L’UE n’envisage pas d’interdire les chaudières à gaz, mais plutôt de les remplacer « progressivement »

La Commission européenne proposera-t-elle des réglementations visant à évincer les chaudières à gaz du marché européen, comme elle l’a fait avec le moteur à combustion interne dans le secteur automobile ? [ronstik / Shutterstock]

La Commission européenne ne proposera pas d’interdire les chaudières domestiques au gaz « du jour au lendemain », a déclaré un haut fonctionnaire européen, expliquant que les différences de mix énergétique entre les États membres de l’UE sont tout simplement trop importantes pour appliquer une solution unique.

La Commission européenne proposera-t-elle des réglementations visant à évincer les chaudières à gaz du marché européen, comme elle l’a fait avec le moteur à combustion interne dans le secteur automobile  ?

« C’est une question difficile », reconnaît Paula Pinho, directrice à la direction de l’énergie de la Commission européenne.

D’une part, l’exécutif européen a effectivement introduit des exigences à travers divers programmes politiques « afin de s’assurer que nous éliminons progressivement les chaudières à gaz », a déclaré Mme Pinho lors d’un webinaire du Parlement européen en début de semaine.

« Mais nous devons également examiner la situation des différents États membres », a-t-elle ajouté, précisant que certains pays de l’UE sont « beaucoup, beaucoup plus avancés » que d’autres en termes de décarbonation.

Cela signifie que les chaudières à gaz sont susceptibles de rester en place plus longtemps dans certains pays que dans d’autres, a déclaré Mme Pinho.

« Nous comprenons que cela ne peut pas se faire du jour au lendemain avec une interdiction », a-t-elle expliqué. « L’idée est donc de permettre un remplacement progressif et d’investir l’argent de la relance européenne uniquement là où nous pouvons garantir un chauffage efficace et durable. Mais il ne faut pas opter pour la solution radicale qui consisterait à interdire purement et simplement une technologie dont nous constatons qu’elle est encore très répandue et qu’elle est encore une réalité dans de nombreux foyers. »

L’AIE soutient l’interdiction des chaudières à combustibles fossiles d’ici 2025

L’annonce de la Commission a déçu les groupes environnementaux, qui ont demandé à la Commission d’interdire la vente de nouvelles chaudières à gaz à partir de 2025, conformément aux recommandations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

« La durée de vie moyenne des chaudières à gaz domestiques étant de plus de 20 ans, des millions de foyers européens pourraient encore être chauffés par des combustibles fossiles bien après le moment où l’UE est censée avoir atteint le zéro net », ont déclaré les militants Davide Sabbadin et Melissa Zill dans un article d’opinion pour EURACTIV.

Selon leurs calculs, retirer les chaudières à combustibles fossiles du marché de l’UE d’ici 2025 permettrait de réaliser environ 110 Mt d’économies annuelles de CO2 d’ici 2050, par rapport aux politiques existantes.

« Cela représente presque les deux tiers des réductions d’émissions nécessaires dans les bâtiments résidentiels et publics d’ici 2050 », soulignent-ils.

Les militants verts ont trouvé un soutien inattendu auprès de l’AIE, qui a publié un rapport au début de l’année indiquant qu’aucune nouvelle chaudière à combustible fossile ne devrait être vendue dans le monde si l’on veut parvenir à des émissions nettes nulles d’ici le milieu du siècle.

L’interdiction s’appliquerait à partir de 2025 « sauf si elles sont compatibles avec l’hydrogène », a ajouté l’AIE, précisant que « l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage diminue de 98 % d’ici à 2050 » dans un scénario d’émissions nettes nulles.

Un autre partisan de l’interdiction des chaudières à gaz est le ministre de l’énergie du Luxembourg, Claude Turmes.

« Pour atteindre la neutralité climatique, il faut à un moment donné interdire ou se débarrasser des technologies fossiles, car elles ont une durée de vie pendant laquelle elles restent sur le marché — elles ont une inertie », a déclaré M. Turmes lors d’une visite à Bruxelles au début du mois.

