Les futures centrales nucléaires polonaises attirent les critiques des pays voisins

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La Pologne prévoit de construire six centrales nucléaires et doit informer ses voisins des potentielles conséquences pour l’environnement. Mais à part à l’Autriche, elle n’a encore rien dit à personne. Un article d’Euractiv Allemagne.

La construction de la première centrale nucléaire en Pologne devrait débuter dans quatre ans dans le village de Zarnowiec, près de la mer Baltique, à 150 kilomètres seulement de la frontière allemande.

Berlin est outré, puisqu’aucune étude d’impact environnemental n’a été réalisée. Une telle étude est pourtant obligatoire en vertu du droit international.

Dans une lettre envoyée au ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier (CDU) fin novembre 2019, la députée écologiste Sylvia Kotting-Uhl souligne qu’il est « incompréhensible et inacceptable » que l’Allemagne n’ait pas encore entendu parler du sujet.

Peter Altmaier a appelé la présidente de la commission sureté nucléaire du Bundestag (parlement allemand) à faire usage du droit international et à réclamer une consultation avec le gouvernement polonais. Une demande qui est pour l’instant restée lettre morte.

Il y a un an, en novembre 2018, le gouvernement polonais avait présenté une première version de son projet national pour le climat à l’horizon 2040. Il envisage la construction de six nouvelles centrales nucléaires, dont deux seront construites sur la côte de la mer Baltique, à Żarnowiec ou à Kopalino.

Entre 2024 et 2043, neuf gigawatts d’énergie nucléaire seront connectés au réseau électrique polonais, et les centrales auront une durée de vie estimée à 60 ou 80 ans. Le projet indique que la première unité pourrait devenir opérationnelle en 2033.

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Pas d’impact environnemental sur les autres pays

Dans le cas de grands projets de construction, y compris dans le cas de la construction de centrales nucléaires par exemple, les États sont obligés de mener à bien une étude d’impact environnemental transfrontalière.

Une règle dictée par la Convention d’Espoo de l’ONU, signée en 1991, qui stipule que les États concernés par les potentiels dégâts environnementaux causés par un projet de construction peuvent aussi réclamer une consultation avec le pays en question.

Dans le cas de la construction des centrales nucléaires polonaises, rien de cela n’a été fait.

Dans le cadre d’une étude d’impact environnemental effectuée pour la Stratégie énergie 2040, il a été montré « qu’aucune conséquence environnementale importante sur d’autres États membres » n’avait été trouvée, explique une lettre de Artur Soboń, secrétaire d’État au ministère polonais des actifs de l’État.

La construction de six centrales nucléaires n’aura pas d’influence sur les États voisins, assure-t-on côté polonais. Puisqu’aucune demande d’étude d’impact n’a été faite du côté allemand, pas de raison d’en effectuer une.

Pour la députée Sylvia Kotting-Uhl, la situation est tout autre. La Pologne viole le droit international en « ignorant délibérément l’obligation de faire part de ses projets de centrales nucléaires », a-t-elle écrit en réponse à Euractiv.

Vienne critique le projet

Le ministère allemand des Affaires économiques semble moins inquiet. Un secrétaire d’État a répondu à Sylvia Kotting-Uhl en expliquant que puisque le ministère de l’Économie n’avait pas été notifié d’un possible impact environnemental du projet sur l’Allemagne, il n’avait pas insisté sur l’obtention d’une telle étude auprès de la Pologne.

La situation en Autriche est différente. Même si le pays est géographiquement plus éloigné, les habitants de Vienne réfléchissent depuis quelque temps à ce projet nucléaire en Pologne. Il y a un an environ, ils ont demandé une étude d’impact transfrontalière.

Celle-ci a été achevée il y a deux semaines, et l’Agence autrichienne pour l’environnement a depuis émis un avis sur le sujet, qui soulève certaines inquiétudes vis-à-vis du projet de construction polonais. Alors que l’avenir des déchets radioactifs est encore flou, la Pologne manque aussi de stratégie pour de possibles conséquences à l’étranger dans le cas d’un accident ou d’une attaque des centrales nucléaires.

En outre, un réacteur à haute température est prévu pour l’une des centrales, pour laquelle il n’existe pas de réglementation internationale.

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Selon l’agence autrichienne pour l’environnement, l’argument de la Pologne consistant à dire qu’une étude d’impact pour le programme nucléaire avait été effectuée en 2011, sans identifier les possibles conséquences transfrontalières des centrales, est nul et non avenu.

Elle rappelle que ces dernières années, à la suite de l’accident de Fukushima, les règles d’évaluation de la sécurité et des risques des centrales nucléaires ont changé.

La Pologne, pas la seule à parier sur l’énergie nucléaire

Berlin est également en train d’examiner la possibilité de soumettre une demande de consultation, selon la lettre du secrétaire d’État à l’Économie.

Sylvia Kotting-Uhl a quant à elle porté plainte le 11 février aux côtés du responsable de la Commission économique de l’ONU pour l’Europe, qui surveille les études d’impact environnemental transfrontalières.

Avant la prise de la présidence tournante de l’UE, en juillet, le gouvernement devrait « enfin accepter son rôle pionnier pour une sortie progressive du nucléaire dans toute l’Europe et agir de manière décisive en ce sens », a-t-elle martelé.

Cela ne change toutefois pas le fait que la Pologne deviendra probablement dépendante de l’énergie nucléaire. Après tout, le pays obtient actuellement près de 80 % de son énergie de centrales à charbon et est sous une forte pression pour réduire drastiquement ses émissions de CO2.

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Et la Pologne n’est pas le seul pays à parier sur un avenir nucléaire : lors du sommet européen de décembre, la République tchèque, la Hongrie et la France, notamment ont défendu l’inclusion d’une clause supplémentaire dans la déclaration finale pour permettre d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 grâce à l’énergie nucléaire entre autres.

Chaque pays peut décider ce qui est le mieux pour lui, puisque les États membres ont gardé la souveraineté sur leur bouquet énergétique.

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