Borissov et Poutine préparent toujours des interconnexions gazières

Boyko Borissov et Vladimir Poutine se sont penchés de nombreuses fois sur des projets énergétiques entre les deux pays. [Vassil Donev/EPA]

Boyko Borissov, le Premier ministre bulgare, et Vladimir Poutine, le président russe, ont parlé de projets d’énergie ambitieux en Bulgarie, impliquant la Russie, lors d’une conversation téléphonique.

La Russie et la Bulgarie se sont penchées de nombreuses fois sur des projets énergétiques entre les deux pays, sans résultat, à l’exception d’un lourd fardeau financier pour le budget bulgare.

Les deux chefs d’État se sont entretenus au téléphone un jour après la visite du patriarche Cyrille de Moscou pour le 140e anniversaire du traité de San Stefano (3 mars 1878), qui marque la défaite de l’Empire ottoman dans la guerre russo-turque de 1877-1878. La fête nationale de la Bulgarie est également le 3 mars.

Lors de l’entretien téléphonique, Boyko Borissov aurait présenté son projet pour la construction d’une autre centrale nucléaire à Béléné, en Bulgarie. Il a assuré à Vladimir Poutine que ses homologues des Balkans occidentaux souhaitaient que Béléné devienne un projet commun dans les Balkans, a indiqué le bureau des informations du gouvernement bulgare.

L'annulation du projet de centrale nucléaire russe en Bulgarie pourrait coûter 1 milliard d'euros au pays

L’entreprise russe Atomstroyexport espère obtenir 1 milliard d’euros de compensation suite à la décision de la Bulgarie d’annuler son projet de construction d'une centrale nucléaire à Béléné, près du Danube. Un reportage de Dnevnik, le partenaire d’EURACTIV en Bulgarie. 

Boyko Borrisov a de grands projets pour dépenser les fonds européens dans les Balkans, dont la Bulgarie est la pièce maitresse. Il est cependant moins évident de déterminer dans quelle mesure l’UE et les institutions financières suivraient les conseils du Premier ministre bulgare sur l’utilisation des fonds européens.

Vladimir Poutine aurait indiqué que son pays était prêt à prendre part aux discussions lors de la reprise des travaux sur le projet de centrale nucléaire, qui avait été abandonné par le gouvernement de Boyko Borissov en 2012 suite à la pression occidentale.

La Bulgarie dépend de la Russie pour 89 % de son pétrole, 100 % de son gaz naturel et 100 % du combustible nucléaire nécessaire pour la centrale de Koszlodouy, dont deux réacteurs sont en activité.

Boyko Borissov et Vladimir Poutine se sont penchés sur  la construction d’un centre gazier dans les Balkans et « la possibilité d’approvisionner directement la Bulgarie en gaz. Cependant, les discussions sur l’énergie entre la Russie et la Bulgarie sont chargées d’un lourd passé historique. En effet, le gouvernement Borissov a suspendu le projet de gazoduc South Stream, qui devait acheminer 63 milliards de mètres cubes de gaz russe par an sous la mer Noire, vers la ville portuaire bulgare de Varna.

La Commission européenne a effectivement fait pression pour suspendre le projet car celui-ci était contraire à la législation européenne. En effet, le troisième paquet énergie de l’UE spécifie que les gazoducs situés au sein de l’UE ne peuvent pas appartenir à l’entité qui extrait le gaz, afin de ne pas nuire à la concurrence. En outre, l’accord intergouvernemental prévoyait entre autres que le gazoduc soit uniquement exploitable par des fournisseurs de gaz bulgares, russes et grecs. Le projet South Stream a donc été abandonné en 2014.

La Russie tire une croix sur South Stream

La suspension du projet South Stream représente une nouvelle étape de la diplomatie du gaz de la Russie. Le nouveau tracé du gazoduc par la Turquie symbolise le lien diplomatique entre les deux pays.

La Russie s’est immédiatement tournée vers la Turquie, remplaçant South Stream par Turkish Stream, un gazoduc permettant d’acheminer le gaz russe en Turquie. Aucune décision n’a été prise concernant ce gazoduc, et la possibilité qu’il puisse atteindre la Bulgarie existe toujours.

La Commission vilipende le "Turkish Stream"

Le commissaire Maroš Šef?ovi? a déclaré le 4 février que le projet de gazoduc appelé « Turkish Stream » n’était pas viable. La Commission organise une rencontre ministérielle confidentielle à Sofia le 9 février, afin de discuter des alternatives au gaz russe dans la région.

Boyko Borissov s’est beaucoup investi pour la création d’un centre gazier pour les Balkans près de Varna. Un projet sensé, surtout si le second gazoduc russe arrive en Bulgarie.

La construction du gazoduc Turkish Stream aurait également été abordée, Vladimir Poutine aurait apparemment indiqué que le projet était sur la bonne voie. Le Premier ministre bulgare lui aurait assuré que l’interconnexion entre la Bulgarie et la Turquie devrait être opérationnelle le 1er juin. « L’éventualité d’une extension du Turkish Stream directement vers les Balkans a été envisagée », ont indiqué les services du Premier ministre.

Les deux chefs d’État ont également discuté d’une possible rencontre bilatérale durant la présidence bulgare du Conseil européen. Le président bulgare, Rumen Radev, a invité son homologue russe en 2018, mais pour l’instant le programme du gouvernement ne prévoit pas cette visite.

Le communiqué du Kremlin indique seulement que Boyko Borissov et Vladimir Poutine se sont félicités à l’occasion du 140e anniversaire de la libération de la Bulgarie après la guerre entre la Russie et la Turquie, et que des projets énergétiques ont été discutés.

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