M. Faymann utilisera l’initiative citoyenne pour sa croisade anti-nucléaire

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Le chancelier autrichien, le social-démocrate Werner Faymann, s'est joint aux activistes anti-nucléaires lundi (25 avril) pour demander une campagne publique vouée à éliminer l'énergie nucléaire dans l'Union européenne. Ses collaborateurs affirment à présent que le chancelier espère mobiliser la population pour le dépôt d'une initiative citoyenne européenne.

« Le lobby de l'énergie nucléaire dispose de plus de moyens que nous, il a plus de ressources financières, mais nous voulons un avenir plus humain sans énergie nucléaire en Europe ! », aurait déclaré M. Faymann lors d'une manifestation anti-nucléaire à Vienne.

Cette déclaration survient suite aux manifestations à l'échelle mondiale qui ont marqué le 25e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. 120 000 manifestants on participé à une manifestation en Allemagne et un « die-in » a été organisé à Strasbourg à la frontière franco-allemande.

Le porte-parole du chancelier, Leopold Szemeliker, a déclaré à EURACTIV qu'ils espéraient mobiliser l'opinion publique en Europe contre l'énergie nucléaire et que cela pourrait se faire sous la forme d'une « initiative citoyenne ».

L'initiative citoyenne permet aux citoyens de l'UE de proposer une législation si un million de signatures sont collectées. Ce système sera en application à partir du 1e avril 2012.

M. Szemeliker est confiant quant à la validité juridique d’une telle initiative sur l'énergie nucléaire, ce qui serait nécessaire pour que la Commission européenne la reconnaisse. « Nous y travaillons, nous sommes quasiment sûrs que nous trouverons un moyen », a-t-il déclaré.

Un sondage de l'Eurobaromètre sur la sécurité nucléaire publié en février 2007, bien avant la catastrophe de Fukushima, a révélé que 53 % des Européens pensaient que les risques liés à l'énergie nucléaires primaient sur ses avantages.

L'UE possède une compétence limitée s'agissant des politiques énergétiques des Etats membres et par conséquent, la persuasion, plus qu'une décision centrale, sera la clé du succès des militants anti-nucléaires.

M. Szemeliker a ajouté que les sociaux-démocrates allemands les rejoindraient dans cet effort et qu'ils prévoyaient également de travailler avec des ONG environnementales ainsi qu'avec les partis politiques anti-nucléaires en Europe.

Intégrer les énergies renouvelables dans le réseau

Fabian Zuleeg, analyste senior au European Policy Centre, a expliqué que sortir du nucléaire pour aller vers les énergies renouvelables serait un réel défi pour l'UE.

« Si nous voulons utiliser les énergies renouvelables à ce niveau-là, nous aurons besoin d'un réseau énergétique beaucoup plus intégré », a-t-il déclaré, ajoutant que la politique énergétique pourrait ne pas rester une question purement nationale, dans la mesure où de nombreuses centrales nucléaires sont situées à proximité des frontières nationales. Dans le même temps, le changement climatique et la dépendance énergétique transcendent les frontières nationales, a-t-il insisté.

Certains groupes environnementaux se sont dits satisfaits du mouvement autrichien ainsi que de la réaction anti-nucléaire générale en Europe.

Abolir Euratom ?

Patricia Lorenz, militante anti-nucléaire pour Friends of the Earth, a laissé entendre que les gouvernements anti-nucléaires devraient soulever la question de l'abolition de la Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom).

Elle a précisé que l'Initiative citoyenne devrait être soigneusement formulée pour être juridiquement valide et a demandé une conférence intergouvernementale pour abolir Euratom. « Maintenant qu'il n'y a plus de majorité en faveur du nucléaire, on peut en discuter, je pense qu'il est grand temps », a-t-elle déclaré.

Elle a affirmé qu'Euratom était actuellement « inutile » mais que les pays pro-nucléaires, notamment la France et la Finlande, se cramponnaient à cette organisation pour des raisons symboliques. « Ils ont surtout peur du signal que cela enverrait, à savoir que l'âge du nucléaire est révolu. Et bien c'est un peu le cas ! », a-t-elle déclaré.

Toute modification de la politique nucléaire européenne qui nécessiterait un traité est improbable cependant. En septembre dernier, M. Faymann affirmait lui-même en réponse à des questions sur la réforme financière et monétaire : « toute mesure qui requerrait un changement du traité me semble, en repensant au Traité de Lisbonne, difficile à imaginer dans les deux années à venir ».

L'énergie nucléaire représente un cinquième de la production d'électricité dans l'UE, mais plus de 75 % en France. Seuls les Etats-Unis surpassent la France en terme de production d'énergie nucléaire

La récente catastrophe de Fukushima au Japon et le 25e anniversaire du désastre de Tchernobyl en Ukraine ont renforcé le mouvement anti-nucléaire mondial et soulèvent des questions quant à la sécurité de l'énergie nucléaire. L'Italie a récemment affirmé qu'elle ne reprendrait pas sa production d'énergie nucléaire et l'Allemagne a accéléré la fermeture de ses réacteurs nucléaires.

Les partisans de l'énergie nucléaire, dont certains éminents activistes environnementaux comme le Britannique George Monbiot, arguent que les risques sont gérables et que le nucléaire peut apporter des avantages significatifs en termes d'indépendance énergétique de l'Europe et de réduction des émissions de carbone.

Les institutions européennes sont résolument pro-nucléaires depuis la signature du traité qui a établi la Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom) en 1957. Euratom reste juridiquement distinct de l'Union européenne et le Parlement européen n'a pas grand-chose à dire sur ses opérations.

Ce traité, auquel tous les Etats membres sont parties, engage ses signataires à créer les conditions nécessaires au développement d'une puissante industrie nucléaire dans la mesure où celle-ci représente une ressource essentielle pour le développement et la dynamisation de l'industrie et permettra d'avancer en faveur de la paix.

Les institutions européennes financent actuellement des projets nucléaires en Roumanie et en Bulgarie ainsi que le réacteur à fusion expérimental ITER dans le sud de la France. Ce dernier a dû affronter les critiques des eurodéputés du fait d’un dépassement de son budget.

  • 1 avril 2012 : la première Initiative citoyenne pourra être enregistrée.

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