines semaines, assure-t-il.

La droite et le centre vent debout

À l’inverse, les centristes donnent « rendez-vous en juillet pour faire tomber cette objection » si l’on en croit le tweet de l’eurodéputé Renew, Christophe Gudler.

Dans le même ordre d’idée, l’eurodéputée d’extrême droite (ID) et membre de la commission ENVI, Aurélia Beigneux, a appelé à rester « vigilants », afin que l’acte délégué soit voté en séance plénière.

Dans un communiqué, les eurodéputés Les Républicains au sein du groupe PPE, Agnès Evren et Nathalie Colin-Oesterlé, ont également soutenu la proposition d’acte délégué « afin d’encourager les investissements privés dans la croissance durable ». Selon Agnès Evren, il était « essentiel que le nucléaire soit vu comme ce qu’il est : une énergie indispensable pour atteindre nos objectifs climatiques ! » a-t-elle déclaré sur Twitter.

Indispensable également pour la France, puisque le nucléaire représente 50% de son mix électrique. Ainsi, la non-intégration du nucléaire dans la taxonomie verte interroge sur les capacités du pays à maintenir sa sécurité énergétique. Et ce, dans la mesure où le capital d’EDF, qui gère et développe le parc, est détenu à 16% par des actionnaires privés.

[Édité par Frédéric Simon]

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