La Russie alerte sur une crise du gaz imminente

Vladimir Chizhov [European Commission]

Vladimir Chizhov, l’ambassadeur russe auprès de l’UE, a prévenu que les Européens pourraient rester dans le froid cet hiver. L’Ukraine pompe déjà dans ses réserves souterraines d’urgence.

Dans un entretien avec l’agence de presse russe Interfax, Vladimir Chizhov a fait un point sur  l’état des relations UE-Russie, en insistant sur la question du gaz.

Vladimir Chizhov s’est exprimé de manière positive sur les négociations trilatérales sur le gaz, facilitées par la Commission européenne et visant à garantir la mise en œuvre du Paquet hiver, en vertu duquel l’UE aide l’Ukraine à acheter le gaz russe dont elle a besoin durant l’hiver.

Pour la troisième année consécutive, l’UE joue le rôle de médiateur entre l’Ukraine et la Russie en sécurisant les achats de gaz du premier au second, également indispensables pour assurer le transit du gaz russe vers l’Union européenne.

>> Lire : Bruxelles veut sécuriser les réserves de gaz de l’Ukraine pour l’hiver

Le diplomate russe a rappelé que, pour que l’accord fonctionne, l’Ukraine devait acheter du gaz à la Russie. Au lieu de cela, a-t-il expliqué, Kiev pompe du gaz dans ses réserves souterraines construites durant l’ère soviétique, et dont le seul objectif est de garantir la sécurité d’approvisionnement durant les hivers difficiles.

Selon lui, le niveau optimal de gaz stockés dans les dépôts souterrains est de 19 milliards de mètres cubes (mmc) et le niveau minimal pour garantir la sécurité d’approvisionnement à l’UE est de 17 mmc. Or, au moment des dernières négociations trilatérales en décembre dernier, le niveau n’était qu’à 14 mmc. Il doit être encore plus bas aujourd’hui, puisque l’Ukraine siphonne les réserves pour satisfaire ses propres besoins.

Les niveaux maximal et minimal correspondent aux scénarios d’hiver difficile ou doux. Pour Vladimir Chizhov, le début de la saison augure déjà un hiver rude.

Les réserves souterraines de gaz ukrainiennes ont été construites de sorte qu’il est impossible de les remplir et de les vider de manière simultanée, a expliqué l’ambassadeur. « Si tout à coup, l’Ukraine décidait de remplir les réserves de gaz, cela voudrait dire qu’elle devrait cesser l’approvisionnement de son propre territoire. »

Une autre pierre d’achoppement dans les relations entre Moscou et Kiev est l’amende de 6,6 milliards de dollars [6,3 Md d’€] imposée par un tribunal ukrainien au géant russe de l’exportation de gaz, Gazprom, a ajouté l’ambassadeur russe.

>> Lire : Le Kremlin juge illégale l’amende ukrainienne sur Gazprom

Vladimir Chizhov a déclaré que l’Ukraine insistait sur le fait que l’action en justice n’était pas liée aux négociations trilatérales, mais que les autorités ukrainiennes pouvaient néanmoins en faire un prétexte pour confisquer le gaz russe destiné à l’UE. Il a ajouté qu’Alexander Novak, le ministre russe de l’Énergie, avait mis en garde non seulement la Commission européenne, mais également les 18 pays européens qui importent du gaz russe.

De son côté, l’Ukraine aussi met en garde contre une crise imminente liée au gaz, mais rejette la faute sur la Russie.

Les tensions continues entre Moscou et Kiev sur le transit du gaz profitent indirectement aux projets gaziers – notamment le gazoduc Nord Stream 2 –  visant à contourner l’Ukraine pour ne plus en faire un pays de transit.

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