Sanctions contre Moscou : les 27 pressés de trouver un accord avant leur sommet

Cette nouvelle salve de sanctions est bloquée par la Hongrie, pays enclavé sans accès à la mer, et qui dépend pour 65 % de sa consommation du pétrole acheminé de Russie par l’oléoduc Droujba. [Alexandros Michailidis/Shutterstock]

Les représentants des Vingt-Sept examinaient dimanche (29 mai) une solution pour tenter de lever le blocage sur leur 6e paquet de sanctions contre Moscou, qui achoppe sur un projet d’embargo progressif sur le pétrole russe, afin de ne pas parasiter le sommet européen lundi à Bruxelles.

« Caillou dans la chaussure », « éléphant dans la pièce » : les Européens redoutent que l’absence d’accord sur ces nouvelles sanctions ne jette une ombre sur la réunion de deux jours des chefs d’État et de gouvernement en début de semaine.

D’autant plus que le président ukrainien Volodymir Zelensky doit intervenir au début du sommet par visioconférence et que Kiev met la pression sur les Occidentaux pour « tuer les exportations russes » après trois mois d’offensive.

Cette nouvelle salve de sanctions est bloquée par la Hongrie, pays enclavé sans accès à la mer, et qui dépend pour 65 % de sa consommation du pétrole acheminé de Russie par l’oléoduc Droujba. Les sanctions de l’UE requièrent l’unanimité des Vingt-Sept.

Budapest a rejeté la proposition d’une dérogation de deux années qui lui a été offerte, et a réclamé au moins quatre ans et près de 800 millions d’euros en financements européens pour adapter ses raffineries. Dans un contexte où le plan de relance post-Covid de Budapest reste bloqué par Bruxelles en raison de manquements à l’État de droit en Hongrie, il paraîtrait difficile de lui accorder des fonds européens.

La Slovaquie et la République tchèque, également approvisionnées par l’oléoduc Droujba, ont accepté quant à elles des dérogations respectives de deux ans et un an et demi, selon des sources diplomatiques.

Pas de discussion sur l’embargo pétrolier russe au sommet de l’UE, annonce le président hongrois Viktor Orbán

La Hongrie n’abandonnera pas de sitôt son opposition à un embargo de l’UE sur le pétrole russe, et les dirigeants du bloc ne devraient donc pas discuter de la question lors du sommet qui se tiendra la semaine prochaine à Bruxelles, a annoncé Viktor Orbán.

« Moins douloureux » pour Moscou ?

La solution examinée consisterait à exclure Droujba de l’embargo pour limiter les sanctions aux seuls approvisionnements de pétrole par bateau, selon des sources européennes. Les approvisionnements de pétrole russe à l’UE sont acheminés pour deux tiers par tankers et pour un tiers par l’oléoduc Droujba.

Cette proposition, à l’initiative de la présidence française de l’UE et du Conseil européen (institution représentant les États membres), permettrait d’aller de l’avant pour adopter le nouveau paquet en discussion depuis début mai.

Les nouvelles mesures prévoiraient donc un embargo pétrolier visant les livraisons par mer, dans les six mois pour le pétrole brut et d’ici à la fin de l’année pour les produits pétroliers.

Le paquet de sanctions propose également l’exclusion de la plus importante banque russe, Sberkank (37 % du marché), et de deux autres établissements bancaires du système financier international Swift, ainsi qu’un élargissement de la liste noire de l’UE à une soixantaine de personnalités.

Une autre option envisagée serait de reporter l’adoption de tout le paquet de sanctions le temps de trouver une solution pour l’approvisionnement en pétrole de la Hongrie, selon les mêmes sources. Ce report pourrait être de quelques semaines, selon ces sources européennes.

« Un embargo limité qui exclurait les oléoducs sera beaucoup moins douloureux pour la Russie de Poutine, car trouver de nouveaux clients approvisionnés par tankers est beaucoup moins difficile », remarque Thomas Pellerin-Carlin de l’Institut Jacques Delors.

Pour l’UE, qui cherche à tarir le financement de l’effort de guerre du Kremlin, la facture des importations de pétrole russe (80 milliards d’euros) a été quatre fois plus importante que celle de gaz en 2021.

Les solutions présentées dimanche aux ambassadeurs des pays membres de l’UE devront encore avoir l’aval de leurs dirigeants, avec l’espoir de dégager un accord d’ici au début du sommet qui doit s’ouvrir lundi à 16 h.

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