Les smart grids, le pétard mouillé de l’UE

grids.jpg

Seuls deux des 248 projets d'intérêt commun (PIC) visant à relier les réseaux énergétiques européens seront des réseaux intelligents (smart grids), selon la Commission. Un recul  face aux ambitions de gestion rationnelle de la demande et d'intégration des énergies renouvelables de l'UE.

Peu de projets d'intérêt commun (PIC) répertoriés auront accès au budget de 5,85 milliards d'euros de l'Union européenne. Une enveloppe allouée aux projets de réseaux transfrontaliers qui participent au marché unique de l'énergie, à la sécurité d'approvisionnement et aux objectifs de réduction des émissions de carbone.

S'il est présent sur la liste, un projet peut bénéficier de certains avantages : réduction des coûts administratifs et procédure accélérée en matière d'octroi des autorisations (trois ans) sous l'égide d'une autorité nationale compétente unique.

Les projets choisis peuvent également tirer profit d'un accès accru aux financements de la Banque européenne d'investissement (BEI) sous la forme de prêts et de garanties du capital. Ces avantages seront offerts à des taux d'intérêt préférentiels, comme les obligations liées à des projets, les capitaux à risques ou les prêts bonifiés.

L’européanisation de l'approvisionnement énergétique

Le commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, a déclaré à la presse à Bruxelles le 14 octobre que ces mesures renforceraient « l'européanisation » de l'approvisionnement énergétique de l'UE.

« Nous pensons que, grâce à notre nouvelle structure du réseau, nous pouvons passer à une nouvelle génération de smart grids, de super grids et de réseaux de transport de gaz », a-t-il indiqué.

Il a ajouté qu'il ne s'agissait pas seulement d'une question de quantité, mais de niveau d'intelligence de la nouvelle génération de réseaux et d’interconnecteurs.

Mais les smart grids ne répondent pas aux exigences transfrontalières et paneuropéennes de la Commission. C’est la raison pour laquelle seules deux propositions sur les quatre présentées à l'exécutif européen ont été choisies.

Un smart grid traite numériquement les informations sur l'approvisionnement énergétique, la demande et les modèles de consommation afin de diriger le courant de manière toute à fait efficace de son point de production à son point d'utilisation finale, dans les habitations ou les entreprises.

Des représentants de l'industrie doutent que l'annonce de la Commission encourage le déploiement de réseaux, outre les deux projets entre la France et l'Italie ainsi qu'entre l'Irlande et l'Irlande du Nord.

Les critères de sélection

La Confédération européenne des distributeurs publics d'énergie communaux (CEDEC) a déploré l'attention presque exclusive portée aux infrastructures de transmission.

« Les critères de sélection, tels que le nombre d'utilisateurs et surtout l'aspect transfrontalier ainsi que la participation obligatoire des gestionnaires de réseau de transport (GRT) excluent de facto la plupart des gestionnaires de réseau de distribution, la grande majorité étant des PME», a regretté Gert De Block, le secrétaire général de la CEDEC, qui regroupe 1 500 petites et moyennes compagnies énergétiques.

En effet, sur les 248 projets d'intérêt commun, 108 sont exclusivement des infrastructures de gaz et de pétrole. Les autres incluent souvent des énergies fossiles, mais il est impossible de déterminer leur proportion.

La liste définitive pour cette tranche de financement sera annoncée en juin 2014 et mise à jour tous les deux ans.

Les limites de financement

Interrogé par EURACTIV sur la provenance des financements des smart grids, le commissaire allemand a clarifié la portée de la coopération transfrontalière.M. Oettinger

« Nous ne couvrons pas tout ce qu'il se passe en Europe. Des États membres, voire des régions […], disposent de projets nationaux que nous ne dirigeons ni ne cofinançons nécessairement », a-t-il répondu.

Bruxelles avait proposé un paquet de mesures de 9,1 milliards d'euros, mais ce montant a été réduit d'un tiers lors des négociations sur le budget de l'UE pour 2014-2020.

Un fonctionnaire de l'UE a reconnu que la somme de 5,85 milliards d'euros n'était « pas élevée », mais qu'elle permettrait un effet de levier sur les investissements privés. Le montant initial constituait une « estimation approximative sur la base du programme de reprise économique dont nous disposions » en 2011, a-t-il ajouté.

Quatre mois après l'annonce, M. Oettinger mettait toutefois en garde contre toute réduction du budget proposé.

 « Nous ne pouvons pas céder dans les négociations sur ces 9 milliards d'euros, car 4 milliards ne suffiront pas », avait-il indiqué lors d'une table ronde ministérielle en février 2012. « Dans ce cas-là, nous ferions mieux d'effectuer les interconnexions nous-mêmes. »

Au stade actuel, la Banque européenne d'investissement comblera une partie du déficit de financement, mais nul ne sait à quelle hauteur.

