L’exclusion du nucléaire de la finance durable fragilise son futur

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La décision du Parlement européen d’exclure le secteur de l’énergie nucléaire de la liste des investissements bénéficiant du label européen d’investissement n’est pas sans conséquences pour la filière.

Le financement de la transition énergétique est sans doute l’un des défis majeurs de notre siècle. Pour se donner les moyens de son ambition, « le Parlement européen a récemment voté un projet de taxonomie de la finance durable qui définit un cadre d’activités considérées comme environnementales ou vertes », explique Nicolas Redon, expert finance verte de Novethic. Il s’agit principalement d’orienter davantage les flux de capitaux vers une économie décarbonée. Car les besoins sont colossaux. Ainsi, sur la base des travaux réalisés par le HLEG (High Level European Group), la Cour des comptes européenne estime à 11 200 milliards d’euros le coût de la transition énergétique à l’échelle de l’Europe entre 2021 et 2030, soit plus de 1 000 milliards d’euros par an.

Le nucléaire exclu du label européen des investissements verts

Le Parlement européen s’est exprimé sur une proposition de classification des actifs durables, et a choisi d’empêcher l’énergie nucléaire d’obtenir le sceau d’approbation écologique des marchés financiers.

Orienter les flux de capitaux vers l’économie décarbonée

Exit donc de la finance durable, les investissements réalisés dans les énergies fossiles ou encore le nucléaire, tenus à l’écart des besoins de financement de la transition. D’ailleurs, dans cette même logique, la Commission européenne travaille sur un « Ecolabel européen qui permettrait de flécher plus facilement les fonds d’investissement vers les énergies propres d’ici fin 2020», ajoute Nicolas Redon. En effet, en toute logique, la nouvelle taxonomie mise en place par l’Union Européenne devrait contribuer à stimuler l’offre de produits financiers durables, et donc les sommes investies dans les énergies propres.

Une décision non sans conséquences pour la filière

La décision européen ne va pas sans susciter le débat. Ainsi, un récent rapport publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), exhorte les pays développés destinées à prolonger la durée de vie de leurs centrales nucléaires pour la production d’électricité, sans quoi la transition énergétique serait plus complexe à mettre en œuvre, avec le rejet de millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Une supplique qui s’explique par la situation actuelle : selon les données Eurostat, l’atome est la première source d’électricité à faible émission de carbone en Europe, devant l’énergie hydraulique. Mais l’allègement de la durée de vie d’une centrale nucléaire nécessite de très lourds investissements qui risquent d’être pénalisés par la taxonomie de l’Union européenne.

Un avenir électrique sans nucléaire en 2060

En France, l’intérêt économique serait de développer massivement les énergies renouvelables, selon une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

La rénovation des centrales françaises en question

C’est particulièrement vrai en France où plus de la majorité de l’électricité est toujours produite à partir de centrales nucléaires selon le think-thank britannique Sandbag. Du coup, un arrêt progressif de leur capacité de production nécessiterait sans nul doute des investissements massifs dans les énergies vertes comme le solaire et l’éolien afin de pouvoir faire face à la consommation. Et cela ne serait sans conséquences pour les ménages et les entreprises car « ce scénario de développement à marche forcée des énergies renouvelables risquerait de nuire aux consommateurs en raison du renchérissement qu’il induirait sur la facture d’électricité » indique le rapport de l’AIE. En effet, dans les cinq à venir, environ la moitié des réacteurs nucléaires français atteindra l’âge de 40 ans. Pour continuer à fonctionner, ils devront être rénovés pour un coût d’environ 55 milliards d’euros d’ici à 2025 d’après EDF et à près de 100 milliards d’euros d’ici à 2030 selon un récent rapport de la Cour des comptes. Des sommes considérables pour le groupe dont la capitalisation boursière se chiffre en quelques dizaines de milliards d’euros.

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