Madrid favorable à des limites européennes sur le charbon

Teresa Ribera, ministre espagnole de la transition écologique. [EPA-EFE/JASON SZENES]

Le gouvernement espagnol a commencé à ralentir les aides d’État pour l’énergie au charbon. Et soutient désormais la Commission européenne dans sa réforme des marchés de capacité.

« Toutes les réformes » du marché de l’électricité en Espagne « doivent être en ligne avec le paquet hiver de la Commission européenne, surtout pour ce qui est du marché interne et des interconnexions », a déclaré Teresa Ribera, la ministre espagnole de la transition écologique.

L’ancienne directrice de l’Iddri a fait son annonce durant une commission parlementaire le 19 septembre dédiée à la réforme du marché espagnol de l’électricité.

« Comme vous le savez, l’un des sujets de discussion lors du dernier Conseil informel était les limites d’émission pour les marchés de capacité », a déclaré Teresa Ribera, avant d’ajouter : « l’Espagne soutient la limite 550 g de CO2/kwh ».

Faire pencher la balance

L’annonce de Teresa Ribera n’a pas fait grand bruit et a à peine été remarquée durant les trois heures de session parlementaire où une série d’autres mesures ont été annoncées, dont une réduction de la taxe sur la production d’électricité de 7 % à presque 0, ainsi que des mesures pour lutter contre la pauvreté énergétique pour les foyers les plus pauvres.

Pourtant, au niveau européen, cette annonce pourrait faire pencher la balance. L’Espagne était jusqu’à présent opposée au plan de la Commission de fixer une limite de 550 g de CO2 sur les systèmes de soutien nationaux pour les centrales électriques – une décision qui interdirait les aides d’État pour le charbon et les stations au gaz les plus polluantes.

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Les eurodéputés sont actuellement en train de débattre de la proposition de l’exécutif européen pour réformer le marché de l’électricité. Les négociations devraient se terminer en novembre ou décembre, surement avant la conférence des Nations unies sur le climat en Pologne.

Alors que les négociations entrent dans la dernière ligne droite, les partisans d’une limite à 550 grammes reçoivent donc un nouveau soutien.

« Le nouveau soutien de l’Espagne est une nouvelle prometteuse pour les futures négociations », a déclaré le porte-parole de la campagne Make Power Clean, une coalition professionnelle en faveur d’une limite sur les aides d’État aux centrales électriques.

« Nous espérons qu’avec ce nouveau soutien, le Conseil et le Parlement défendront des normes d’émissions pour les marchés de capacité, sans mettre en place d’exceptions ou retarder leur application au-delà de 2025 », a-t-il déclaré.

Les mécanismes de capacité sont des systèmes nationaux qui permettent de rémunérer des centrales électriques de secours pour qu’elles se tiennent prêtes à intervenir en fournissant de l’électricité en cas de pic de demande. Ils sont considérés comme des aides d’État par la Commission européenne, qui veut les supprimer progressivement, car ils fausseraient la concurrence et entraveraient les efforts de l’UE pour créer un marché unique de l’électricité.

L’opposition aux normes de performance en matière d’émissions est toutefois farouche. La Pologne, qui dépend fortement du charbon pour la production d’électricité est en tête des pays opposés à la proposition.

D’autres pays européens comme la France, le Royaume-Uni, la Grèce, la Hongrie et l’Irlande, se sont rangés du côté de la Pologne pour défendre leur droit souverain à mettre en place des mécanismes de capacité pour des raisons de sécurité d’approvisionnement.

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Volte-Face

L’annonce de la ministre espagnole est importante et marque une volte-face dans la politique énergétique du gouvernement.

Iberdrola, le principal fournisseur d’électricité en Espagne, a annoncé l’année dernière ses projets de fermer les deux centrales à charbon. Mais la décision a été bloquée par le gouvernement espagnol, qui a élaboré un décret afin de restreindre les conditions de fermeture des sites de production électrique.

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À l’époque, cette décision avait été critiquée par Teresa Ribera, alors directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), à Paris.

Teresa Ribera est bien connue pour être militante de la lutte contre le réchauffement climatique. Lorsqu’elle a pris ses fonctions au début de l’année, après que le gouvernement de Mariano Rajoy a été évincé, ses intentions étaient claires : « je ne crois pas que le charbon ait beaucoup d’avenir. »

D’autres réformes du marché de l’électricité sont attendues en Espagne dans les prochaines semaines. L’objectif du gouvernement est de supprimer tous les incitatifs pervers qui découragent les économies d’énergie et la production d’énergie renouvelable.

Cela pourrait signer l’arrêt de mort de la « taxe sur le soleil » espagnole, imposée en 2015 par le précédent gouvernement pour entraver l’essor du photovoltaïque en Espagne.

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