Les villes européennes militent en faveur de l’efficacité énergétique

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EXCLUSIF / Une alliance de mille villes européennes a envoyé une lettre au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, lui demandant de soutenir la proposition du Parlement relative à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables.

L'efficacité énergétique est une priorité, car elle pourrait créer des emplois et envoyer un signal fort aux investisseurs. Le message envoyé à Herman Van Rompuy par le président de l'association Energy cities est limpide.

« Je perçois un sentiment profond de désenchantement envers les politiques européennes parmi mes compatriotes », a expliqué à EURACTIV Eckart Würzner, le maire d'Heidelberg. « Une politique européenne plus ambitieuse sur l'énergie et le climat qui apporte des réponses aux questions de la croissance économique, de la précarité énergétique et de la qualité de vie permettrait à terme de restaurer la confiance dans les institutions européennes. »

En début d'année, la Commission européenne a adopté un paquet énergie-climat 2030 moins ambitieux que la proposition du Parlement, ce qui risque d'entraîner des tensions entre les institutions européennes.

Les auteurs de la lettre d'Energy Cities, consultée par EURACTIV, soutiennent la proposition de la Commission visant à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre. Ils ont cependant dénoncé un objectif non contraignant visant à atteindre 27 % de l'énergie renouvelable dans le mix énergétique et l'absence de mesures en matière d'économie d'énergie.

Ce paquet « ne répond pas aux ambitions nécessaires en vue de respecter les engagements européens à l'horizon 2050 [et] est une occasion manquée de changer de paradigme énergétique qui serait fondé sur une production décentralisée à faible émission de carbone et sur une réduction de la consommation énergétique » détaille le courrier. 

D'après les nouvelles données d'Eurostat publiées hier, la consommation d'énergie dans l'UE a diminué de 8 % entre 2006 et 2012. Le continent reste toutefois dépendant des importations d'énergie fossile pour couvrir 53 % de ses besoins énergétiques. L’Union européenne ne parviendra pas à atteindre ses objectifs en matière d'économie d'énergies pour 2020. Dans ce contexte, il est crucial de consulter des acteurs en ce qui concerne les objectifs 2030.

Les nouvelles règles sur l'énergie proposées par la Commission « omettent de faire participer complètement les parties prenantes locales qui se sont engagées auprès de la Convention des Maires, sous la direction de leurs dirigeants politiques », peut-on lire dans la lettre. 

Energy Cities se qualifie d'« association européenne des autorités locales en transition énergétique ». De son côté, la Convention des Maires rassemble 5 499 maires de petites et grandes villes qui sont intimement convaincus que la « lutte contre le changement climatique sera gagnée ou perdue dans les zones urbaines ».

Les limites de la ville

Selon une récente analyse du magazine The Economist, un tiers des villes dans le monde seraient affectées par les effets du changement climatique d'ici 2025.

Les villes comptent également une quantité disproportionnée de bâtiments et de lampadaires. Elles représentent plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et pourraient jouer un rôle charnière dans la réduction des émissions et dans la limitation de leurs répercussions.

Environ 45 % de l'ensemble des émissions de CO2 en Europe provient des lacunes en matière d’efficacité énergétique dans les systèmes de chauffage et de climatisation. Une meilleure conception de ces systèmes peut réduire de deux tiers les factures d'électricité et la pollution liée aux émissions.

L'intégration d'énergies renouvelables peut donner lieu à des bâtiments qui ne rejettent aucun dioxyde de carbone.

Adrian Joyce, secrétaire général de l'Alliance européenne d'entreprises pour l'efficacité énergétique (Euroace), espère qu'Herman Van Rompuy, qui a salué le potentiel du secteur en matière d’emploi, entendra les demandes formulées dans la lettre.

Déficit démocratique

« Je soutiens à 100 % l'initiative […] Les villes et régions sont actuellement négligées en tant qu’acteurs, alors qu’elles sont bien placées pour apporter un changement radical en matière d'efficacité énergétique sur le terrain, moins dans le champ politique », a indiqué Adrian Joyce

Ce serait « ironique » et « révélateur d’un déficit démocratique » que la Commission européenne, institution non élue, ne tienne pas compte de l’avis de représentants élus issus de villes européennes et du Parlement.

Une source active dans l’industrie affirme ainsi, sous couvert d'anonymat, qu'il s'agit d'un « autre exemple où l'UE n'écoute pas ses citoyens ».

Selon le maire d'Heidelberg, les autorités locales du monde se coordonnent pour combler le vide laissé par les déficiences des gouvernements. « Mais nous ne pouvons pas continuer tout le temps à travailler dans l'ombre. […] Nous avons besoin de reconnaissance et de soutien en continu pour pouvoir poursuivre notre action », a-t-il mis en garde.

Une étude menée plus tôt dans le mois par C40, un groupe de 40 grandes villes engagées dans la lutte contre le changement climatique, montre combien la frustration est grande face à l’échec d’un accord sur un traité relatif au climat qui remplacerait le protocole de Kyoto.

« Étant donné l'absence persistante de résultats tangibles provenant de mesures intergouvernementales visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, les maires des plus grandes villes du monde prennent des actions concrètes afin de prouver qu'il est possible d'éviter un changement climatique catastrophique », indique le rapport.