« C’est pourquoi il faut, à un moment donné, interdire les voitures qui fonctionnent avec des énergies fossiles, comme l’a proposé la Commission. Et c’est pourquoi nous devons également interdire les chaudières à gaz », a-t-il déclaré aux journalistes à Bruxelles le 1er octobre.

Les députés européens interdisent le financement des gaz fossiles, à quelques exceptions près

Les députés européen ont voté mardi 28 septembre en faveur de la suppression du soutien au gaz fossile dans les règles de financement de l’UE pour les infrastructures énergétiques transfrontalières, connues sous le nom de « règlement RTE-E ».

Une réduction progressive au lieu d’une élimination progressive  ?

Cependant, interdire totalement les chaudières à gaz serait probablement illégal en vertu des traités de l’UE, a soutenu Alix Chambris, vice-présidente des affaires publiques mondiales chez Viessmann, le fabricant allemand de systèmes de chauffage, industriels et de réfrigération.

« C’est aussi simple que cela — c’est contraire au traité sur le fonctionnement de l’UE, car cela empiète sur la liberté des États membres de décider de leur bouquet énergétique », a-t-elle déclaré aux participants à l’événement du Parlement, qui était soutenu par Viessmann.

Ce que la Commission européenne peut faire, c’est introduire des normes d’éco-conception pour s’assurer que les chaudières à gaz sont aptes à absorber une part croissante de gaz verts tels que l’hydrogène renouvelable, a-t-elle ajouté.

« La question n’est donc pas l’élimination progressive des chaudières à gaz, mais la réduction progressive de leur utilisation », a souligné Mme Chambris. « Les chaudières à gaz peuvent fonctionner avec des gaz verts. La question est la disponibilité des gaz verts, et de s’assurer qu’ils sont capables de s’adapter à ce mélange de gaz changeant. »

Mme Chambris a également convenu que l’électrification et le déploiement massif des pompes à chaleur seront le principal moteur de la décarbonisation dans le secteur du bâtiment au cours des prochaines décennies. « Nous savons en effet que la demande de chauffage au gaz va diminuer », a-t-elle déclaré.

D’ailleurs, Viessmann propose une gamme de solutions de chauffage, notamment des pompes à chaleur, des batteries domestiques, des panneaux solaires et des systèmes hybrides.

Toutefois, Mme Chambris a attiré l’attention sur une étude de Frontier Economics qui démontre que l’électrification ne suffira pas à répondre aux besoins de chauffage de l’Europe à tout moment de l’année, et notamment lors des pics de demande en hiver.

« Cette question de la saisonnalité de la demande de chauffage en période de pointe est un sujet nouveau, elle mérite beaucoup plus d’attention, beaucoup plus de recherches », a souligné Mme Chambris. L’étude « montre clairement que nous avons besoin d’une petite part de gaz dans le chauffage pour optimiser le système énergétique », a-t-elle ajouté.

« Pour moi, la question n’est donc pas de savoir si nous avons besoin de gaz pour se chauffer, mais en quelle quantité  ? »

L’association Française du Gaz confiante pour « dépasser l’objectif de production de biométhane de 1% en France cette année »

Patrick Corbin est président de l’Association Française du Gaz (AFG). Lors d’un entretien avec EURACTIV, il s’est confié sur le verdissement de la filière gaz en France et les futurs objectifs européens.

« Pas de solution miracle »

Renée Bruel, de la Fondation européenne pour le climat, reconnaît que la Commission ne peut pas simplement interdire des appareils comme les chaudières à gaz. Ce qu’elle peut faire, a-t-elle ajouté, c’est fixer des normes d’éco-conception pour les appareils de chauffage qui augmenteraient leur efficacité au fil du temps.

« Nous aurons probablement besoin d’un parcours de transition qui inclut une part de pompes à chaleur hybrides pour faire face aux pics de demande et rendre la transition abordable. Nous aurons donc probablement besoin d’un grand nombre de solutions différentes », a-t-elle déclaré.

Paula Pinho, de la Commission européenne, est du même avis.

« En termes de technologies, il n’y a clairement pas de solution miracle. Nous avons besoin d’un mélange de technologies, et chacune d’entre elles jouera son rôle en fonction des spécificités nationales et du stade auquel nous nous trouvons dans la transition », a-t-elle conclu.

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