Les États membres peu disposés à revoir l’objectif d’énergies renouvelables pour 2030

Face aux appels du Parlement et des ONG, la présidence estonienne préconise des objectifs intérimaires. Une solution qui est loin de plaire à tout le monde. [. [Jan Arne Wold / © Statoil]

Renforcer la part des renouvelables dans le mix énergétique à 35 % est une priorité pour le Parlement européen. Mais les 28 sont moins enthousiastes.

Cette semaine, la commission parlementaire sur l’industrie, la recherche et l’énergie (ITRE) a estimé que les objectifs pour 2030 en termes de renouvelables devaient être renforcés, afin que le déploiement des technologies associées démarre dès les années 2020. Les eurodéputés ont conseillé que l’objectif de 27 % prévu par la Commission soit rehaussé à 35 %.

Quelques jours plus tôt, Maroš Šefčovič, le commissaire chargé de l’Union de l’énergie, avait déclaré que l’objectif de 27 % devait être modifié pour refléter la chute rapide des prix de l’énergie renouvelable ces dernières années.

« Aujourd’hui, atteindre une part de 30 % de renouvelables coûterait à peu près la même chose qu’une part de 27 % », a-t-il indiqué, assurant qu’il présenterait de nouvelles projections sur les prix de l’énergie pour 2030.

La Commission révise timidement son objectif d'énergies renouvelables

La « chute impressionnante » des prix des renouvelables a persuadé la Commission européenne d’adapter ses projections énergétiques pour 2030, a indiqué Maroš Šefčovič, commissaire en charge de l’énergie.

Vu la récente évolution des prix et de la technologie, les 28 États membres sont appelés à revoir leurs ambitions à la hausse lors de la réunion du Conseil du 20 décembre.

Pawel Wrobel, de l’association polonaise de l’électricité, PKEE, estime que l’objectif sera relevé. « Il y a un processus logique à Bruxelles : si la Commission propose 27 % et que le Parlement propose 35 %, le compromis final devrait être entre ces deux chiffres », explique-t-il.

« Si la Commission envoie le message qu’elle envisage l’option de 30 % et qu’il semble possible d’atteindre cet objectif au niveau européen, je pense que les parties prenantes doivent se préparer à un accord final à 30 % », ajoute-t-il, soulignant néanmoins que l’évaluation d’impact actuelle est fondée sur 27 % et que si l’exécutif défend un nouvel objectif, elle devrait le soutenir par une étude de faisabilité.

Petit à petit

Plusieurs États membres espèrent cependant bien garder l’objectif à 27 %. L’Estonie, qui est actuellement à la présidence de l’UE et est donc responsable des négociations, souhaite que les États membres s’accordent sur une position commune d’ici la fin de l’année, quand la présidence passera à la Bulgarie.

Certains, dont l’Allemagne et la Suède, craignent qu’un objectif à 27 % n’aboutisse pas sur des actions dès le début de la prochaine décennie. L’UE dans son ensemble a accepté un objectif de 20 % pour 2020 et la perspective d’une augmentation de seulement 7 % en dix ans pourrait permettre à certains États de reporter à plus tard leurs investissements.

D’autres, comme la Pologne, ne veulent surtout pas hausser l’objectif, étant donné qu’ils ne sont toujours pas convaincus de sa faisabilité.

Pour ménager les deux camps, l’Estonie a proposé de mettre en place des objectifs intérimaires pour 2023 et 2025, afin d’assurer que les États ne se reposent pas trop sur leurs lauriers après 2020.

Selon cette proposition, les États devraient avoir accompli 25 % de l’augmentation prévue entre 2020 et 2030 d’ici 2023 et 40 % de cette augmentation d’ici 2025. Ces objectifs ne seraient pas contraignants et les progrès seraient évalués au niveau européen. En cas de non-respect des objectifs intérimaires au niveau européen, la Commission ou le Conseil pourraient pointer du doigt les pays qui sont en retard.

90% de renouvelables en 2035, c’est possible

Les prix des batteries et de l’électricité propre ont chuté si brutalement que même les projections imaginant un système à 85-90 % de renouvelables pour 2035 semblent aujourd’hui « ridiculement conservatrices ».

Déception

Les militants de la lutte contre le changement climatique estiment pour leur part que l’objectif de 27 % est risible, quel que soit le nombre d’objectifs intérimaires mis en place. Ils se disent consternés par la position du Parlement et assurent que même un objectif de 40 % serait atteignable.

Pour eux, le principal problème est l’absence de mesure contraignante au niveau national, à part pour l’objectif de 2020. Celui pour 2030 est envisagé à l’échelle de l’UE et les eurodéputés de la commission ITRE n’ont pas inclus dans leur proposition de traduire cet objectif général en buts nationaux.

Claude Turmes, eurodéputé luxembourgeois Vert, appelle donc le Parlement à rejeter la position de la commission et à intégrer des objectifs contraignants nationaux à la législation. Il a également attaqué la marge de « flexibilité » de 10 % concédée par la commission, qui permettrait aux États membres de réduire considérablement leurs efforts en cas de « circonstances exceptionnelles et dument justifiées ».

« Il semble très improbable que l’objectif général pour l’UE soit atteint » si la proposition de la commission ITRE est adoptée, estime l’eurodéputé. « Les négociations avec les États membres n’ont même pas encore commencé, le Parlement ne devrait donc pas accepter une position de départ aussi faible. »

Les négociations entre le Parlement et les États devraient commencer en janvier, et pour l’instant la Commission n’a pas indiqué vouloir aller au-delà de 30 % ou adopter des objectifs nationaux contraignants.

Les renouvelables font sombrer en désuétude les objectifs énergétiques européens

Les coûts du solaire et de l’éolien chutent rapidement. Associés à de nouvelles technologies, ces renouvelables pourraient remplacer « plus de la moitié » de l’électricité au gaz ou au charbon en Europe d’ici 2030.

Subscribe to our newsletters

Subscribe