L’initiateur de l’Energiewende dénonce l’inaction de Berlin sur le climat

Concert lors d'une manifestation contre les politiques énergétiques allemandes. Berlin, mai 2014. [360b (Shutterstock)]

Parrain des débuts de la transition énergétique allemande, Hans-Josef Fell dénonce le manque de volonté politique actuel sur le sujet. Il avait échafaudé la loi sur les énergies renouvelables de l’an 2000.

Le 15 janvier au soir, la chancelière, Angela Merkel, a rencontré les représentants des quatre Länder allemands extracteurs de lignite, ainsi que les responsables de la commission nationale de sortie du charbon.

Pour le député Vert Hans-Josef Fell, les limites de la transition énergétique allemande sont aujourd’hui claires et visibles. « La soi-disant commission du charbon est contreproductive, parce qu’elle retarde la réduction des actifs charbonniers privés », explique-t-il lors d’un entretien avec Euractiv.

« La protection du climat implique une réduction jusqu’à zéro des émissions de gaz à effet de serre, et donc un abandon immédiat des combustibles fossiles. Il n’y a que cela que l’on peut appeler ‘protection du climat’, et ce n’est pas possible sans volonté politique », poursuit-il.

La commission pour la croissance, le changement structurel et l’emploi, aussi appelée commission du charbon, a été créée par le gouvernement le 6 juin 2018, dans l’espoir d’accélérer la réduction des émissions et de définir une feuille de route pour un abandon socialement juste du charbon.

Les conclusions de ses travaux auraient dû être publiées avant la fin de 2018, mais sa dernière réunion a été retardée au 1e février, notamment à cause de désaccords sur la manière dont les fonds de transition devraient être répartis entre les Länder où l’on exploite encore le lignite.

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Le 5 janvier, l’hebdomadaire Der Spiegel a révélé que la chancelière n’était pas satisfaite du travail de la commission et voulait avoir son mot à dire dans ses conclusions.

Pour Hans-Josef Fell, le problème est que l’Allemagne n’en a pas fait assez dans le passé pour faire avancer la transition énergétique. « Berlin a pris le chemin le plus facile en déléguant cette question très sensible à d’autres autorités. »

Le député souligne également qu’il perçoit un déséquilibre entre la gestion du secteur des renouvelables par le gouvernement et le traitement préférentiel dont bénéficie l’industrie des énergies fossiles.

« Qu’a fait l’État lors de la suppression de quelque 80 000 emplois dans l’industrie solaire ces dernières années ? À ce moment-là, il n’y avait pas de protection pour ces travailleurs, on n’a pas mis sur pied une commission sur le solaire pour eux », dénonce-t-il.

En réalité, c’est l’industrie charbonnière qui dicte le programme du gouvernement sur l’énergie et le climat, assure l’écologiste. « Il suffit de voir qui finance les principaux partis allemands, le SPD (sociaux-démocrates), la CDU (conservateurs) et le FDP (libéraux) », poursuit-il. « Il n’existe pas de débat honnête sur l’énergie, on ne parle que du charbon et des autres industries fossiles. »

Évolution législative négative

La transition énergétique, ou « Energiewende », en allemand, est la transition prévue vers une économie à faibles émissions et sans nucléaire. L’initiative est partie d’un mouvement écologiste local pour se transformer en grand projet national.

L’Energiewende se déploie autour de la loi que Hans-Josef Fell a pensée en 2000, la loi sur l’énergie renouvelable (EEG). Le texte donne priorité aux renouvelables sur les réseaux de distribution et leur garantit des tarifs de subventionnement.

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En 2000, le gouvernement SPD-Verts et les fournisseurs se sont accordés sur une élimination du nucléaire, ce qui a entrainé la croissance forte de l’électricité solaire et éolienne en Allemagne.

« Jusqu’en 2012, l’Allemagne s’en est très, très bien sortie en termes d’expansion de l’industrie des renouvelables et d’avancement de la transition énergétique. Puis le gouvernement fédéral s’est mis à introduire une série de législations qui ont entravé la transition », explique Hans-Josef Fell, qui décrit ces mesures comme des « attaques » juridiques contre l’Energiewende et l’EGG.

Cette offensive a pris la forme de coupes claires dans les tarifs garantis pour le solaire. « C’est un choix possible quand une industrie est solide, mais pas à ses débuts », commente l’élu.

Cela a été suivi, vers 2012, par l’introduction de mécanismes d’enchères pour les renouvelables. « Il y a eu des pressions de la part de la Commission européenne, mais Berlin s’en est servi pour modifier l’EEG. »

Pour Hans-Josef Fell, la situation de l’Allemagne à ce moment-là était similaire à celle de pays comme l’Espagne ou l’Italie. Les sociétés allemandes d’énergies renouvelables avaient peu ou pas de moyens d’exporter leur production, et donc de compenser leurs pertes en Allemagne.

En outre, peu de choses ont été mises en place en ce qui concerne l’encadrement d’autres secteurs liés au climat. En termes de transformation, Berlin ne s’intéresse qu’à l’électricité.

« Il n’y a pas de transition en cours dans les secteurs automobile et de la construction », regrette le député, qui souligne le contraste entre la stagnation allemande, malgré un assez bon départ, et ce qu’il se passe ailleurs dans le monde. « Prenez l’exemple d’u pays comme le Costa Rica, qui est déjà arrivé à 100 % d’électricité renouvelable depuis 2015, ou la croissance des secteurs renouvelables chinois ou indiens. »

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L’image et le réel

Hans-Josef Fell a aussi souligné une nette différence entre l’image de l’Allemagne à l’étranger, un pays vert actif pour la protection du climat, et la situation actuelle. « Angela Merkel peut se poser comme une défenseuse du climat à l’étranger, mais au niveau national, elle ne prend aucune initiative, elle nous trompe », affirme-t-il.

Il fait également remarquer la différence entre le fort soutien citoyen à la transition énergétique et les réticences du gouvernement quant à l’abandon du charbon.

« Les sondages d’opinion montrent que la majorité de la population allemande soutient la transition énergétique, mais est aussi inquiète face au changement climatique. Les Allemands ressentent l’impact de l’augmentation de la température dans leur vie. 2018 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Allemagne », indique-t-il.

Pour autant, tout n’est pas négatif. « La Bavière a annoncé vouloir intégrer la protection du climat dans sa constitution. Les choses bougent aussi en Hesse et en Thuringe, même si, bien sûr, leur marge d’action est plus faible que celle du gouvernement fédéral. »

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