L’UE se rapproche d’une interdiction du pétrole russe, avec des exceptions

« Nous saluons l'embargo proposé par l'UE sur le pétrole russe », a dit à Washington le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price devant la presse. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE doivent se réunir ce lundi (30 mai) après-midi afin de discuter de la possibilité de donner leur accord de principe à un embargo total allégé sur le pétrole russe, tel que prévu par les diplomates de européens dans la matinée.

Selon la dernière version des conclusions du sommet, consultée par EURACTIV, les dirigeants pourraient se mettre d’accord sur le cadre général du sixième volet de sanctions contre Moscou ce lundi, après avoir renoncé à une interdiction complète du pétrole russe afin de contourner la menace d’un veto de la Hongrie.

Ce nouveau volet de sanctions énergétiques concernerait donc « le pétrole brut, ainsi que les produits dérivés du pétrole, livrés par la Russie dans les États membres, avec une exception temporaire pour le pétrole brut livré par oléoduc », une allusion indirecte aux pays d’Europe centrale qui s’approvisionnent en pétrole par oléoduc.

Cette décision fait suite à l’incapacité des ambassadeurs de l’UE à se mettre d’accord sur un plan de compromis dimanche (29 mai), ce qui laissait déjà présager que l’accord définitif pourrait ne pas aboutir à l’interdiction totale initialement proposée par la Commission européenne.

Au lieu de cela, un accord politique, qui doit encore être adopté par les dirigeants de l’UE, prévoit de n’interdire que le pétrole transporté par voie maritime, le pétrole transporté par oléoduc étant toujours fourni à la Hongrie, à la Slovaquie et à la République tchèque, pays enclavés, qui ont fait pression pour obtenir cette exemption.

À son arrivée à la réunion des dirigeants européens, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a déclaré aux journalistes qu’il n’y avait pas de compromis et « aucun accord du tout » sur l’interdiction du pétrole.

Il a imputé à la Commission européenne les difficultés rencontrées par Budapest pour approuver les sanctions, affirmant qu’elle n’avait pas tenu compte de la sécurité énergétique de la Hongrie lors de l’élaboration des sanctions et qu’elle avait outrepassé l’accord conclu entre les pays de l’UE pour se détacher le plus rapidement possible de l’énergie russe.

La responsabilité de l’absence d’accord aujourd’hui reposera sur les épaules de la Commission européenne, a déclaré M. Orbán, ajoutant que l’UE devait envisager « des solutions et ensuite les sanctions ».

Le Premier ministre letton, Arturs Krišjānis Kariņš, a, quant à lui, appelé les dirigeants européens à avoir une « vision d’ensemble » de la situation, à savoir la nécessité de paralyser l’économie russe et de soutenir l’Ukraine.

Il a aussi appelé les dirigeants de européens, dans des propos visant très clairement la Hongrie, à soutenir une interdiction du pétrole et une interdiction du gaz le plus rapidement possible.

« Si chaque pays européen ne pense qu’à lui-même, alors nous n’avancerons jamais », a-t-il déclaré aux journalistes.

« La Lettonie est très fortement dépendante — l’a été — des importations énergétiques russes. Nous nous éloignons de cela et n’avons aucun problème avec cela. Cela va nous coûter plus cher, mais ce n’est que de l’argent. Les Ukrainiens le paient de leur vie », a-t-il ajouté.

Selon un diplomate européen, les Hongrois veulent être les seuls à être autorisés à importer du pétrole par pétroliers, notamment via la Croatie, au cas où l’oléoduc Droujba serait endommagé par les Ukrainiens ou les Russes.

L’exemption pour les oléoducs est une bonne approche, mais il faut une garantie que, si l’oléoduc passant par l’Ukraine est endommagé, la Hongrie obtiendra du pétrole russe d’autres sources, a déclaré M. Orbán.

L’Allemagne et la Pologne s’engageront à mettre fin aux importations de pétrole d’ici la fin de l’année, ont indiqué des diplomates européens.

Toutefois, l’accord permet d’envisager l’interdiction des oléoducs à un stade ultérieur, ont souligné plusieurs diplomates européens.

Selon un diplomate européen, l’objectif des négociations de dernière minute de lundi matin était de parvenir au moins à un « accord politique » que les dirigeants européens pourraient examiner, mais il y aurait un « certain niveau d’incertitude » quant à la possibilité qu’ils ne soient pas encore d’accord et reviennent sur la question.

Les dirigeants européens ne devraient toutefois pas finaliser les modalités de l’exception temporaire. Ils chargeront plutôt les diplomates et les ministres de l’UE de trouver une solution qui garantirait également une concurrence équitable entre ceux qui continuent à recevoir du pétrole russe et ceux qui en sont privés.

Selon le projet de conclusions, le paquet doit garantir « des conditions de concurrence équitables sur le marché unique de l’UE » ainsi que « la solidarité entre les États membres en cas d’interruption soudaine de l’approvisionnement ».

Les conclusions ne mentionnent toutefois pas de calendrier spécifique pour l’exemption temporaire du pétrole brut livré par oléoduc.

Elles invitent les États membres à se pencher sur la question « dès que possible », ce qui, de manière réaliste, pourrait signifier avant le prochain sommet de l’UE les 23 et 24 juin.

Les dirigeants européens arrivés à Bruxelles n’étaient pas optimistes quant à la possibilité pour les États membres de l’UE de parvenir à un accord complet sur les nouvelles sanctions contre la Russie lors de leur sommet de lundi.

« Nous avons maintenant essentiellement résolu toutes les questions, sauf une et c’est la question du pétrole brut par oléoduc, les discussions sont toujours en cours, c’est pourquoi je n’ai pas de trop grands espoirs que nous le résolvions dans les prochaines 48 heures, mais plutôt par la suite », a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen aux journalistes à Bruxelles.

« Je ne pense pas que nous parviendrons à un accord aujourd’hui », a déclaré la Première ministre estonienne Kaja Kallas quelques heures avant le début de la réunion, ajoutant qu’il était plus probable qu’un accord soit trouvé lors du prochain sommet en juin.

Un haut responsable de l’UE a qualifié la proposition de compromis de « réussite remarquable pour l’UE », mais la plupart des diplomates européens étaient moins enthousiastes.

Outre l’interdiction du pétrole, le sixième volet de sanctions prévoit le retrait de la Sberbank (l’une des plus grandes banques russes) du réseau bancaire SWIFT, l’interdiction de trois autres radiodiffuseurs publics russes et l’établissement d’une liste d’individus ayant commis des crimes de guerre en Ukraine.

Par ailleurs, plusieurs diplomates européens ont indiqué qu’une interdiction prévue pour les Russes d’acquérir des biens immobiliers dans l’UE a été abandonnée après que Chypre s’y est opposé.

Sommet européen : l'UE ne prévoit pas d'embargo sur le pétrole russe

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