La Pologne pleure les subventions au charbon

Pour le secteur énergétique polonais, la distinction faite par le Parlement européen entre les « réserves stratégiques », éligibles aux aides publiques, et les « mécanismes de capacité », qui devraient être progressivement éliminés, est « totalement inacceptable ». [Shutterstock]

Le secteur de l’énergie polonais déplore l’abandon des subventions pour le charbon, qu’il juge être une décision à « deux poids deux mesures ». En effet, l’Union ne s’attaque pas aux centrales au charbon en Allemagne dans la révision de la directive sur le marché de l’électricité.

L’élimination progressive des subventions pour les « mécanismes de capacité » finira par « étouffer » la transition de la Pologne vers un bouquet énergétique à faibles émissions de CO2.  C’est ce qu’assurent des responsables polonais de l’industrie de l’énergie.

Pour le secteur énergétique polonais, la distinction faite par le Parlement européen entre les « réserves stratégiques », éligibles aux aides publiques, et les « mécanismes de capacité », qui devraient être progressivement éliminés, est « totalement inacceptable ».

« Je n’aime vraiment pas la distinction entre les ‘réserves stratégiques’ et les ‘mécanismes de capacité’, car elle ne fait qu’autoriser certains pays et pas d’autres à continuer à exploiter leurs centrales au charbon », a déclaré Monika Morawiecka, de l’Association polonaise de l’électricité (PKEE).

« Nous [la Pologne] avons un mécanisme de capacité alors que d’autres pays ont des réserves stratégiques », a-t-elle précisé, en référence à l’Allemagne et la Belgique qui ont reçu le feu vert de l’UE pour subventionner leurs « réserves stratégiques », permettant d’éliminer progressivement la production d’énergie nucléaire.

« C’est totalement inacceptable », a déclaré Monika Morawiecka lors d’un événement Euractiv le 20 mars, en partenariat avec la PKEE.

« Ces deux mécanismes ont le même objectif : assurer la sécurité d’approvisionnement », a-t-elle soutenu, affirmant « qu’il n’y a vraiment aucune raison de les traiter différemment ».

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Élimination des subventions pour le charbon

Les financements publics pour les centrales au charbon sont au cœur des discussions sur la réforme du marché de l’électricité européen.

Les centrales au charbon produisent 84 % de l’électricité de la Pologne. Or, l’Union fait fortement pression sur le pays pour qu’il se tourne vers des ressources énergétiques à faible émission de carbone, dans le cadre des engagements de l’accord de Paris.

La Commission européenne a demandé l’interdiction des financements publics aux centrales émettant plus de 550g de CO2/kWh – une proposition qui exclut effectivement les subventions pour les centrales au charbon et certaines centrales à gaz inefficaces.

Les centrales nucléaires, en revanche, n’émettent presque pas de dioxyde de carbone et peuvent donc bénéficier de financements dans le cadre du nouveau régime de l’UE, aux côtés d’autres sources d’énergie à faible émission de carbone.

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À partir de l’entrée en vigueur de la réforme, les nouvelles centrales polluantes ne recevront pas de subventions, mais les centrales déjà existantes auront droit  à « une période de transition de cinq ans », a indiqué Florian Ermacora, un responsable autrichien de la direction générale de l’énergie de la Commission.

Les ministres européens de l’énergie se sont en revanche montrés « plus généreux » sur le calendrier, tandis que le « Parlement était plus proche de la proposition de la Commission ». La principale différence est la distinction faite entre réserves stratégiques et mécanismes de capacité, a-t-il expliqué lors de l’événement Euractiv.

Le Parlement et le Conseil européen doivent se mettre d’accord sur un texte identique avant que la réforme soit acceptée, ce qui engendrera un débat houleux dans les prochains mois.

Un accord attendu sous la présidence autrichienne

« Ce sera certainement à la présidence autrichienne du Conseil de conclure  cette réforme du marché », a estimé Benedikt Ennser, haut fonctionnaire du ministère autrichien de l’énergie et du développement durable.

En février, la Commission européenne a autorisé six pays, dont la Pologne, à exploiter leur mécanisme de capacité pour une période de dix ans, provoquant la colère d’eurodéputés verts qui accusent l’exécutif de permettre à Berlin et à Varsovie de subventionner les centrales au charbon.

L’essentiel est que les mécanismes de capacité qui ont obtenu l’autorisation de l’UE puissent continuer d’opérer pendant un certain temps, indépendamment de la limite de 550g, a admis Florian Ermacora.

« L’autorisation de financements publics par la Commission ainsi que la clause de droits acquis » pour les mécanismes de capacité déjà existants, décidée par les ministres européens de l’énergie lors du Conseil en décembre, ont « clairement calmé le débat » a-t-il indiqué, affirmant que « cela satisfait la Pologne ».

C’est maintenant au tour des États membres et du Parlement de parvenir à un compromis final, a-t-il ajouté, suggérant qu’il y avait encore une marge de négociations sur le calendrier pour l’élimination progressive des programmes de subventions. « Nous sommes bien loin d’une situation noire ou blanche. »

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Les désaccords demeurent nombreux entre les États membres quant à « l’approche générale » sur les énergies propres. Les capitales sont notamment très divisées sur les subventions aux centrales au gaz et au charbon.

Au final, ce sera à la Pologne d’indiquer sa position lors des négociations en trilogue avec la Commission et le Parlement, a-t-il déclaré.

Monika Morawiecka estime elle aussi que l’autorisation de financements publics a calmé les négociations. L’exécutif européen a reconnu que la sécurité d’approvisionnement en Pologne était problématique, a-t-elle déclaré, ce qui explique pourquoi il a autorisé le mécanisme de capacité polonais.

Empêcher Varsovie d’utiliser ce mécanisme quelques mois seulement après son approbation est illogique, estime-t-elle. Pour elle, l’accord dégagé lors du Conseil de décembre est « un compromis très raisonnable ».

Monika Morawiecka a également rejeté les accusations des groupes de défense de l’environnement, selon lesquelles la Pologne résistait activement à l’abandon de l’électricité au charbon. « Nous ne voulons pas continuer comme avant », assure-t-elle, soulignant les investissements dans l’éolien offshore, consentis dans le cadre de la stratégie polonaise de décarbonisation.

Quant aux mécanismes de capacité, approuvés par la Commission en février, « n’oubliez pas que ce ne sera que pour dix ans », ajoute la représentante.

Contactée par Euractiv, la représentation polonaise à l’UE de Bruxelles n’a pas souhaité faire de commentaire. Une source informée a cependant soutenu l’idée de l’Association polonaise de l’électricité, selon laquelle les réserves stratégiques ne devraient pas bénéficier d’un régime spécial.

« Si nous voulons être cohérents, nous devrions établir la même limite, ou ne pas établir de limite du tout, pour les mécanismes qui ont un effet similaire, comme les réserves stratégiques et les marchés de capacités », poursuit-elle. « La différenciation n’a aucun vrai bénéfice et est contre-intuitive.»

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