L’ETS peine à prouver son efficacité

L'industrie sidérurgique est soumise à l'ETS. [Shutterstock]

Les 11.000 sites industriels soumis à la directive «Quotas» réduisent, collectivement, leurs émissions. Mais ce n’est pas forcément à cause du marché européen du carbone. Un article de notre partenaire Le Journal de l’Environnement.

Cela pourrait être une bonne nouvelle. Entre 2017 et 2018, les émissions de gaz à effet de serre (GES) des 11.000 sites industriels européens devant participer au système communautaire d’échange de quotas d’émissions de GES (l’ETS) ont baissé de 4%. De quoi apporter un peu de baume au cœur des climatologues, alors que, dans le même temps, les rejets carbonés des 20 premières puissances économiques mondiales ont bondi de 2%.

Électricité vs. Industrie

L’industrie lourde et le secteur énergétique européens à la pointe du combat climatique? Ce n’est pas aussi simple. Dans une étude publiée le 17 juin, six centres de recherche sur l’économie du carbone tentent d’évaluer l’efficacité climatique de l’ETS. Sujet complexe. En épluchant les données de la DG climat, les chercheurs constatent que la déflation des émissions est surtout imputable au secteur électrique. «Les émissions dues à la combustion des énergies fossiles – en très grande majorité constituées des émissions dues à la production d’électricité – ont décru de 5,7% en 2018.» Dans le même temps, les rejets carbonés industriels ont seulement baissé de 0,7%.

Energies renouvelables

Les raisons de cette vertu électrique? Une amélioration régulière de son facteur carbone: la quantité de CO2 émise par kWh produit a baissé d’un quart entre 2005 et 2018. Les performances du secteur industriel sont «souvent confidentielles et difficiles à vérifier.» Dont acte.

Autre problème, de l’avis même des rédacteurs du rapport, la baisse des émissions des centrales électriques ne peut être attribuable au marché de quotas d’émission: «elle vient avant tout du déploiement des énergies renouvelables et des politiques qui soutiennent ce déploiement.»

La situation peut-elle évoluer favorablement? Difficile à dire, tant les incertitudes sont nombreuses. Si le prix moyen du quota a triplé entre 2016 et 2018, il reste très insuffisant pour inciter les industriels, par exemple, à faire évoluer leurs procédés, fussent-ils énergivores. «La fabrication d’acier à partir d’hydrogène pourrait se développer autour de 2035 à un coût correspondant à 80-140 euros par tonne de CO2 évitée.» Pour le moment, le prix sur le marché dudit quota flirte avec les 25 euros.

Boule de cristal

Bien sûr, une majorité d’analystes estiment que ce prix ne cessera de monter. Jusqu’où? À supposer que le Conseil européen des 20 et 21 juin accepte de rehausser l’ambition climatique (l’Europe neutre en carbone en 2050?) les 27 devront émettre de moins en moins de GES (-3 à -4% par an), ce qui fera immanquablement chuter les prix sur l’ETS.

La boule de cristal des analystes n’est toujours pas capable de prédire les conséquences du Brexit: maintien du Royaume-Uni dans l’ETS, création d’un marché britannique dépendant ou non du système communautaire. «Toutes les options sont encore sur la table.» Un jugement qui peut aussi s’appliquer à une hypothétique intégration ou liaison des futurs dispositifs qui réguleront les émissions des transports maritime et aérien (Corsia) internationaux.

Et si les États injectaient plus d’argent dans la transition climatique? Ce ne serait pas du luxe, tant les écarts entre les besoins et les lignes de crédit sont importants. En 2018, les 28 ont récupéré 14,2 milliards d’euros des enchères de quotas: autant qu’entre 2015 et 2017. Environ 80% de cette manne ont été affectés au soutien aux énergies renouvelables et aux programmes d’efficacité énergétique. Il faudra faire beaucoup mieux rappelait, il y a près de deux ans la Cour des comptes européenne.

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