Quand les renouvelables menacent l’industrie allemande

La chancellière allemande Angela Merkel avec le président du SPD Sigmar Gabriel. [EPA/KAY NIETFELD]

L’Allemagne risque de voir certains grands groupes industriels quitter le pays pour fuir le coût de la transition énergétique, selon le ministre allemand de l’Économie, Sigmar Gabriel.

« Nous devons faire en sorte, en Allemagne, que les industries à forte consommation d’énergie restent épargnées par la loi EEG », la loi allemande sur les énergies renouvelables, a expliqué Sigmar Gabriel à la presse lors d’un déplacement à Bruxelles, où il devait rencontrer des membres de la Commission européenne.

« Toute autre solution reviendrait à désindustrialiser l’Allemagne. Ce n’est pas une exagération. L’Europe n’a aucun intérêt à pénaliser l’industrie allemande. »

Enquête de la Commission

En décembre, la Commission européenne a annoncé son intention d’enquêter sur la gestion par Berlin des aides et des exonérations fiscales accordées aux grands industriels pour alléger leur contribution au financement de la transition énergétique.

Cette décision a ravivé les inquiétudes des industriels qui redoutent une augmentation des prix de l’énergie, déjà peu compétitifs. Écologistes et défenseurs de l’environnement ont également tiré la sonnette d’alarme, craignant que cette enquête ne compromette la détermination de l’Allemagne à réduire sa dépendance aux énergies fossiles.

Les autorités allemandes admettent la nécessité d’une réforme de ce dispositif fiscal et tarifaire mais tiennent à protéger leur industrie au moment où les entreprises américaines bénéficient de la chute des prix de l’énergie liée à l’essor spectaculaire du gaz de schiste dans le pays.

Les décideurs politiques européens ont également lancé un débat sur une politique plus vaste en matière d’énergie et d’environnement. Plus tard ce mois-ci, ils devraient publier les comptes-rendus des discussions sur les objectifs à l’horizon 2030. Ces derniers visent à poursuivre la stratégie sur les énergies vertes de 2020.

Sigmar Gabriel, ministre en charge de l’Énergie et de l’Économie, ainsi que sept autres ministres européens ont demandé à la Commission dans un courrier commun d’établir des objectifs à l’horizon 2030 à la fois sur l’utilisation des énergies renouvelables et sur la réduction des émissions de carbone.

>> Lire : Huit pays de l’UE lancent un appel en faveur des énergies renouvelables

Pour 2020, l’Union européenne dispose déjà de deux objectifs dans ces domaines. Mais certains États, à l’instar de la Grande-Bretagne, et les entreprises énergétiques, comme l’allemand E.ON, affirment qu’il est plus efficace de n’avoir qu’une seule ambition.

Nos voisins d’outre-Manche sont particulièrement enclins à un objectif assez ambitieux en matière de réduction des émissions de carbone. Ce qui pourrait encourager le recours au nucléaire qui n’émet aucune émission.

Le gouvernement allemand souhaite, pour sa part, appliquer un objectif sur les énergies renouvelables afin de contribuer à la poursuite de sa transition énergétique (Energiewende) du nucléaire vers des énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire.

Un marché du carbone fort

Un marché du carbone fort faciliterait également cette transition. Les industries lourdes allemandes craignent toutefois que cela ne fasse grimper les coûts. En raison de cette inquiétude, l’Allemagne n’a pas adopté la politique européenne de soutien au système d’échange de quotas d’émission (ETS) avant les élections fédérales de l’année dernière.

Des représentants de l’UE devraient prochainement voter sur une proposition visant à supprimer certains quotas de carbone de l’ETS. Sigmar Gabriel affirme maintenant qu’il soutient un marché plus fort.

« Nous devons remettre l’échange des crédits carbone sur les rails. Si les certificats de CO2 sont bon marché, alors les centrales à charbon sont moins onéreuses que les centrales modernes au gaz. Nous devons changer cette situation », explique-t-il.

BusinessEurope, la puissante organisation qui représente les employeurs, a invité en mai 2013 le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, à apporter un changement drastique à la politique énergétique de l’UE. Il souhaite que l’exécutif européen axe sa politique sur la compétitivité en termes de coûts et la sécurité d’approvisionnement, et non plus sur la lutte contre le changement climatique.

Le sommet européen du 22 mai 2013 consacré à l'énergie, dont l'objectif était de diminuer les prix et de stimuler la compétitivité industrielle de l'Union, n'a abouti à aucune décision concluante.  [plus d'infos]

Günther Oettinger, le commissaire européen en charge de l'énergie, a dévoilé un document relatif à l'intervention publique dans la production d'énergie. Il prévient que les prix de l'énergie dans l'UE continueront d'augmenter si les gouvernements ne prennent pas de mesures en vue de réduire les subventions vertes.

Comme la plupart des énergies renouvelables sont toujours plus onéreuses que les énergies fossiles, différents systèmes de soutien ont été mis en place afin d'accélérer leur introduction et ainsi atteindre l'objectif de l'UE de puiser 20 % de son énergie dans des sources renouvelables d'ici 2020.

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