L'Europe à la traîne

L'étude de C40 a cité 1 668 actions relatives à l'efficacité énergétique des bâtiments et 114 améliorations relatives à l'efficacité de l’éclairage extérieur. D'après les estimations, les villes d'Europe sont à la traîne derrière l'Asie du Sud et de l'Ouest, l'Amérique du Nord et l'Asie de l'Est.

Les États membres de l'UE ont d'ailleurs vidé de sa substance un objectif annuel de rénovation de 3 % des bâtiments publics du continent contenu dans la directive sur l'efficacité énergétique. L'Allemagne a la possibilité de ne rénover que 37 bâtiments publics pour respecter ces règles.

Des autorités de nombreuses régions dans le monde introduisent des leviers politiques pour promouvoir l'efficacité énergétique, comme des règlementations, des politiques incitatives et des exigences relatives aux marchés publics.

L'étude de C40 a révélé que 90 % des villes ont pris des mesures en ce qui concerne l'éclairage extérieur. Les agglomérations les plus aisées ont par exemple de plus en plus recours à l'éclairage LED.

Toutefois, l'éclairage au sodium reste la technologie la plus courante : il représente 91 % du marché dans les villes aux PIB par habitant le moins élevé, contre 76 % pour les zones urbaines plus riches.

« Le passage à des solutions lumineuses combiné à des contrôles intelligents peuvent en moyenne atteindre 40 % d'économie d'énergie et jusqu'à 80 % dans les projets au niveau des particuliers », a expliqué à EURACTIV Harry Verhaar, le directeur des affaires publiques de Philips Lighting.

Une telle transition pourrait également réduire le nombre de centrales électriques de taille moyenne à 640, ce qui pourrait faire économiser environ 130 milliards d'euros, selon l'entreprise.

New York City

« Outre l'éclairage, il est important à nos yeux d'intégrer des dispositions qui concernent davantage le potentiel de l'efficacité énergétique dans les bâtiments, les appareils et les villes », a poursuivi Harry Verhaar.

Grâce à l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments, la ville de New York a réussi à réduire de 19 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2005. La mégapole est donc en très bonne voie pour atteindre une réduction de 30 % d'émission de CO2 d'ici 2030.  L'air de la ville américaine n'a jamais été aussi propre en 50 ans.

En signe de reconnaissance des avancées, l'ONU a désigné Michael Bloomberg, l'ancien maire de New York, comme envoyé spécial pour les villes et les changements climatiques. Ses idées continuent de faire des émules au sein des décideurs politiques.

À la suite des négociations entre les États-Unis et la Chine, le 15 février, un rapport du Département d'État américain indique que les deux pays ont trouvé un accord sur la mise en œuvre de cinq initiatives, dont l'efficacité énergétique des bâtiments.  

La Commission a présenté le paquet énergie-climat 2030 le 22 janvier 2014. Il remplacera les objectifs 20-20-20 qui visent à réduire d'au moins 20 % les émissions de gaz à effet de serre de l'UE, à atteindre 20 % d'énergie d'origine renouvelable dans la consommation énergétique de l'Union et à réduire de 20 % la consommation d'énergie primaire au moyen d'une efficacité énergétique accrue. Le dernier point est le seul objectif non contraignant, c'est d'ailleurs le seul qui ne sera certainement pas respecté par l'UE.

À l'horizon 2030, la Commission européenne propose :

  • une réduction de 40 % des gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990, obligatoire à l'échelle nationale et qui ne peut être atteint par l'utilisation de crédits carbone ;
  • l'utilisation de crédits carbone en vue de respecter de nouveaux engagements internationaux sur le climat ;
  • un objectif portant à 27 % la part des énergies renouvelables, contraignant pour l'ensemble de l'Union, mais pas à l'échelle nationale ;
  • aucun nouvel objectif en matière d'efficacité énergétique avant l'examen en juin 2014 des avancées sur la directive sur l'efficacité énergétique ; 
  • des recommandations non contraignantes sur le gaz de schiste qui pourraient devenir obligatoires en 2015 ;
  • une réserve de stabilité du marché pour le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) capable de retirer ou de libérer jusqu’à 100 millions de crédits carbone ;
  • et l’arrivée à échéance de la directive sur la qualité des carburants d'ici 2020, qui impose une réduction de 6 % de l'intensité de gaz à effet de serre des combustibles de l'UE.

Beaucoup considèrent ce paquet comme un compromis dans l'équilibre des force entre les différents États membres. Les eurodéputés et les chefs d'États européens discuteront de ces mesures avant de donner leur accord définitif.

  • Mars 2014 : le Conseil de l'UE discutera des thèmes relatifs au climat et à l'énergie
  • Mai 2014 : élections du Parlement européen
  • Mai 2014 : les États membres de l'UE doivent préparer des programmes pour que leurs entreprises énergétiques réalisent 1,5 % d'économies d'énergie par an
  • Juin 2014 : examen des progrès en vue d'atteindre des objectifs sur l'efficacité énergétique en 2020
  • Juin 2014 : le Conseil de l'UE discutera des thèmes relatifs au climat et à l'énergie
  • 2020 : date butoir pour respecter les objectifs contraignants 20-20-20

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