Suez-Veolia : pas de contre-OPA, toujours l’espoir du dialogue

L’Assemblée nationale a déjà appelé à une médiation par « un acteur industriel », et Suez a abondé, sans suites pour l’instant. [gallofilm/Shutterstock]

Aucune contre-OPA ne s’annonce dans l’immédiat face à l’offre de Veolia sur Suez, qui compte sur la justice et espère toujours une solution négociée pour échapper à son concurrent.

Le fonds Ardian s’est dit prêt mercredi à soutenir l’entreprise assiégée en vue d’un projet alternatif à la fusion avec Veolia.

Pour autant, « nous ne travaillons pas, aujourd’hui, sur un projet de contre-OPA », a déclaré au Sénat la présidente d’Ardian, Dominique Senequier, qui revendique la place de premier fonds européen et 5e mondial avec 90 milliards d’euros d’actifs sous gestion.

Elle a appelé à un accord entre les deux groupes, ne « croyant pas en un capitalisme hostile ».

Veolia a déposé le 8 février son OPA – hostile – auprès de l’Autorité des marchés financiers, malgré une ordonnance de la justice saisie par Suez lui enjoignant de suspendre sa démarche pour cause d' »inamicalité ».

Suez cherche une issue face à l'OPA hostile de Veolia

Le géant français de l’eau et des déchets Suez s’est activé lundi pour échapper à l’OPA hostile de son concurrent Veolia, déterminé à créer un grand groupe.

« Nous serions très heureux qu’il y ait la nomination d’un médiateur. Quand une situation devient aussi difficile, cela peut être positif », a estimé Mme Senequier devant le groupe du Sénat chargé d’étudier les conséquences du projet de fusion.

L’Assemblée nationale a déjà appelé à une médiation par « un acteur industriel », et Suez a abondé, sans suites pour l’instant.

Ardian, associé au fonds américain GIP, propose une reprise de Suez qui permette le maintien de deux groupes « puissants« , Suez et Veolia, après que ceux-ci se soient accordés sur leurs périmètres futurs.

Veolia détient déjà depuis octobre 29,9% du capital de Suez, vendus par Engie, et a récemment listé les actifs de Suez qu’il considère comme stratégiques et pour lesquels il s’opposerait à toute cession.

Ces actifs stratégiques « représentent seulement 4,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires de Suez, environ 30%. A quoi bon une telle opération hostile sur 100% du capital s’il n’y a que 30% de l’activité qui intéresse Veolia? », a argumenté la patronne d’Ardian. « Il y a des désirs des deux côtés, et à un moment il faut que les deux côtés arrivent à trouver un accord ».

« Retour à la raison »

Aux sénateurs inquiets du sort de Suez, numéro un de la distribution et du traitement de l’eau, Mme Senequier a rappelé que sa société investissait régulièrement sur des temps longs, jusqu’à 25 ans. Le fonds « Meridiam n’a pas le monopole des investissements de long terme!« 

Veolia prévoit en effet de céder à Meridiam l’activité Suez Eau France, qu’il ne pourra pas conserver du fait des règles de la concurrence.

Thierry Déau, le patron de Meridiam qui était aussi entendu par le Sénat, a redit de son côté que l’emploi serait préservé au moins cinq ans, et un « observatoire » créé pour piloter les parcours avec les syndicats.

Évoquant « un projet français porté par une épargne française« , il a promis « la transparence pour les collectivités » et « la construction d’un acteur international » grâce à la recherche et la présence de Meridiam dans 26 pays. Il a aussi assuré que cette entité aurait « tous les moyens nécessaires pour faire concurrence à Veolia le jour venu« .

Mais face au projet de Veolia, direction et syndicats de Suez crient au démantèlement et à la casse sociale, estimant que jusqu’à 70% des activités France devraient être cédées (eau mais aussi déchets).

Dans un rapport réalisé pour Suez, la société de conseil Altermind et l’économiste Patrice Geoffron (Paris-Dauphine) estiment que, « passé une certaine taille », un groupe subit « des économies d’échelle » et « un niveau d’endettement susceptible de nuire à sa capacité d’investissement et d’innovation ».

« Gare au syndrome Kodak: on s’endort parce qu’on est trop gros », prophétise-t-on de source proche du dossier, en comptant sur « un retour à la raison« .

Du côté de Veolia on se dit « serein » avec un bouclage de l’OPA anticipé d’ici la mi-2022, le temps que les autorités de la concurrence donnent leur aval. L’autorité canadienne a déjà rendu son approbation, selon Veolia.

Mais plusieurs recours sont encore devant les tribunaux, et plusieurs décisions attendues la semaine prochaine. Selon une décision mise en ligne mercredi, la Commission européenne a rejeté une demande de Suez qui voulait faire sanctionner le rachat des 29,9% opéré sans feu vert préalable.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer