Suède : des détracteurs du nucléaire expulsés du conseil d’administration de l’entreprise publique Vattenfall

« L’ambition du gouvernement est que Vattenfall joue un rôle important en garantissant que la Suède dispose à nouveau d’un approvisionnement en électricité stable, robuste et prévisible. Le gouvernement nomme donc un conseil d’administration composé de trois nouveaux membres afin de [...] prendre des mesures importantes en faveur de l’énergie nucléaire », a expliqué la ministre des Finances du pays, Elisabeth Svantesson. [SHUTTERSTCOK/Jeppe Gustafsson]

Le gouvernement suédois a nommé trois nouveaux membres au conseil d’administration de l’entreprise de production et de distribution d’électricité Vattenfall ce lundi (3 avril), mettant au chômage deux de ses anciens membres qui se sont montrés critiques à l’égard de l’énergie nucléaire, alors que le gouvernement de centre droit s’est engagé à accroître la capacité nucléaire du pays.

Le ministère suédois de l’Entreprise et de l’Innovation détient actuellement Vattenfall, qui opère de manière indépendante en tant que société commerciale sur le marché de l’énergie.

« L’ambition du gouvernement est que Vattenfall joue un rôle important en garantissant que la Suède dispose à nouveau d’un approvisionnement en électricité stable, robuste et prévisible. Le gouvernement nomme donc un conseil d’administration composé de trois nouveaux membres afin de renforcer les conditions de l’entreprise […] et de prendre des mesures importantes en faveur de l’énergie nucléaire », a expliqué la ministre des Finances du pays, Elisabeth Svantesson.

Les anciens membres du conseil d’administration Tomas Kårberg et Viktoria Bergman n’ont pas été reconduits dans leurs fonctions. Selon le Dagens Industri, tous deux prônent le développement de l’énergie éolienne et ont exprimé leur scepticisme à l’égard de l’investissement dans de nouvelles centrales nucléaires.

Cette décision illustre la volonté du gouvernement du Premier ministre Ulf Kristersson — composé des modérés, des chrétiens-démocrates, des libéraux et soutenu par les démocrates suédois d’extrême droite — de changer de cap en matière d’énergie, notamment nucléaire, car de nouveaux investissements sont attendus dans ce secteur.

Dans l’accord de coalition, les trois partis de centre droit et les Démocrates de Suède d’extrême droite s’accordent sur la nécessité d’accélérer la production d’énergie nucléaire.

Le gouvernement de droite au pouvoir en Suède met le pays sur la « mauvaise » voie climatique

La Suède a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre alors que d’autres États membres de l’UE les réduisent, depuis que le nouveau gouvernement de droite, en place depuis cinq mois, a changé son fusil d’épaule en matière de politique climatique.

« Vattenfall devrait immédiatement commencer à planifier la production de nouvelle énergie nucléaire à Ringhals et sur d’autres sites appropriés », peut-on lire dans l’accord de coalition. Dans celui-ci, on peut également lire que le nouveau conseil d’administration de Vattenfall est chargé d’orienter l’entreprise « vers une direction qui lui permettra de devenir un leader dans l’expansion de la production d’électricité planifiable et sans énergie fossile, y compris des directives pour l’acquisition de nouvelles centrales nucléaires ».

L’opposition suédoise a souvent critiqué la politique énergétique et climatique du gouvernement, qui a contribué à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au cours des cinq mois où il a été au pouvoir. En outre, elle critique également le fait que cette politique s’appuie principalement sur la construction de nouvelles centrales nucléaires.

« Si vous leur demandez quoi que ce soit sur le climat, la seule réponse est de construire plus de centrales nucléaires », a confié l’eurodéputé Pär Holmgren (Verts/ALE) à EURACTIV, affirmant que le gouvernement actuel n’était pas prêt à assumer la responsabilité d’une lutte efficace contre le changement climatique.

Le sujet de l’énergie nucléaire reste une question controversée parmi les États membres de l’Union européenne.

En matière d’énergie, les États membres sont actuellement divisés en deux groupes, la France et dix autres États membres faisant partie du groupe pro-nucléaire tandis qu’un autre groupe de dix États membres a déclaré qu’il était plus enclin à se tourner vers les sources d’énergie renouvelables.

Dans toute l’Europe, le nucléaire divise les partis politiques

Marqueur identitaire et politique fort au niveau national, l’énergie nucléaire est perçue différemment selon les pays et leurs opinions publiques, ce qui se reflète sur les positionnements des partis, qui, affiliés à la même famille politique, adoptent des stratégies différentes d’un côté et de l’autre du continent.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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