Mélange des genres en Pologne entre climat et charbon « propre »

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La Pologne est vivement critiquée pour organiser un sommet international sur le charbon en même temps que la conférence sur le climat de l'ONU (COP19) qui doit se tenir à Varsovie en novembre.

Dans un communiqué conjoint, le ministère polonais de l'économie et l'Institut Mondial du Charbon (World Coal Association – WCA) ont proposé une stratégie « charbon propre » pour lutter contre le changement climatique. Cette stratégie reposerait sur « des technologies très efficaces de combustion à faible émission de carbone ».

Dans le cadre de cette nouvelle stratégie, un sommet international sur le charbon et le climat sera organisé par la WCA, mais aura lieu au ministère de l'économie, qui soutient l'événement en affichant son logo. Le vice-premier ministre polonais et plusieurs représentants de gouvernement y participeront.

« Le gouvernement polonais transforme un événement d'une importance internationale en une occasion pour faire du lobbying en faveur du charbon, la source d'énergie la plus néfaste pour le climat », explique Claude Turmes, eurodéputé et co-président des Verts au Parlement européen, à EURACTIV.

« C'est scandaleux. La Pologne abuse de sa position et réalise un exercice diplomatique cynique en vue de faire dérailler les négociations internationales sur le climat. Venant de la part d'un État membre européen, je pense qu'il s'agit réellement d'une tentative de briser la solidarité dans l'UE » ajoute-il.

L'eurodéputé luxembourgeois demande également aux gouvernements de l'UE et à la Commission européenne de s'opposer à la manière dont la Pologne gère la conférence de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changement climatiques (CCNUCC).

EURACTIV a consulté un document d'information officieux de la dernière réunion informelle des ministres européens de l'énergie. Il en ressort que la Pologne s'oppose aux propositions d'objectifs sur le climat et l'énergie pour 2030 et va à l'encontre de la demande d'une majorité de pays.

Autre point de friction avec les défenseurs de l'environnement, la conférence de l'ONU sera sponsorisée par des entreprises dont l'engagement dans la lutte contre les émissions de carbone est remis en cause, comme Arcelor Mittal (Inde), BMW (Allemagne) et International Paper (Pologne).

« Les Polonais font probablement un pied de nez à la politique climatique responsable et à celle de l'UE aussi », indique Jason Anderson, responsable Énergie Climat au Bureau européen de WWF, à EURACTIV.

De nombreuses entreprises tentent de réduire leurs émissions de carbone, précise-t-il. « [La Pologne] a choisi beaucoup d'entreprises traditionnelles et très polluantes qui ne sont pas les plus novatrices en Europe » avance-t-il.

Les industries sont là pour une bonne raison

Le ministre polonais de l'environnement, Marcin Korolec, qualifie toutefois les plaintes à propos du sommet international sur le charbon et la conférence sur le climat de « très étranges, voire inquiétantes ».

« Je ne comprends pas les gens qui mettent en doute la participation d'industries énergivores à la conférence», ajoute-t-il. « Où se trouve le plus grand potentiel de réduction des gaz à effet de serre ? Ces industries sont là pour rester. »

Les entreprises doivent s'asseoir à la table des négociations sur le climat. « Lors de la présidence polonaise sur la conférence sur le changement climatique , il n'y a pas de place pour les confrontations, l'isolement et le tri. Nous avons travaillé dur pour parvenir à la démocratie et au système de marché. Nous voulons utiliser cette expérience lors de cet événement. »

Le sommet alternatif de Varsovie sur le charbon et le climat a également reçu une aide financière de Peabody, la première compagnie privée de charbon au monde, de GE Mining et l'Association européenne du charbon est partenaire de l'événement.

Les réunions organisées dans le cadre du sommet se concentreront sur les « technologies très efficaces à faible émission de carbone, les progrès mondiaux dans les projets de CSC [capture et stockage du carbone] et le rôle du charbon dans le développement économique mondial. »

Les défenseurs de l'environnement prétendent que le coût de cette technologie est exorbitant. Et la Pologne ne fait pas figure d’exception en soutenant le CSC à l'échelle européenne.

Gazéification souterraine

Le « charbon propre » fait généralement référence au charbon produit à partir du procédé de gazéification souterraine. La matière est brûlée sous terre pour produire du gaz.

Selon Greenpeace, une étude du ministère américain de l'énergie révèle la présence d'une contamination résiduelle des eaux souterraines 16 ans après un procédé de gazéification d’à peine 5 jours.

Beaucoup contestent également l'atténuation éventuelle du procédé sur au moins 70 % des émissions de CO2 produites par le charbon. « Le charbon propre est néfaste pour le climat, point final », martèle Claude Turmes.

Yvo de Boer est cependant en faveur du sommet international, une position surprenante pour un ancien directeur général de la CCNUCC et conseiller actuel de KPMG sur le climat.

Il explique à EURACTIV qu'en raison de la dépendance de la Pologne vis-à-vis du charbon, la transition vers une économie de l'énergie propre pourrait avoir des conséquences économiques importantes pour le pays.

Le charbon reste partie intégrante du mix énergétique de la Pologne

« C'est une situation délicate qui a trop souvent été ignorée ou reléguée au second plan dans les efforts de l'UE pour parvenir à un accord sur les objectifs climatiques », indique le Yvo de Boer. « La Pologne est un membre important de l'UE. Il faut donc qu'elle fasse partie de la solution et non du problème. »

Le charbon tiendra un rôle important dans le mix énergétique de certains pays, comme la Chine, l'Inde et la Pologne, au cours des prochaines décennies. Concilier cela avec les objectifs de réduction des émissions serait une « équation très difficile à résoudre ».

La baronne Bryony Worthington, fondatrice de l'organisation de défense de l'environnement Sandbag, est une autre participante inattendue au sommet international sur le charbon et le climat. Selon elle, la conférence montre que la Pologne prend le changement climatique au sérieux, ou du moins qu'elle se préoccupe du passage à l'énergie propre.

« [La Pologne] doit entendre les appels en faveurs de l'action pour le changement climatique. Je veux qu'ils comprennent que s'ils peuvent commercialiser le CSC, le charbon peut avoir un avenir, mais cela impliquera l’introduction de mécanismes de soutien plus stricts », indique-t-elle. Pour le moment , la Pologne ne s'intéresse pas à « ce message, mais nous devons continuer à le clamer haut et fort ».

La Norvège a porté un coup dur au CSC en abandonnant l'une des rares installations opérationnelles en Europe, à Mongstad, en raison du dépassement des coûts et des retards. D'autres projets européens rencontrent également ces problèmes.

L'UE s’est dotée de l'objectif contraignant de réduire ses émissions de dioxyde de carbone de 20 % d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990 et d'augmenter d’autant la part d'énergies renouvelables dans son bouquet énergétique. Un objectif volontaire d’une augmentation de 20 % en termes d'efficacité énergétique a également été défini.

La Pologne tire 90 % de son énergie du charbon. Elle est à la traîne dans la réalisation de ces objectifs et s'oppose farouchement à toute autre ambition climatique de l'UE.

Des sociétés énergétiques détenues par l'État polonais ont créé le Central European Energy Partners (CEEP) en 2012. L'association organise la conférence annuelle de l'industrie européenne du charbon à Bruxelles.

Une polémique a éclaté en 2011 lorsqu'EURACTIV a révélé que le logo de la présidence polonaise du Conseil de l'UE apparaissait sur les affiches de la deuxième conférence Europan Coal Days.

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