Le secteur de l’électricité veut jouer un rôle clé dans la transition énergétique de l’UE

Les acteurs du solaire, de l’éolien, des piles à combustible, du cuivre et des pompes à chaleur lancent l’Alliance de l’électrification. Un nouveau lobby qui veut donner à l’électricité une place clé dans le processus de décarbonisation de l’Europe.

La décarbonisation de l’économie européenne est cruciale pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris pour maintenir le réchauffement climatique en dessous des deux degrés.

Lors d’un événement à Bruxelles le 23 juin, plusieurs associations se sont réunies pour lancer l’Electrification Alliance. Une initiative ayant pour but de faire reconnaître l’électricité comme acteur essentiel de la transition énergétique européenne, qui permettra une décarbonisation efficace et dans les temps.

L’alliance est constituée de l’Union de l’industrie de l’électricité (Eurelectric), de SolarPower Europe, WindEurope, l’Institut européen du cuivre, l’association européenne des pompes à chaleur, et l’association pour le développement de la mobilité électrique (AVERE).

L’électricité étant en train de se passer des combustibles fossiles comme le charbon, l’alliance  estime que cette énergie s’avèrera avoir une « véritable valeur » dans la décarbonisation efficace de l’économie européenne. L’électricité n’est en effet pas une source de combustibles en elle-même, mais un vecteur pour d’autres combustibles. Les voitures électriques, par exemple, ne sont écologiques que si la source de l’autre côté du chargeur est écologique.

Partant de ce postulat, l’Alliance insiste sur le fait qu’elle soutiendra des réductions de l’intensité de carbone, la hausse des investissements dans les renouvelables, le stockage de l’énergie et les réseaux intelligents.

L’UE peine à se donner les moyens d'une «électricité citoyenne»

Le « paquet hiver » dévoilé le 30 novembre par la Commission, a pour objectif de faciliter la production d’électricité locale et domestique. Bien des obstacles n’ont cependant pas été levés par l’exécutif.

Dans leur déclaration, les différents groupes fixent 2050 comme l’année à laquelle l’Europe devra être décarbonisée, et reconnaissent la menace posée par le changement climatique. L’objectif est de promouvoir l’intégration sectorielle des secteurs des transports, du chauffage et de la climatisation.

Les responsables des associations participantes s’accordent tous sur l’objectif de leur projet, mais des différences notables ont été observées quant à leur optimisme.

Le secrétaire général d’Eurelectric, Kristian Ruby estime que « plus d’électricité veut dire plus d’énergie propre », et que « l’électricité devient de plus en plus décarbonisée, efficace, durable et compétitive ».

Le PDG de Solar Power, James Watson, a déclaré que près de 30 % de l’énergie européenne venait de sources renouvelables et que les prévisions montraient que plus de la moitié de la production d’électricité sera renouvelable dans 10 ans.

Le défenseur de l’énergie solaire insiste toutefois qu’une plus grande électrification de l’économie européenne « doit aller de pair avec une stratégie spécifique pour déployer plus de renouvelables ».

Au même titre, Kristian Ruby ajoute que « la transformation du secteur de l’électricité doit aller de pair avec l’électrification d’autres secteurs ».

Pour le PDG de WindEurope, Giles Dickson,  l’intégration des renouvelables fonctionne bien puisqu’elles couvrent désormais 29 % de la demande européenne en électricité. Il rappelle néanmoins que l’électricité ne représente actuellement que 22 % de la consommation énergétique de l’UE et que ce pourcentage est encore plus faible dans les secteurs du transport, du chauffage et du refroidissement.

Le secteur de l’électricité compte sur les voitures électriques

L’Europe doit faire grimper la part de l’électricité dans le transport pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, selon l’association professionnelle Eurelectric.

La déclaration de l’Alliance appelle à des réformes dans le cadre de la révision de la législation européenne en matière de climat, d’énergie et de transport afin d’accélérer les avancées de l’électrification.

Elle demande aussi à l’UE d’abattre les barrières de l’électrification pour déployer des infrastructures de recharge des véhicules électriques et des technologies de refroidissement et de chauffage efficaces et intelligentes.

Giles Dickson, de WindEurope, appelle aussi les décideurs politiques de Bruxelles à s’assurer que le paquet énergie propre de l’UE est renforcé en termes d’électrification. Il soutient que cela rendrait les systèmes énergétiques plus souples.

Bernard Respaut, responsable de l’Institut européen du cuivre, affirme que le cuivre est le « matériel de choix » de l’électrification de tous les secteurs de l’économie.

Le secrétaire général d’AVERE, Bert Witkamp, est quant à lui déçu que si peu soit fait pour électrifier les véhicules lourds et que l’UE soit à la traîne comparée à d’autres puissances comme la Chine.

L’expert de la e-mobilité ajoute que d’ici à 2030, les voitures électriques auront une autonomie de 700 km, mais il ne s’attend pas à un soutien législatif pour l’électrification. Selon lui, la meilleure voie à suivre est celle du développement du secteur privé.