Le renouvelable allemand menacé par des « zones sans éoliennes »

Le projet d’introduire une distance minimum de 1000 mètres entre les éoliennes et les bâtiments pourrait anéantir les efforts nationaux destinés à augmenter la part du renouvelable d’ici à 2030.

La réglementation, prévue par le ministère de l’Économie dirigé par Peter Altmaier (CDU), réduirait le potentiel national de l’énergie éolienne de 20 % à 50 %, estime l’Agence allemande pour l’environnement.

Si la règle des 1 000 mètres était appliquée, « l’Allemagne pourrait rater son objectif de produire 65 % d’électricité renouvelable d’ici à 2030 », a-t-elle averti le 20 novembre.

Le potentiel éolien pourrait même être réduit de 70 % à 90 % dans certaines régions. Hambourg, la Rhénanie-du-Nord–Westphalie et le Schleswig-Holstein seraient particulièrement touchés.

L’Allemagne tire la croissance de l’éolien en Europe

L’Allemagne comptabilise à elle seule 42 % des nouvelles capacités éoliennes de l’UE en 2017, année record pour le secteur.

À l’heure actuelle, 0,9 % du territoire allemand est susceptible d’accueillir la construction d’éoliennes, même si, pour l’heure, seulement la moitié de cette surface a été utilisée. En théorie, 81 gigawatts d’énergie éolienne pourraient être installés dans ces zones, ce qui est largement suffisant pour atteindre l’objectif de 65 % d’énergie renouvelable en 2030.

Mais si la distance minimale entre les éoliennes et les habitations était fixée à 1 000 mètres, seule une augmentation beaucoup plus limitée, allant de 43 à 63 gigawatts, serait possible.

Bagarre au sein du gouvernement

La nouvelle distance minimale prévue entre les éoliennes et les bâtiments a pour but d’éviter les protestations des citoyens contre les projets éoliens.

Selon le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, la distance moyenne de 700 mètres qui sépare actuellement les éoliennes des bâtiments pose problème. « Ces 700 mètres n’ont pas été suffisants pour réduire le retard accumulé dans l’octroi de permis, pour décourager les initiatives citoyennes et pour construire suffisamment d’éoliennes », a-t-il déclaré à la radio Deutschlandfunk le 18 novembre.

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La crise aiguë de l’énergie éolienne en Allemagne n’a rien à voir avec la réglementation actuelle en matière de distance, a poursuivi le ministre. Le principal problème, estime-t-il, c’est qu’aucune nouvelle zone n’est approuvée.

« Nous n’approuvons pas cette proposition », a pour sa part déclaré la ministre de l’Environnement Svenja Schulze. Le projet aurait dû être adopté le 18 novembre par le cabinet fédéral, mais la décision a été ajournée en raison du désaccord entre les ministres.

L’industrie de l’énergie éolienne a également formulé des critiques, bien que Peter Altmaier ait parallèlement présenté de nombreuses mesures destinées à favoriser le secteur éolien.

Dans une lettre adressée au ministre, de grandes associations industrielles ont écrit que la mesure des 1 000 mètres « réduirait à néant tout effort ultérieur pour renforcer le développement de l’énergie éolienne et affaiblirait considérablement l’énergie éolienne terrestre ».

La nouvelle distance minimale pour les éoliennes avait déjà été décidée par le cabinet en septembre dernier et figurait dans le paquet climatique présenté par le gouvernement.

Toutefois, ce n’est que la semaine dernière que le ministère de l’Économie a publié son projet de règlement sur l’abandon progressif du charbon. Celui-ci précise clairement qu’un lotissement peut être constitué d’un ensemble de cinq maisons. Il stipule également que les règles s’appliqueront dans les zones bâties, mais aussi dans les futures zones de construction.

Tout cela réduit considérablement la surface disponible pour de futures éoliennes et rend également impossible le « repowering », soit le remplacement d’anciennes éoliennes par de nouvelles.

D’après la réglementation actuelle, il est possible de remplacer 53 % de toutes les éoliennes situées sur le territoire allemand. Mais, si les nouvelles règles entrent en vigueur, cette proportion tombera alors à 35%, a écrit l’agence pour l’environnement.

Les Länder font également de la résistance. Réunis à Hambourg vendredi 15 novembre, leurs ministres de l’Environnement ont annoncé qu’ils s’opposeraient au nouveau règlement.

Les différents États peuvent cependant contourner la réglementation, car le paquet climatique du gouvernement fédéral prévoit une clause dérogatoire. En pratique, les Länder sont libres de fixer leurs propres distances minimales dans un délai de 18 mois, et celles-ci peuvent être plus courtes que les 1000 mètres décidés par Peter Altmaier.

Pour l’heure, la Basse-Saxe et le Schleswig-Holstein ont annoncé leur intention de faire jouer la clause dérogatoire.

Débat en Europe

Le débat sur la distance minimale entre les éoliennes et les zones d’habitation n’agite pas seulement l’Allemagne. En France également, le périmètre actuel de 500 mètres sera étendu à 1 000, voire 1 500 mètres.

Comme il n’existe pas de réglementation à l’échelle de l’UE, les règles varient d’une région à l’autre. Selon une étude de la Commission européenne, la plupart des États membres de l’UE ont fixé une distance minimale de 500 mètres entre les grandes éoliennes et les bâtiments.

En Suède, en Hongrie, en Estonie et en Finlande cependant, la distance minimale est de 1 000 mètres, alors que la Pologne prévoit même un périmètre de 1 250 mètres de large autour d’une turbine.

Dans son étude, la Commission a proposé une distance de 700 mètres pour les éoliennes autonomes, en particulier pour les plus grandes et les plus bruyantes.

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