Macron veut désintoxiquer la France des énergies fossiles

Emmanuel Macron a présenté les grands axes de sa politique énergétique. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, l’Hexagone va accélérer le développement des énergies renouvelables sans pour autant renoncer au nucléaire.

Mettre les bouchées doubles sur le développement des énergies renouvelables, fermer les dernières centrales à charbon tout en conservant le nucléaire. Le plan d’attaque pour la transition énergétique dévoilé le 27 novembre par Emmanuel Macron ambitionne de mettre la France sur les rails de la neutralité carbone d’ici 2050.

Les grands axes de la stratégie française ont été dévoilés par le président lors d’un discours devant les ministres, des parlementaires et des élus rassemblés à l’Élysée. « Il faut nous désintoxiquer des énergies fossiles », a-t-il affirmé, reconnaissant que jusqu’ici, « trop peu » avait été fait en faveur de la transition énergétique.

Parmi les trois axes, le développement des énergies renouvelables – notamment le solaire et l’éolien –  va bénéficier d’un coup de pouce financier. Les financements publics vont ainsi passer de 5 milliards par an environ à 7-8 milliards d’euros. Ce soutien public devrait permettre de tripler les capacités en éolien et multiplier par cinq celle en photovoltaïque d’ici 2030.

La France toujours radine avec le climat

Pouvoirs publics, entreprises, ménages consacrent près de deux fois plus d’argent aux énergies fossiles qu’aux investissements bas carbone, souligne le dernier Panorama des financements climat, publié par l’Institut de l’économie du climat, (I4CE). Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Contrairement à son voisin allemand qui a misé sur la sortie du nucléaire quitte à devoir s’appuyer temporairement sur des centrales à charbon très polluantes, Emmanuel Macron a privilégié la fermeture des centrales à charbon et repoussé l’objectif de réduction du nucléaire à 50 % dans le mix électrique français. « L’énergie nucléaire nous permet aujourd’hui de bénéficier d’une énergie décarbonée et à bas coût. Je n’ai pas été élu sur un programme de sortie du nucléaire, mais une réduction à 50 %. » a rappelé Macron.

« Je ne veux pas que nous soyons dans une situation où la fermeture des centrales nucléaires entraîne le ralentissement de la fermeture des usines à charbon », a martelé le président. Une décision qui va à l’encontre de celle prise par Angela Merkel en 2011, dans la foulée de la catastrophe de Fukushima. La décision de la chancelière a depuis entraîné la réouverture de certaines centrales à charbon outre-Rhin, pour compenser la baisse de capacité de production.

L’Allemagne tourne la page du nucléaire

Les trois derniers réacteurs nucléaires arrêteront de tourner en 2022.

A l’inverse du modèle allemand, Macron a réitéré sa promesse de fermer définitivement les dernières usines à charbon de l’Hexagone d’ici à 2022. Mais l’objectif de fermeture de 14 réacteurs nucléaires a été repoussé à horizon 2035. Ainsi, la seule fermeture qui sera effective au cours du quinquennat de Macron sera celle de des réacteurs de Fessenheim. « Concrètement, 14 réacteurs de 900 mégawatts seront arrêtés d’ici à 2035. Ce mouvement commencera à l’été 2020 avec l’arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim », a déclaré Emmanuel Macron.

Cette décision «  acte – en creux – la prolongation de très nombreux réacteurs au-delà de 40, voire 50 ans » a déploré Greenpeace dans un communiqué. La place du nucléaire dans le mix électrique français pourrait d’ailleurs se voir renforcer d’ici à 2021, puisque le président a annoncé que la décision de construire des EPR supplémentaires serait prise à ce moment.

Urgence climatique vs urgence sociale

Pour le président, la trajectoire française visant à décarboner totalement la production et la consommation d’énergie en France d’ici 2050 doit rester le fil rouge de la transition énergétique. Mais au-delà des grandes orientations de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le président était également attendu sur sa réaction au mouvement des « gilets jaunes ».

Né il y a  quelques semaines en réaction à la hausse du prix des carburants, le mouvement de contestation revendique aujourd’hui plus largement la défense du pouvoir d’achat. Et sur ces questions, le président Emmanuel Macron n’a apporté que peu de réponses.

Principale mesure de réponse au mécontentement social, la mise en place d’une variante dans la taxation des carburants, indexée sur les prix mondiaux du pétrole. Un moyen de limiter les variations des prix à la pompe pour les utilisateurs de la voiture, en faisant porter aux taxes sur le carburant le rôle d’amortisseur de prix.

Autre réponse, la mise en place d’une grande concertation sur la transition écologique et sociale. Cette consultation de trois mois devra permettre d’affiner les ambitions de la France en matière de transition énergétique. « Et s’il faut revoir l’ambition gouvernementale  à l’issue de cette consultation je suis prêt à la revoir » a indiqué le chef de l’État.

« Ce que les Français expriment depuis plusieurs jours (…) c’est le problème de leur pouvoir d’achat. Or, sur cette question-là, le président reste muet, et même sur la transition écologique il est en réalité d’un flou absolu.» a déploré Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, sur BFM TV.

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