Sortie du nucléaire: le devis de l’institut Montaigne

A peine construit, l'EPR de Flamanville devra être démantelé. [Frédéric Bisson/Flickr]

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon proposent d’arrêter l’atome. L’institut Montaigne tente d’évaluer le coût de la mesure. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

L’argent ne fait pas le bonheur. Mais il fait les programmes électoraux. Tel est l’un des angles adoptés par l’institut Montaigne pour évaluer les propositions des principaux impétrants à la magistrature suprême.

Depuis le début de la campagne électorale, le club de réflexion créé par Claude Bébéar chiffre les différents projets: une autre façon de faire son choix. Dernier épisode de la série: la sortie du nucléaire, prônée par Benoît Hamon (PS) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise).

L’ASN ne s’oppose pas au redémarrage des centrales nucléaires d’EDF

Le ciel s’éclaircirait-il pour EDF? Pas totalement. Ce lundi 5 décembre, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a publié sa ‘position’ sur les réacteurs dont certaines pièces sont coulées dans un acier trop riche en carbone. Verdict: pas d’objection majeure au redémarrage des réacteurs incriminés. À condition que le travail demandé par l’ASN soit achevé. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Pas de devis

Première remarque: aucun des deux candidats ne présente le moindre devis. Les experts libéraux se sont donc mis au travail. Le sujet étant des plus complexe et assez hasardeux, ils retiennent certaines hypothèses du rapport rédigé, en 2014, par les députés Hervé Mariton (LR) et Marc Goua (PS).

En gros, l’impact économique, direct et indirect de la fermeture anticipée d’une centrale nucléaire, comparable à celle de Fessenheim (Fessenheim est équipée de deux réacteurs à eau sous pression de 900 MWe), est de 5 milliards d’euros. C’est aller un peu vite en besogne: les deux parlementaires avaient présenté une batterie de scenarii, chiffrés entre 650 M€ et 5 milliards. L’institut Montaigne marque une préférence pour le plus cher. Sans expliciter son choix.

Quid du démantèlement ?

Aucun chiffre précis sur le coût du démantèlement. Il est vrai qu’en la matière, personne n’est d’accord. En 2012, la Cour des comptes l’avait estimé à 22 milliards. Plus récemment, l’ardoise a été portée à 75 milliards (sur un siècle) par l’Assemblée nationale.

La renaissance du nucléaire bute face aux renouvelables

402 réacteurs nucléaires fonctionnent actuellement dans le monde, mais leur progression ralentit en raison de la concurrence des renouvelables. Le soutien de l’Europe à l’atome lui assure néanmoins de belles perspectives. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Coût environnemental

Pas de chiffrage non plus du «coût environnemental» de la dénucléarisation. Mais la certitude que la sortie du nucléaire se traduira «par une augmentation à court terme des émissions de gaz à effet de serre, comme l’a montré le cas de l’Allemagne». Les deux bouquets énergétiques étant totalement comparables, c’est bien connu.

Transport sans distribution

Se voulant précis, pour une fois, l’institut Montaigne estime entre 8 et 11 milliards le montant annuel de l’addition de la construction de centrales de production d’électricité utilisant les énergies renouvelables. à cela, il faut ajouter 700 millions annuels à la modernisation du réseau de transport d’électricité. Pas un mot, en revanche, sur l’adaptation du réseau de distribution, qui accueille pourtant la plupart des installations photovoltaïques.

EDF devra être indemnisé, rappellent les analystes libéraux. Lesquels reprennent les 500 millions prévus pour compenser la fermeture (encore hypothétique) des deux réacteurs de Fessenheim comme base de travail.

En Allemagne, la sortie du nucléaire coûte aussi très cher à l'industrie

Les fournisseurs d’énergie nucléaire allemands verseront 23,34 milliards d’euros à un fond public pour financer la sortie du nucléaire du pays, a décidé une commission indépendante mise sur pied en 2015. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Danger pour la sûreté

Autre effet indésirable de l’arrêt de l’atome: la dégradation de l’attractivité du secteur pour les jeunes diplômés. Avec comme corollaire: la diminution de «la sûreté des installations à moyen et long terme.» La fin du nucléaire rendrait donc le nucléaire plus dangereux. Inattendu !

On l’aura compris, le devis de la fin accélérée de l’électronucléaire est important. L’institut Montaigne la chiffre à 10,1 Md€ par an d’ici à 2025pour atteindre ensuite 13,6 Md€/an entre 2026 et 2035. Le montant total de l’addition étant évalué à 217 Md€. Un chiffre qu’il faudra réévaluer : en le garnissant, notamment, des coûts du démantèlement et de la gestion des déchets produits par cette déconstruction.

Ce dernier volet étant tributaire de la réutilisation (ou non) des millions de tonnes de gravats et de ferrailles issues de la destruction des 58 réacteurs. Autre grande inconnue : le coût des énergies renouvelables, dont les prix ne cessent de s’effondrer (le coût du photovoltaïque a chuté de 90 % ces six dernières années). Et la déflation est loin d’être terminée de l’avis de la plupart des analystes.

Les centrales nucléaires réchauffent le Rhône

La température du Rhône a grimpé à cause du changement climatique, mais aussi des rejets des centrales nucléaires, selon une nouvelle étude présentée le 27 mai au Comité de bassin de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Un article de notre partenaire le JDLE.

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