Les négociations de l’UE sur l’énergie se heurtent au carbone et au financement vert

Le président français Emmanuel Macron (à gauche) et le chancelier allemand Olaf Scholz après une conférence de presse commune lors d’un sommet de l’Union européenne (UE) dans le bâtiment du Conseil européen à Bruxelles, en Belgique, le 17 décembre 2021. [EPA-EFE/JOHN THYS]

Jeudi 16 décembre, les discussions entre les dirigeants des pays de l’Union européenne sur la politique énergétique n’ont abouti à aucun accord. Les États se sont en effet divisés sur la manière de réagir aux prix record du carbone et aux règles à venir en matière d’investissements verts.

Les dirigeants des pays de l’UE se sont réunis à Bruxelles pour un sommet afin de discuter de plusieurs questions, dont la flambée des prix de l’énergie, mais certains États membres, notamment la Pologne, ont poussé l’UE à freiner la volatilité des prix sur le marché du carbone en limitant les activités spéculatives, une position en désaccord avec celle d’autres pays, dont l’Allemagne.

Une autre querelle a éclaté sur la question de savoir si l’UE devait qualifier le gaz et l’énergie nucléaire d’investissements respectueux du climat, certains États cherchant à presser la Commission européenne de proposer, ce mois-ci, les règles de sa «  taxonomie de la finance durable  », une politique qui fait l’objet d’un intense lobbying de la part des différents gouvernements.

Les négociations ont été interrompues sans qu’aucun accord n’ait été trouvé sur les questions énergétiques, les dirigeants n’ayant pas réussi à s’entendre sur un texte final.

« Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait des opinions divergentes autour de la table et nous n’avons pas pu nous mettre d’accord sur les conclusions présentées », a déclaré le président du sommet européen, Charles Michel. Il a ajouté que les dirigeants discuteraient à nouveau de la question lors d’une prochaine réunion.

La Pologne et la Hongrie critiquent le marché européen du carbone

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a critiqué la fluctuation des prix du CO2 qui, selon lui, profite principalement aux spéculateurs.

« Les prix du SCEQE [Système d’échange de quotas d’émission de l’UE, ndlr] devraient être assez constants et raisonnablement prévisibles, sans pics », a déclaré M. Morawiecki, ajoutant que la Pologne avait proposé des changements concernant le marché du carbone à la Commission européenne.

M. Morawiecki a reçu le soutien du premier ministre hongrois, Viktor Orbán, qui est venu au sommet jeudi pour accuser la « mauvaise réglementation de Bruxelles » de faire grimper les prix de l’énergie.

Le prix de référence du carbone en Europe a atteint un niveau record de 90,75 euros par tonne la semaine dernière, après avoir augmenté de plus de 50 % depuis le début du mois de novembre, en raison de la hausse des prix du gaz et de l’expiration imminente des options du SCEQE. Le prix du CO2 a commencé l’année à environ 31 euros par tonne.

Selon les analystes, la flambée rapide des prix de l’électricité est principalement due à l’augmentation de la demande mondiale de gaz et à la reprise économique qui a suivi la pandémie, combinée à un resserrement de l’approvisionnement en gaz en provenance de Russie.

Les données publiées par le groupe de réflexion Ember montrent également que les prix du carbone ne contribuent que faiblement à la hausse des prix de l’électricité — une analyse également partagée par l’entourage d’Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.

Une version tardive des conclusions du sommet avait demandé à la Commission européenne d’approfondir sa surveillance des échanges du SCEQE, y compris la spéculation éventuelle des intermédiaires financiers. Ces derniers mois, l’Espagne a également demandé que l’activité spéculative soit limitée.

Mais la référence a finalement été abandonnée car les dirigeants européens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une position commune.

Le président bulgare Rumen Radev a demandé une analyse plus approfondie des causes de la hausse des prix de l’électricité. « À mon avis, les rapports n’ont pas la profondeur nécessaire, car ils indiquent que la spéculation n’a pas été découverte », a-t-il déclaré aux journalistes.

« Nous attendons que cette analyse se poursuive », a-t-il ajouté.

Taxonomie de l'UE : « Nous avons gagné une bataille aujourd'hui », se réjouit le chancelier autrichien

Selon Karl Nehammer, l’opposition autrichienne à l’intégration de l’énergie nucléaire dans la taxonomie verte de l’UE a porté ses fruits, puisque les conclusions finales du sommet du Conseil européen ne font aucune référence à cette question controversée.

Taxonomie

L’autre querelle concernait la taxonomie de la finance verte de l’UE, qui précise quels types d’investissements en Europe peuvent être qualifiés de « durables », « transitoires » ou « porteurs » dans la transition vers une économie climatiquement neutre.

Une autre tentative d’accord dans le cadre des négociations sur l’énergie aurait demandé à Bruxelles de décider si le gaz et l’énergie nucléaire doivent être considérés comme des investissements respectueux du climat d’ici la fin du mois.

La Commission a déclaré qu’elle prévoyait de proposer des règles ce mois-ci, mais elle a du mal à résoudre les conflits internes entre les pays qui ne s’accordent pas sur les combustibles qui méritent le label « vert ».

La France est à la tête d’un groupe de douze pays de l’UE qui font pression pour que le nucléaire soit reconnu comme une source d’énergie verte dans le cadre de la taxonomie.

Mais l’Autriche a menacé de poursuivre la Commission européenne si elle incluait le nucléaire dans la taxonomie et a crié victoire après la suppression de la référence au nucléaire dans les conclusions du sommet.

« Nous avons gagné une bataille aujourd’hui, mais pas encore la guerre sur l’utilisation de l’énergie nucléaire dans l’Union européenne », a déclaré le chancelier autrichien Karl Nehammer après la réunion. « L’Autriche a clairement fait savoir que l’énergie nucléaire n’a pas d’avenir », a-t-il ajouté.

L’Allemagne, qui sortira du nucléaire en 2022, a adopté une position plus conciliante.

« Les gens surestiment l’importance de cette question », a déclaré Olaf Scholz, le nouveau chancelier allemand, qui a donné une conférence de presse après le sommet, aux côtés du président français Emmanuel Macron.

« Nous ne devrions pas exagérer l’importance de ce sujet », a ajouté Olaf Scholz, affirmant que la question était principalement liée aux finances et qu’elle n’interférera pas avec le parcours individuel des pays de l’UE pour devenir neutres en carbone.

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