Les géants de l’électricité réclament une taxe carbone sur les importations d’hydrogène de l’UE

epa09017815 (FILE) - The logo of the French energy company 'Electricite de France SA' (EDF) hangs on the building of the hydroelectric plant in Fessenheim, France, 12 June 2018 (reissued 17 February 2021). The EDF Group is to publish its 2020 annual results on 18 February 2021. EPA-EFE/PATRICK SEEGER [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Une coalition de groupes européens du secteur de l’électricité, dont EDF, Enel, Iberdrola et Ørsted, a demandé à la Commission européenne d’imposer un tarif carbone sur les importations d’hydrogène en Europe.

Le tarif carbone proposé serait introduit « afin d’éviter que des importations d’hydrogène d’origine fossile et fortement émetteur » n’entrent sur le marché européen, écrit la coalition dans une lettre envoyée à la Commission européenne la semaine dernière.

« De telles importations introduiraient une concurrence déloyale avec la production naissante d’hydrogène propre basée dans l’UE, entravant ainsi le développement d’une chaîne de valeur industrielle de l’hydrogène dans l’UE », indique la missive, datée du 29 juin.

Afin d’éviter cela, « les signataires de cette lettre demandent l’inclusion du secteur de l’hydrogène dans le prochain règlement sur le mécanisme d’ajustement aux frontières pour le carbone ».

La lettre a été signée par les groupes électriques européens EDF (France), EDP (Portugal), Enel (Italie), Iberdrola (Espagne), McPhy (France) et Ørsted (Danemark). Le Fonds ESB Energy for Generations et l’Association européenne pour le stockage de l’énergie (EASE) sont également signataires.

La Commission européenne devrait présenter sa proposition de tarification du carbone à la frontière de l’UE mercredi prochain (14 juillet) dans le cadre d’un paquet législatif plus large visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’au moins 55 % d’ici à 2030.

Selon une ébauche qui a fait l’objet d’une fuite, le futur mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE serait d’abord appliqué aux importations d’acier, de fer, de ciment, d’engrais, d’aluminium et d’électricité. Le système serait mis en place progressivement à partir de 2023 et pourrait être étendu ultérieurement à d’autres secteurs.

L’Allemagne est le premier pays de l’UE à chercher à importer de l’hydrogène pour répondre à la demande de ses industries de transformation. Le 14 juin, Berlin a signé une alliance bilatérale avec l’Australie afin de faciliter une chaîne d’approvisionnement en hydrogène basée sur les énergies renouvelables entre les deux pays.

Les Pays-Bas, la Belgique et l’Espagne ont également fait part de leur intention de promouvoir l’importation d’hydrogène vert en provenance de pays ayant la capacité de le produire en grandes quantités.

Mais tous les pays de l’UE n’y sont pas favorables. Lors d’une réunion du Conseil « Énergie » de l’UE en juin, les ministres estonien, français, hongrois et polonais se sont tous prononcés contre les importations d’hydrogène, affirmant que la priorité devait être de produire de l’hydrogène fabriqué en Europe.

Les pays opposés aux importations sont soutenus par l’industrie naissante de l’hydrogène en Europe.

« Étant donné que nous importons actuellement du pétrole, du gaz et du charbon comme matières premières, pourquoi ce schéma doit-il se poursuivre avec l’hydrogène ? Eh bien, il ne doit pas », a déclaré Luc Grare, représentant de Lhyfe, qui dirige l’une des tables rondes de l’Alliance européenne pour l’hydrogène propre.

« Décarboner la production d’hydrogène existante et promouvoir le développement de l’hydrogène propre sont des objectifs stratégiques de l’UE », ajoute Jorgo Chatzimarkakis, secrétaire général d’Hydrogen Europe, un organisme industriel.

« Si l’UE décide de mettre en œuvre des quotas d’hydrogène propre sur les matériaux et les produits, alors que d’autres pays et régions en dehors de l’UE ne le font pas, les règles du jeu ne seront pas équitables », a-t-il indiqué à EURACTIV dans des commentaires envoyés par courriel.

« Il est nécessaire de mettre en œuvre un mécanisme de taxe d’ajustement aux frontières du carbone pour l’importation et peut-être aussi des primes d’ajustement aux frontières du carbone pour l’exportation », a ajouté M. Chatzimarkakis, affirmant que le système devrait être basé sur un système mondialement accepté pour évaluer la teneur en carbone des carburants et des gaz.

« Nous devons développer un système international de garanties d’origine. Notre système de GO a besoin d’être réformé et l’Europe a l’occasion d’être à l’avant-garde du développement d’un système qui repose sur 5 principes : la traçabilité, le suivi, la négociabilité, la transparence et la fiabilité. »

Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’hydrogène est produite à partir de combustibles fossiles tels que le gaz naturel.

« Dans ce contexte, il existe un risque que des niveaux élevés d’émissions de CO2 soient intégrés dans l’hydrogène importé, ce qui serait en contradiction avec la stratégie de l’UE en matière d’hydrogène et le contrat vert de l’UE », ont averti les signataires de la lettre.

Le système proposé serait basé sur un système de certification permettant de mesurer la teneur en carbone des carburants fabriqués en Europe ou importés sur le marché européen.

WindEurope, une association professionnelle, a refusé de commenter le projet de tarif carbone de l’UE tant que la proposition de la Commission n’est pas officiellement publiée. SolarPower Europe, une autre association professionnelle, a également refusé de commenter, se référant à son document de position sur le MACF, qui souligne le manque d’informations sur le futur tarif carbone de l’UE.

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