Bucarest prépare une présidence de l’UE à contre-courant sur le climat

La Roumanie veut faire du « prix et de l’accessibilité » de l’énergie un des principes phares de sa présidence de l’UE. Quitte à miser sur le nucléaire, le gaz et le charbon.

La Roumanie succédera à l’Autriche et reprendra les rênes de la présidence tournante de l’UE le 1er janvier. Si le contexte politique sera fortement marqué par le Brexit et les élections européennes de mai 2019, c’est sur l’agenda énergétique que les projets roumains sont les plus surprenants.

« Dans l’ensemble, le changement climatique sera en haut de notre programme politique. Notamment la décarbonisation des transport », a assuré une source diplomatique roumaine à Bruxelles le 25 octobre.

La politique climatique internationale prendra aussi une place importante durant cette période. En novembre, la Commission européenne présentera sa stratégie visant à réduire les émissions de carbone pour 2050, en lançant un processus de consultation qui durera un an avec les États membres de l’UE, les associations de l’industrie et d’autres acteurs. Elle se terminera fin 2019.

En coulisse, la bataille pour le climat fait rage

Les projets climatiques à long terme de l’Europe sont mis en danger par les désaccords entre Etats membres et la peur de mener seule la bataille contre le réchauffement climatique.

Les discussions seront centrées sur les voies potentielles à emprunter pour parvenir à émissions nettes nulles d’ici à 2050, conformément à l’accord de Paris sur le changement climatique. Et la Roumanie veut « s’assurer que tout le monde soit représenté dans cette discussion ».

Tous les Conseils européens devront contribuer, a annoncé le diplomate – y compris les ministres de l’Environnement, de l’Économie, de la Compétitivité, du Transport et même de l’Éducation. L’industrie participera aussi aux consultations, et notamment le secteur de l’énergie nucléaire.

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. « Nous sommes tout à fait favorables au nucléaire en tant que source d’énergie à faibles émissions de carbone », a déclaré le diplomate, qui a fait remarquer que la Roumanie avait la capacité de production nucléaire la plus faible d’Europe.

Bucarest prévoit donc de l’augmenter, dans le cadre d’une stratégie énergétique. Rien n’est encore décidé, « mais si nous suivons nos plans, ce sera durant la seconde moitié de la prochaine décennie », a déclaré la source.

Bucarest a aussi les yeux rivés sur le développement de nouvelles ressources en gaz. Le pays espère devenir  « bientôt 100 % indépendant » grâce au gazoduc Bulgarie-Roumanie-Hongrie-Autriche (BRUA) qui passera sous la mer Noire.

La construction a commencé en juin cette année, avec l’aide d’une subvention de la Commission de 180 millions d’euros, des prêts de la Banque européenne d’investissement et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, s’élevant respectivement à 50 et 60 millions d’euros.

Les renouvelables ont mauvaise presse en Roumanie

Bien évidemment, les énergies renouvelables prennent de plus en plus de place. La Roumanie a de nombreuses installations solaires et éoliennes, et la production d’électricité issue de ces sources atteint entre 30 et 40 % de la production totale en fonction de la journée.

Néanmoins, les deux moteurs de la politique énergétique du pays sont « le prix et l’accessibilité », a souligné le diplomate, une des raisons pour laquelle les renouvelables ont actuellement mauvaise presse en Roumanie.

Bucarest a accordé de « généreuses subventions » à l’énergie éolienne à la fin des années 2000, qui sont retombées sur la facture des consommateurs. « Donc maintenant, même si la technologie a évolué et que les prix ont baissé, le public a une mauvaise image des renouvelables. »

Voilà pourquoi le gaz a grimpé dans l’agenda politique du pays, explique-t-il. Le besoin de diversifier les sources et les routes d’approvisionnement est devenu central pour le gouvernement roumain. Et aussi parce que la sécurité d’approvisionnement reste dans tous les esprits.

Amateurs de charbon 

Pour le charbon, c’est la même histoire. « Ce n’est pas que nous soyons des amateurs de charbon, mais il est là. Et il est abordable », se justifie le diplomate roumain, rappelant que les ruptures d’approvisionnement en hiver en Roumanie étaient un problème récurrent à l’époque communiste et sont encore très vivantes dans la mémoire collective.

L’accessibilité et la sécurité d’approvisionnement sont les principales raisons pour lesquelles la Roumanie « envisage de nouveaux investissements dans le charbon », même si aucune décision officielle n’a encore été prise et que toutes les centrales à charbon devront être équipées d’une technologie de captage et stockage de CO2 pour atténuer les émissions, a-t-il prévenu.

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Leadership de l’UE

En réalité, la politique énergétique et les réductions de CO2 sont des domaines où la Roumanie estime que l’UE devrait faire preuve de moins de dogmatisme.

« À un moment donné, si nous sommes vraiment sérieux sur le climat, les engagements des gros émetteurs devaient être synchronisés », a-t-il commenté.

L’UE est déjà en tête de peloton en la matière, mais « elle doit être suivie, elle doit servir d’exemple », a insisté le diplomate, qui affirme que la question est de savoir comment pousser les gros pollueurs comme la Chine, l’Inde et d’autres à prendre des actions plus concrètes.

« Nous ne pensons pas qu’il est utile que l’UE augmente sans arrêt ses engagements », a-t-il estimé, faisant écho aux propos d’Angela Merkel, qui s’est opposée en août à une hausse des objectifs de réduction d’émissions.

« Car même si nous augmentons nos engagements de 100 ou de 200 %, cela n’aura aucun effet sur le climat si les gros émetteurs ne suivent pas. »

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