Tour d’Europe du gaz de schiste

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Plébiscitée aux États-Unis, cette ressource divise les Européens. En France, le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg compte « regarder ce dossier », « sans l’ouvrir ».

Aux États-Unis, les gaz de schiste sont vus comme une alternative aux hydrocarbures classiques, comme le pétrole, dont la fin de la ressource est annoncée. 

Les Américains misent sur leur exploitation, qui représentent 12 % de la production locale de gaz contre 1 % en 2000.

En Europe, les gisements sont répartis de manière inégale. Et, mis à part en Pologne, ces gaz suscitent la méfiance. 

La plupart des études chiffrées sur les gisements de gaz de schiste sont américaines. L’intérêt des Européens n’est pas encore aussi fort qu’outre Atlantique, et les interdictions d’exploration ne permettent pas d’avoir des données exactes. Les chiffres restent donc des estimations.  

  • Pologne, France et Roumanie d’un côté 

« La séparation se joue essentiellement entre les pays dotés de réserves de gaz de schiste et ceux qui n’en ont pas, explique Bastien Alex, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). La France, la Roumanie et la Pologne bénéficient de gisements importants. »

L’Hexagone disposerait de 5 100 milliards de mètres cubes exploitables sur son territoire, selon l’organisation américaine Energy Information Administration. 

En France, le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a remis le sujet sur la table, vendredi 13 juillet. Il souhaite « regarder », sans l’ »ouvrir » le dossier sur les gaz de schiste. Selon une source de son entourage, le ministre va  « regarder ce dossier dans le cadre de la refonte du Code minier, en lien avec Delphine Batho (la ministre de l’Ecologie, ndlr) et au moment des discussions de l’automne sur les énergies alternatives », rapporte l’AFP. 

Ces explications font suite à une citation du Monde daté du 12 juillet. Le journal a indiqué que « pour Arnaud Montebourg, la question de l’exploitation des gaz de schiste (devait) également être posée ».

De son côté, le ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, a déclaré, mardi 17 juillet, que l’interdiction des gaz de schiste était « indiscutable en l’État des techniques ». 

La France a adopté une loi interdisant l’utilisation de la principale technique d’extraction des gaz de schiste, la fracturation hydraulique, en juillet 2011. « Le ministre veut certainement faire le bilan de cette loi, estime Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement. Il y avait un consensus droite-gauche absolu lors du débat pour ne pas s’engager vers l’exploitation des gaz de schiste. Cela m’étonnerait qu’en un an, un parti soit revenu sur ses positions. »

Varsovie, affiche le lobby pro gaz de schiste le plus actif de tous les pays de l’UE, et cherche à se défaire de la dépendance russe. Moscou est le premier fournisseur de gaz de l’UE. 

Selon un rapport de l’année dernière de l’agence américaine Energy Information Administration (EIA) les gisements de la Pologne s’élèveraient à 5 300 milliards de m3. Une quantité qui permettrait au pays d’être indépendant énergétiquement, explique l’agence.

Mais le travail de l’Institut de géologie polonais est venu contredire ces chiffres dans un rapport paru en mai dernier. Les scientifiques ont estimé que sur 1920 m3 de gaz dans le sol polonais, entre 346 et 768 milliards étaient exploitables. 

En Roumanie, l’arrivée d’un nouveau gouvernement au mois de mai a bouleversé la donne. Avec la   Bulgarie et la Hongrie, le volume de gaz de schiste dans les sous-sols des trois pays s’élèverait à 538 milliards m3. Après l’accession au pouvoir du premier ministre Victor Ponta, un moratoire sur le forage a été imposé et court jusqu’à décembre.

Dans un discours devant les médias le 22 juin dernier, M. Ponta a expliqué que son gouvernement ferait connaître sa position à la fin de cette période moratoire, après les élections législatives d’automne. 

Comme la France, la Bulgarie a interdit l’utilisation de la fracture hydraulique pour les explorations, après des protestations de la population contre les gaz de schiste.

  • L’Allemagne « sceptique » 

Un développement des gaz de schiste en Pologne pourrait déplaire à l’Allemagne, qui veut éviter des tensions entre l’UE et Moscou, selon Bastien Alex. Le gaz russe représente 40% des importations de gaz de Berlin. Il est acheminé via le gazoduc « Nord stream », qui contourne les pays avec lesquels il y a des risques de contentieux, soit les pays baltes ou la Pologne. Cette livraison sert au chauffage, aux transports et aux industries de la République fédérale.

Le pays dispose de réserves de gaz de schiste, dont 0,7 à 2,3 milliards de m3 sont extractibles, selon l’Institut fédéral des sciences géographiques et des ressources naturelles.  

Selon le quotidien allemand Der Spiegel, des entreprises comme Exxon Mobil font pression pour que Berlin exploite son gaz non conventionnel. Une commission parlementaire examine actuellement le potentiel de six des seize länder, mais n’a pas encore rendu de conclusions sur les recommandations, ou avis défavorables sur les gaz de schiste. Les résultats devraient être publiés à l’automne. 

Les ministres de l’Environnement Norbert Röttgen et de l’Économie Philipp Rösler estiment nécessaire d’interdire la fracture hydraulique pour le moment. « Il y a beaucoup de questions qui doivent être examinées avec attention », aurait déclaré M. Rösler à ses collègues du gouvernement, toujours selon le journal. 

  • Le Royaume-Uni, confiant

Les gisements du Royaume-Uni s’élèveraient à environ 566 milliards de m3, selon l’EIA. 

Un moratoire sur les explorations a été imposé en 2011, après que des secousses aient été ressenties près de Blackpool en juin 2011. Un lien a été établi entre cet événement et les activités d’exploration de l’entreprise britannique Cuadrilla Resources dans cette zone. L’entreprise a annoncé le 12 juillet l’installation de dispositifs de surveillance des tremblements de terre.

Cependant, cet incident n’a pas empêché la commission parlementaire chargée de l’énergie et du changement climatique à la Chambre des communes de recommander au ministère le soutien de l’exploitation des gaz de schiste offshore. Elle a aussi préconisé de travailler avec le département du trésor pour envisager des allègements de taxes afin de dynamiser le secteur.

Mais, les élus ont aussi émis des recommandations pour une meilleure surveillance des tremblements de terre liés au forage. Le Gouvernement de David Cameron doit bientôt annoncer la levée du moratoire.

  • Protestations locales en Suède 

En Suède, qui ne produit pas de gaz naturel sur son territoire, les projets d’exploration d’entreprises comme Shell AB ont rencontré la résistance des habitants locaux. Les municipalités ont obtenu le droit d’interdire les explorations menées dans leurs juridictions.

L’opposition a profité de ces évènements pour se déclarer favorable au droit des municipalités de poser un veto sur les autorisations d’explorations. Elle a également réclamé que les communes jouent un rôle plus important dans les décisions sur les autorisations d’exploration.  

Le sous-sol du pays contiendrait 1160 milliard de m3 de gaz de schiste selon l’EIA.

Le Danemark et les Pays-Bas disposeraient aussi de gisements moins importants (651 et 481 milliard de m3 respectivement).  

  • République tchèque

La République tchèque prépare un moratoire de deux ans sur les activités d’exploration. Le ministre de l’Environnement Tomas Chalupa a déclaré en mai que ce laps de temps servirait à préparer la législation sur la géologie et les sols, rapporte Reuters. « La législation tchèque n’est pas préparée pour traiter des recherches aussi compliquées que celles qu’impliquent les gaz de schiste. »

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