Les plans de l’UE en matière d’hydrogène vert salués par l’industrie comme un « véritable changement de cap »

« Il y a des secteurs où l'électrification directe n'est pas la solution, où nous avons besoin d'autres alternatives, et l'hydrogène est l'alternative évidente », selon Kadri Simson, commissaire à l'énergie. [EC - Audiovisual Service]

La Commission européenne a renforcé le soutien réglementaire à l’hydrogène vert dans son projet de révision de la législation sur le climat publié la semaine dernière. La coalition pour l’hydrogène renouvelable a qualifié ce projet de « véritable changement de donne » pour l’industrie européenne naissante.

Dans le cadre de son paquet législatif sur le climat « Fit for 55 », du nom de la réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre qu’il vise à atteindre d’ici à 2030, la Commission européenne a proposé plusieurs moyens de stimuler l’utilisation de l’hydrogène renouvelable.

« L’hydrogène doit offrir une alternative aux combustibles fossiles, c’est pourquoi nous proposons aujourd’hui une définition de l’hydrogène renouvelable, qui permet de disposer d’un système de certification viable », a déclaré Kadri Simson, commissaire à l’énergie, lors d’une conférence de presse organisée mercredi 14 juillet.

Dans le cadre de ces plans, la Commission européenne a proposé un objectif de 50 % pour les « carburants renouvelables d’origine non biologique » – essentiellement l’hydrogène vert – dans la part des carburants à base d’hydrogène utilisés dans l’industrie européenne d’ici à 2030, que ce soit comme matière première ou dans la consommation finale d’énergie.

Il s’agit là d’un « véritable changement de donne », selon la Renewable Hydrogen Coalition, un groupe industriel réunissant des compagnies d’électricité comme Enel, Iberdrola et Orsted, ainsi que des géants de l’industrie éolienne comme Vestas et Siemens Gamesa.

« Un tel objectif peut clairement contribuer à augmenter la part de l’hydrogène renouvelable sur le marché européen de l’hydrogène – actuellement basé à 96 % sur les gaz fossiles – et à faire baisser son coût, le rendant ainsi compétitif par rapport aux alternatives fossiles », a déclaré François Paquet de la coalition.

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Une proposition de nouveau système de taxation des carburants à l’échelle de l’UE, basé sur le contenu énergétique plutôt que sur le volume, vise à mettre fin aux incitations en faveur de l’essence et du diesel.

Objectifs d’hydrogène vert pour les transports et l’industrie

Toutefois, pour atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030, il faudra augmenter considérablement la production d’électricité renouvelable, qui est nécessaire pour alimenter les électrolyseurs produisant de l’hydrogène vert, a ajouté M. Paquet.

De plus, des mesures d’incitation seront nécessaires pour permettre l’utilisation de l’hydrogène vert dans l’industrie lourde et dans les transports longue distance, a indiqué l’industrie.

Le paquet contient en effet d’autres objectifs, comme un objectif de 2,6 % pour les « carburants renouvelables d’origine non biologique » utilisés dans les transports, et davantage de stations de ravitaillement pour les véhicules à hydrogène.

Ces mesures ont été saluées par l’organisme industriel Hydrogen Europe, qui a déclaré que les nouveaux objectifs donneraient un coup de fouet à l’économie naissante de l’hydrogène dans l’UE.

« En fixant des objectifs concernant l’utilisation de l’hydrogène dans l’industrie et les transports, l’UE a une réelle chance d’atteindre ses objectifs climatiques, de créer des milliers d’emplois et de protéger son industrie », a déclaré Jorgo Chatzimarkakis, secrétaire général d’Hydrogen Europe.

Mais fixer des objectifs ne suffit pas pour permettre le passage à l’hydrogène renouvelable, a prévenu M. Paquet.

« Tout objectif doit s’accompagner d’instruments de soutien dédiés à l’hydrogène renouvelable afin d’en faire une option économiquement viable et de maintenir leur compétitivité », a-t-il déclaré.

Il s’agit notamment de réduire les taux d’imposition de l’électricité renouvelable et de soutenir les « contrats carbone pour la différence », c’est-à-dire des accords d’aide d’État par lesquels les gouvernements comblent l’écart entre le prix du carbone sur le marché européen et le prix du CO2 qui serait nécessaire pour rendre l’hydrogène vert compétitif.

« Fit For 55 » : la France sceptique sur l’extension du marché carbone aux bâtiments et aux transports

La Commission européenne a dévoilé hier (14 juillet) son plan d’action pour le climat intitulé « Fit for 55 », dont l’objectif est d’aider l’UE à atteindre son nouvel objectif de réduire de 55% ses émissions de CO2 d’ici 2030.

Les ONG dénoncent des plans défectueux

Cependant, le plan de la Commission n’a pas fait l’unanimité.

Transport and Environment, une ONG spécialisée dans la mobilité verte, a averti que l’accent mis sur l’hydrogène risquait de favoriser son utilisation dans le secteur automobile, où l’électrification est plus efficace.

Et Global Witness, une autre ONG environnementale, s’est dit préoccupée par le fait que la Commission européenne avait sapé l’ambition climatique en promouvant l’hydrogène « à faible teneur en carbone » dans certaines parties de son paquet « Fit for 55 ».

Il aurait été absurde de permettre aux combustibles fossiles d’être qualifiés d’ « énergies renouvelables », a déclaré Global Witness, saluant la décision de la Commission d’exclure l’hydrogène « à faible teneur en carbone » de la directive sur les énergies renouvelables.

Elle a toutefois mis en garde contre les tentatives de promotion de l’hydrogène à faible teneur en carbone dans d’autres parties du paquet. Ce type d’hydrogène est obtenu à partir de gaz fossile mais élimine les émissions de CO2 qui y sont liées au moyen d’un processus appelé « capture et stockage du carbone » (CSC).

« Ce que la Commission a enlevé d’une main à l’industrie, elle le lui a rendu de l’autre. Il en résulte une politique de l’hydrogène contradictoire qui ne sera exploitée que par le lobbying acharné de l’industrie gazière », a déclaré Tara Conolly, responsable de la campagne gaz chez Global Witness.

La Commission européenne a toutefois précisé que l’hydrogène renouvelable et l’hydrogène à faible teneur en carbone seront tous deux nécessaires à la croissance du marché de l’hydrogène dans les années à venir.

« Il y a des secteurs où l’électrification directe n’est pas la solution, où nous avons besoin d’autres alternatives, et l’hydrogène est l’alternative évidente. C’est pourquoi nous allons promouvoir la production d’hydrogène ici en Europe, ainsi que son adoption dans différents secteurs, principalement dans l’industrie et les transports », a déclaré Mme Simson.

Pour atteindre nos objectifs de 2030, « nous aurons également besoin d’hydrogène à faible teneur en carbone, et pas seulement d’énergies renouvelables », a-t-elle ajouté.

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