Rencontre entre l’UE et la Russie sur l’approvisionnement en gaz

Gas pipeline. Ukraine, 2011. [World Bank/Flickr]

Bruxelles, Moscou et Kiev tiendront une réunion trilatérale sur la question de l’approvisionnement en gaz russe de l’Europe et de l’Ukraine. Vladimir Poutine compte en effet couper l’approvisionnement en gaz si l’Ukraine ne régle pas sa facture rapidement.

L’approvisionnement en gaz russe de l’Ukraine et de l’Union européenne est sur la sellette. Le commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger, et le ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, se sont accordé sur la nécessité d’une réunion trilatérale dans les plus brefs délais, a indiqué la porte-parole du commissaire, Sabine Berger, à EURACTIV.

La rencontre pourrait avoir lieu le 2 mai prochain à Varsovie, selon les accords entre Günther Oettinger et Alexander Novak. Le ministre ukrainien de l’Énergie, Iouri Prodan, aurait donné son accord de principe pour la date et l’endroit de cette réunion.

Iouri Prodan avait déclaré le 8 avril dernier que le gaz avait connu une brusque hausse de sa valeur passant de 268,50 dollars à 485,50 dollars les mille mètres cubes sous la contrainte de Moscou et avait assuré que l’approvisionnement en gaz de l’Europe pouvait être coupé « à tout moment » par la Russie.

Le prix du gaz : levier diplomatique pour la Russie

Lorsque l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch avait refusé de signer l’accord d’association avec l’Union européenne au profit d’un rapprochement avec la Russie à la place, Gazprom avait alors baissé le prix du gaz destiné à l’Ukraine d’un tiers, soit 268 dollars par mille mètres cubes.

En février dernier, un gouvernement proeuropéen intérimaire a pris le pouvoir. Depuis lors, Gazprom a relevé ses tarifs de 80 % environ, soit 485 dollars par mille mètres cubes.

Le premier ministre ukrainien Arseni Yatseniouk a affirmé que son pays était prêt à payer Gazprom à hauteur de 268 dollars par mille mètres cubes de gaz et rembourserait sur le court terme sa dette de 2,2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros).

Il a également assuré que Naftogaz, compagnie énergétique nationale ukrainienne, a lancé une procédure en vue d’envoyer Gazprom devant un tribunal d’arbitrage à Stockholm sur la question de l’inflation excessive du prix du gaz.  Enfin, Arseni Iatseniouk a lancé un ultimatum de 30 jours à la Russie pour répondre aux propositions de Kiev.

Échange épistolaire sous haute tension

Dans un courrier datant du 11 avril envoyée à plusieurs dirigeants européens, le président russe Vladimir Poutine avait mis en garde l’UE et proposé de « travailler sur des actions concertées visant à stabiliser l’économie de l’Ukraine et à assurer la livraison et le transit de gaz naturel russe en conformité avec les termes et conditions fixées dans le contrat ».

Dans sa réponse, José Manuel Barroso a demandé à la Russie de continuer à assurer la fourniture en gaz et accepté en contrepartie de tenir une réunion trilatérale en vue de trouver un compromis sur l’approvisionnement.

« Les consultations proposées devraient permettre d’éviter un scénario défavorable et assurer la sécurité d’approvisionnement et de transit, tout en jetant les bases pour mettre en place une coopération structurée, qui portera notamment sur la modernisation du système de transit gazier de ukrainien », peut-on lire dans la lettre du président de la Commission.

Un futur consortium ?

Moscou a cherché jusqu’à maintenant à instaurer un consortium bilatéral avec l’Ukraine, qui s’occuperait non seulement de la gestion du gaz, mais aussi serait propriétaire du système de transport gazier. Mais l’Ukraine préfère qu’il y ait un trilogue entre l’UE, l’Ukraine et la Russie en vue d’assurer l’opérationnalité du système de transport du gaz entre les trois parties. De son côté, l’UE oppose qu’elle ne peut participer à un projet commercial. Selon ses termes, ce sont les sociétés européennes, elles-mêmes, qui devraient y prendre part à sa place, et le financement du projet devrait provenir d’une institution financière internationale.

Entre temps, la Russie a durci sa position et alourdi la facture de gaz de l’Ukraine de 11,4 milliards dollars supplémentaires, soit 8,25 milliards d’euros. Naftogaz n’aurait en effet pas honoré la clause de « Take or Pay » comprise dans son contrat avec le Russe Gazprom, clause par laquelle le vendeur garantit la mise à disposition du gaz auprès de l’acheteur, qui en contrepartie s’engage à payer une quantité minimale d’énergie, sans qu’il en ait pour autant fait nécessairement usage.

La crise en Ukraine a éclaté quand son ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, ce qui a engendré des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant Orient et Occident depuis la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après s'être soulevés le 6 avril dernier.

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