Nord Stream 2 : conflit au sein du gouvernement allemand

Premier mois, premier différend : le Nord Stream 2 semble être un sujet de controverse pour le nouveau gouvernement allemand. Sur la photo (de gauche à droite) : Robert Habeck, Annalena Baerbock, Olaf Scholz, Christian Lindner, Norbert Walter-Borjans et Saskia Esken, à Berlin, le 15 octobre 2021. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

La lune de miel du nouveau gouvernement allemand «  feu tricolore  » pourrait bien être officiellement terminée. En effet, le vice-chancelier Robert Habeck a menacé de faire obstacle au gazoduc Nord Stream 2 tant controversé, dans le cadre des sanctions contre la Russie, ce qui révèle les tensions au sein de la coalition sur le projet.

Le gazoduc contourne l’Ukraine et donne à Gazprom un accès direct à son plus gros client européen, l’Allemagne, ce qui suscite l’inquiétude de certains critiques quant à une potentielle utilisation du gaz comme arme géopolitique.

« D’un point de vue géopolitique, le gazoduc est une erreur », a déclaré M. Habeck dans un entretien avec FAZ publié le 19 décembre, révélant ainsi des désaccords entre les Verts et les sociaux-démocrates (SPD) au sein du nouveau gouvernement allemand.

« Tous les États étaient contre, à l’exception de l’Allemagne et de l’Autriche », a-t-il ajouté.

La coalition de « feu tricolore », constituée du SPD, des Verts et des libéraux du FDP, a été formée en un temps record, mais les divergences entre les partis sur le gazoduc controversé sont apparues très tôt.

« Le Nord Stream 2 est un projet du secteur privé qui a été développé au point que la construction d’un gazoduc a été prévue », a déclaré le chancelier Olaf Scholz lors d’une conférence de presse aux côtés du président français Emmanuel Macron, après le sommet européen qui s’est tenu la semaine dernière à Bruxelles.

Le nouveau gouvernement allemand reprend sa position de repli sur Nord Stream 2

Le nouveau chancelier allemand et la ministre des Affaires étrangères ont fait des déclarations au cours du week-end, sans signaler un changement de politique concernant le gazoduc controversé Nord Stream 2 par rapport aux positions de l’administration Merkel.

Alors que les mouvements de troupes russes le long de la frontière ukrainienne ont alimenté les craintes d’une nouvelle invasion, les dirigeants européens ont demandé au chancelier d’être prêt à imposer des sanctions sur le Nord Stream 2, projet d’une grande importance pour le Kremlin.

M. Scholz s’est toutefois déchargé de toute responsabilité en affirmant que la décision d’approuver le gazoduc revenait désormais au régulateur allemand de l’énergie, qui a temporairement interrompu le projet le mois dernier parce que, selon le droit allemand, le consortium à l’origine de Nord Stream 2, qui est basé en Suisse, devait d’abord créer une filiale pour obtenir une licence d’exploitation.

« En Allemagne, cette décision est prise par une autorité de manière totalement apolitique », tandis qu’une éventuelle action visant à sécuriser les frontières de l’Ukraine est « une toute autre question », aurait déclaré M. Scholz en réponse à ses homologues européens selon CLEW.

Cependant, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, également membre des Verts, voit les choses différemment.

« En l’état actuel des choses, ce gazoduc ne peut être approuvé car il ne répond pas aux exigences de la législation européenne sur l’énergie », a-t-elle confié à ZDF le 12 décembre, estimant que, « quoi qu’il en soit, les questions de sécurité ne sont pas encore résolues ».

En outre, il est clair « qu’en cas de nouvelles escalades, ce gazoduc ne pourrait pas être raccordé au réseau », a-t-elle ajouté, notant que l’accord conclu avec les États-Unis au cours de la dernière année du mandat d’Angela Merkel avait prévu une disposition similaire. Les États-Unis avaient alors cherché à garantir l’intégrité territoriale de l’Ukraine sans maintenir les sanctions sur le gazoduc qui avaient suscité des critiques de la part de Berlin.

La position de l’ex-chancelière a maintenant été consolidée par son collègue, le super-ministre des Verts Robert Habeck.

« Toute nouvelle action militaire ne peut rester sans conséquences graves », a déclaré M. Habeck dans l’interview rapportée par DW, ajoutant que l’option de bloquer le gazoduc serait sur la table, s’il devait y avoir « une nouvelle atteinte à l’intégrité territoriale » de l’Ukraine.

M. Scholz ayant été officiellement nommé chancelier le 8 décembre, ce différend pourrait marquer la fin de la plus courte lune de miel jamais connue au sein d’un gouvernement allemand, et il révèle également la position difficile dans laquelle se trouve actuellement sa coalition.

L’Allemagne est fortement dépendante du gaz puisque plus de 25 % de l’énergie utilisée dans le pays provient du gaz naturel majoritairement importé de Russie.

Le Nord Stream 2 est un projet cher au SPD. En effet, le dernier chancelier du SPD avant M. Scholz, Gerhard Schröder, avait supervisé la construction de Nord Stream 1, et les puissants dirigeants du parti y sont toujours attachés. Par ailleurs, Olaf Scholz était secrétaire général du SPD sous Gerhard Schröder, ce qui témoigne de son implication de longue date dans le projet.

« Nous avons besoin de ce gazoduc », a déclaré Manuela Schwesig, la ministre-présidente SPD dans le Mecklembourg–Poméranie-Occidentale, dans une interview au Spiegel, mettant en garde contre le fait de « confondre le blocage du gazoduc avec des questions de politique étrangère ».

Le nouveau chancelier semble tiraillé entre les exigences de son parti, mais il est publiquement contesté par son vice-chancelier et certains des ministres les plus influents du gouvernement, ce qui révèle des tensions internes au sein de la nouvelle coalition gouvernementale.

Le président du PPE, Donald Tusk, considère le gazoduc évalué à 11 milliards d’euros comme la « plus grosse erreur » d’Angela Merkel, et ce projet pourrait bien continuer à agiter la politique intérieure et extérieure du pays longtemps après le départ de l’ex-chancelière.

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