Les smart grids bénéficieront également de fonds régionaux européens alloués à l'efficacité énergétique et aux énergies renouvelables.

« La technologie est financée, les programmes et le développement du marché ne le sont pas », prévient Jessica Stromback de la Smart Energy Demand Coalition (SEDC). « Si vous l'ignorez au niveau politique, vous ne retirerez pas de bénéfices des smart grids pour les consommateurs. »

Réactions

« Nous ne sommes pas déçus, mais nous ne crions pas de joie non plus », a déclaré à EURACTIV Paul Wilczek, conseiller sur les affaires réglementaires auprès de l'Association européenne de l'énergie éolienne.  « Les projets pourraient certainement être plus ambitieux, mais nous disposons désormais d’un instrument réglementaire judicieux à l'échelle européenne pour progresser à l'échelle nationale. La volonté politique de coopérer dans des projets bilatéraux et multilatéraux, comme les smarts et les super grids, est nécessaire. La balle est à nouveau dans ce camp. L'instrument européen doit être utilisé et les autorités nationales doivent fournir des projets ambitieux. »

« La liste compte très peu de projets de réseau maillé offshore et aucun projet de super grid. C'est le signe que la dynamique politique doit reprendre pour tirer profit des réductions importantes des coûts qu'offriraient ces réseaux », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Martina Mlinaric, responsable de politiques senior pour la biodiversité ainsi que la protection de l’eau et du sol du Bureau européen de l'environnement (BEE), a déclaré : « Ces propositions sont présentées comme des instruments pour faciliter, entre autres, la transition vers une économie faible en carbone. Certains projets pourraient pourtant compromettre les efforts de l'Europe dans la limitation des conséquences du changement climatique en affaiblissant la résilience. » Elle a ajouté : « La transparence et la participation à la procédure sont trop faibles et trop tardives pour influencer la décision qui vient d'être prise. »

L'eurodéputé Sir Graham Watson, le président du Parlement du climat, un réseau mondial de députés et d'eurodéputés, a déclaré : « La liste représente une occasion manquée pour l'énergie solaire dans le désert. À part un amas d'interconnections autour de la Grèce, de Chypre et d'Israël, aucun projet sur la liste ne pourrait connecter l'Europe à l'Afrique du Nord et au Moyen-Orient, des régions potentiellement riches en énergie solaire bon marché. L’abandon de la ligne Royaume-Uni/France/Espagne est également décevant. »

« Beaucoup d'éléments sont toutefois les bienvenus », a-t-il ajouté. « Ces autoroutes potentielles de l’électricité sont les autoroutes énergétiques dont l'énergie renouvelable aura un jour besoin pour passer des lointaines mers agitées ou des plaines ensoleillées aux habitations. La liste comprend un nombre de connexions électriques cruciales qui bénéficieront à présent d'un coup de fouet réellement nécessaire. Comme les interconnecteurs entre la Norvège et le Royaume-Uni, entre la Norvège et l'Allemagne ou dans les Pyrénées. »

« La liste ne reflète pas les évolutions futures dans le secteur de l'énergie, où la vaste majorité des nouvelles capacités de production à partir de sources renouvelables est connectée aux réseaux de distribution », a déclaré Gert De Block, le secrétaire général de la CEDEC. « Des investissements sont donc nécessaires de toute urgence dans les réseaux de distribution locale afin d'intégrer de manière optimale l'énergie des sources renouvelables et de gérer la demande afin que l'Europe atteigne ses objectifs en matière d'énergie et de climat de la manière la plus économique possible », a-t-il poursuivi.

Contexte

Les dirigeants des États membres de l'UE ont adopté en décembre 2008 un paquet de stimulation budgétaire représentant environ 1,5 % du PIB de l'UE, soit 200 milliards d'euros. Ces mesures ont été adoptées sur la base d'une proposition de la Commission européenne présentée un mois plus tôt qui semble être à l'origine des fonds annoncés dans le projet de l'exécutif européen sur les infrastructures.

Pour compléter ce plan de relance, la Commission a proposé de réallouer les fonds non dépensés par l'UE dans l'agriculture à des projets d'infrastructures énergétiques et d'Internet à haut débit.

Dans le cadre de cette proposition, des fonds seraient transférés de la « rubrique 2 » du budget de l'UE (préservation et gestion des ressources naturelles, dont les paiements directs pour soutenir le secteur agricole) à la « rubrique 1A » (compétitivité, croissance et emploi).

Plus d'information

Union européenne

Parties prenantes

Subscribe to our newsletters

Subscribe